Kisinis Web Art, le site des Arts et des Artistes

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2007-03-28

Exposition Praxitèle au Louvre

   J'ai eu le plaisir d'assister à l'inauguration de l'exposition Praxitèle au Louvre le 21 mars. Quel émerveillement devant tant de sculptures magnifiques ! Que de drapés somptueux révélant des formes sensuelles ! Déesses ou courtisanes, les cheveux entourés de rubans, le chignon noué, des boucles torsadées tombant sur des épaules dénudées... Des effluves imaginaires de benjoin et de myrrhe troublèrent mes sens et j'en vis une tenant une aryballe d'un geste précieux et appliquant délicatement sa spatule sur sa poitrine nue...

L'original et ses copies
   Des œuvres originales de Praxitèle, sculpteur grec du IVe siècle avant J.-C., ne subsistent qu'une tête et quelques fragments. Mais elles furent beaucoup copiées, dès l'Antiquité, et cette exposition nous présente les plus belles copies, nous donnant un aperçu de l'excellence de ce sculpteur. Et fait remarquable, plusieurs pays européens, dont la Grèce, ont prêté des œuvres pour cette exposition.
   L'intérêt d'exposer des variantes datant de différentes périodes est de pouvoir comparer les styles propres à chacune. Ainsi, on remarquera pertinemment les détails du visage, de la coiffure, du drapé, et même de la forme du corps féminin, pour chacune des périodes antiques : grecque, hellénistique et romaine, pourtant très proches. Il y a aussi quelques sculptures modernes qui "divergent" complètement du modèle antique. L'exemple parfait en est Phryné, modèle de Praxitèle et courtisane, dont on voit ici des sculptures de différentes époques, toutes pleines de sensualité et d'érotisme. Ma préférence va évidemment à la période grecque, ainsi qu'à certaines versions modernes.
   On pourra aussi comparer la beauté du marbre. Les sculptures romaines étaient généralement réalisées en marbre de Carrare. Les sculptures grecques et hellénistiques sont faites de marbres provenant surtout de l'Attique, de Paros ou de Rhodes. Le marbre de Paros étincelait sous les projecteurs, malgré l'âge et la patine des œuvres, grâce à ses magnifiques paillettes. J'eus vraiment très envie de toucher ce marbre et d'en ressentir le froid et le grain, me remémorant d'anciennes sensations. Et l'on se prend à rêver de la beauté des originaux de Praxitèle. Henri Lechat écrivit à ce propos : "Ces beautés, nous ne pouvons que les entrevoir à travers la banalité de copies romaines. Comme elles devaient éclater dans le marbre original, caressé par le plus savant ciseau !". Et "c'est parce que Praxitèle était impérieusement attiré vers des formes souples et moelleuses, vers des contours délicats et tendres, qu'il eut pour matière de prédilection le marbre de Paros, dont la blondeur transparente et la douce chaleur donnent lumière et vie aux plus furtives délicatesses du modelé" (1).

Fanatiques destructeurs d'art
   On notera aussi de nombreuses œuvres martelées par le fanatisme chrétien. Les traits de la tête colossale Despinis (IVe s. av. J.-C.) sont fracassés. Une autre tête féminine du Ier s. apr. J.-C. est tout autant mutilée, mais là le barbare a creusé au burin une grande croix au beau milieu du visage. D'une Aphrodite détruite, ne subsiste que le torse qui a été marqué d'une petite croix. Combien de chefs-d'œuvre a-t-on perdu ainsi par la barbarie et l'obscurantisme de fanatiques religieux qui ont ravagés la Grèce et toute l'Europe pendant des siècles ?
   Les papes romains ne firent cesser l'utilisation des marbres antiques pour faire de la chaux qu'après les protestations en 1518 de Raphaël, alors super-intendant des Beaux-Arts à Rome : "Pourquoi nous plaindre des Goths et des Vandales, quand ceux qui auraient dû protéger en pères et en tuteurs les pauvres restes de la Rome antique ont depuis longtemps contribué à sa ruine et à son pillage" (2).
   La première destruction officielle d'un temple date de 386 à Apamée, en Asie Mineure (3). Le principal temple d'Alexandrie, le Sérapéion, est détruit en 391, ainsi que d'autres sanctuaires de la ville, et sa population en révolte décimée sans pitié par une armée romaine devenue chrétienne. Ce temple abritait une grande statue chryséléphantine de Zeus, œuvre du sculpteur grec Bryaxis (IVe s. av. J.-C.). La ville ne s'en remis jamais, alors qu'elle avait été déjà le lieu du massacre de toute sa population juive hellénisée en 117 par des légions romaines pas encore chrétiennes, mais tout aussi impitoyables (4).
   Mars 2001, Afghanistan : les deux colossales sculptures de Bouddha, influencées par le style hellénistique, situées de la province de Bamiyan sont détruites par les Talibans...

