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2007-02-16

Impertinence et crimes politiques

Il y a quelques mois, j'écrivais à propos d'Alexandre le grand qui tua un de ses soldats : "Ne fusse pas lors d'une beuverie après la bataille (en 328 avant J.-C.), que Cleitos, un soldat "proche" d'Alexandre, entendant celui-ci se vanter de "sa" victoire, lui rappela ce passage de l'Andromaque : "Les Grecs ont un bien injuste usage. Qu'une armée dresse un trophée, l'honneur ne sera pas pour ceux qui ont pris la peine, qui ont travaillé à la victoire, mais seulement pour le général. Parmi tant de milliers d'hommes, également armés de la lance, il n'a pas plus fait qu'un autre, il recueille plus de gloire". Alexandre, ivre de colère, prit une lance et le transperça de part en part, et puis... il pleura abondamment. D'ailleurs, il ne pleurait que lorsqu'il tuait ses propres amis, tel un Achille monstrueux assassinant lui-même un Patrocle sans défense."
"Poésie et insatiabilité en Grèce"
Or, je viens de trouver le pendant romain de ce crime politique. Julius Crispus, un tribun des gardes de l'empereur romain Septime Sévère aurait rappeler à celui-ci un passage de l'Enéïde de Virgile (chant 11, vers 370) : "Mais sans doute, pour qu'une épouse royale échoie à Turnus, devrons-nous, vil troupeau, foule sans sépulture et sans pleurs, rester étendus sur les champs de bataille…".
L'empereur fit promptement exécuter l'impertinent et partit mettre au pas le Moyen-Orient (197 après J.-C.). Né à Leptis Magna, d'origine punique et marié en seconde noce à Julia Domna, une princesse assyrienne hellénisée, ses titres les plus mérités furent Pacator Orbis (Pacificateur du monde), Fundator Pacis (Fondateur de la paix) et Restitutor Pacis (Rétablisseur de la paix).
Tous les tyrans adorent les beaux titres ronflants. Et l'histoire en a retenu de nombreux. D'ailleurs, les empereurs romains s'inventaient parfois des victoires, tout comme les pharaons égyptiens avant eux, et en ornaient leurs monuments, et même leurs monnaies, véritables outils de propagande. Dans le même ordre d'idées, en voici deux à la mode romaine pour G. W. Bush : Invictus et Maximus Victor. Reste plus qu'à lancer une souscription obligatoire pour la frappe de monnaies d'or… ou bien d'uranium appauvri recyclé.
Michel Kisinis

Bibliographie :
"Impératrices syriennes", Jean Babelon (Conservateur du Cabinet des médailles à la Bibliothèque Nationale), Ed. Albin Michel, 1957. Une fine analyse de la dynastie des Sévères de l'Empire romain à travers l'archéologie, l'épigraphie et la numismatique.
"L'Enéïde", Virgile (Publius Virgilius Maro). Ed. Flammarion, Coll. Garnier Flammarion / Etonnants classiques Littérature étrangère, 2000. Le dernier ouvrage écrit par Virgile, mais inachevé. L'auteur brode, d'après les récits d'Homère, une mythologie sur l'origine troyenne et héroïque des Romains...
© Michel Kisinis

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