Un art humain
   Le génie des sculpteurs grecs, sous l'influence des Egyptiens, est d'avoir humaniser les divinités, abandonnant l'adoration primitive des bétyles, pierres sensées représentées des dieux. D'Hancarville nous dit ainsi "Le but de la Sculpture avait été dès son principe, de donner de l'intérêt pour ses productions, en les rapprochant le plus qu'il était possible de la Nature; mais jusqu'alors elle n'avait su rendre que des figures destituées de vie et de sentiment, car elles étaient privées de la vue et du mouvement, dont l'une exprime la pensée, et l'autre l'action" (5).

   Pour clore cette visite inoubliable, ne manquez pas le beau catalogue de l'exposition, très richement illustré et documenté (456 pages, 39€), mais où l'on peut regretter la présence de photographies dégradées par la compression. L'un des auteurs, Alain Pasquier, Conservateur général, chargé du département des Antiquités grecques, étrusques et romaines du musée du Louvre, est aussi l'auteur de "L'Art grec" (6), ouvrage de référence qui couvre une dizaine de siècles de créativité grecque et qui vous permettra d'élargir votre connaissance de la civilisation grecque.

      Michel Kisinis

Exposition ouverte du 23 mars au 18 juin, tous les jours sauf mardi, 9h/18h et jusqu'à 22h les mercredi et vendredi.

Bibliographie
1- "La sculpture grecque", Henri Lechat, Ed. Payot, 1927.
2- "Celse contre les chrétiens", Louis Rougier, Ed. Copernic, 1977.
3- "Chronique des derniers païens", Pierre Chuvin, Ed. Les Belles Lettres, 2004.
4- "Les Juifs d'Egypte de Ramsès II à Hadrien", J. Mélèze Modrzejewski, Ed. P.U.F., 1997.
5- "Antiquités étrusques, grecques et romaines", D'Hancarville et F. A. David, 1785.
6- "L'Art grec", Alain Pasquier et Bernard Holtzmann, Coll. Manuels de l'Ecole du Louvre, Ed. La Documentation française, 1998.
© Michel Kisinis

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2007-03-16

Mon chat, Plutarque et moi

Michel Kisinis, photographe et poéte

   Mon chat, accoudé au dictionnaire Littré, était en pleine réflexion sur les écrits de Plutarque à propos des femmes de l'Antiquité.
   Il me rappela l'histoire d'Aspasie, la belle Ionienne aux yeux de vache, une courtisane maîtresse de Périclès, chez qui même Socrate se rendait. Elle enseignait l'art oratoire.
- Ah oui ! je lui répondis. Je vois bien de quel genre d'art oratoire il s'agit. Cela me rappelle une maxime d'Epictète : "Si je résiste à une belle femme qui est prête à m’accorder ses faveurs, je me dis à moi-même : Voilà qui est bien, Epictète. Cela vaut mieux que d’avoir réfuté le sophisme le plus subtil".
   Vexé, Aris se mit à grogner tout en me regardant méchamment de travers.

© Michel Kisinis

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2007-03-04

La passivité devant l’hécatombe de licenciements

   Vous vous rappelez peut-être de l’avis qu’avait demandé le Président de la République et de la Fracture sociale, il y a quelque temps déjà, auprès d’experts patentés concernant l’effondrement de l’emploi industriel. Les experts avaient émis un rapport très rassurant et le Président avait poussé un grand ouf, complaisamment répercuté dans les médias. Incrédule, je fus alors, et stupéfait je suis maintenant.
   A l’époque, la conclusion des experts m’avait fait bien rire tant elle était irréelle. Aujourd’hui, je suis vraiment stupéfait. Certains promettent un feu d'artifices, craignant d’ailleurs de parler d’explosion sociale, mais moi je ne vois que passivité de la part des salariés, pleurants, effondrés, victimes d'une injustice sociale vécue comme une fatalité inévitable. Je suis surpris de l'inaction des syndicats et des salariés eux-mêmes, restants passifs devant cette hécatombe de licenciements au moment même où il leur faudrait faire preuve de combativité et d'imagination pour développer une résistance sociale vitale pour eux et pour leurs familles.
   Le carriérisme et la collusion ont tués toute velléité de lutte. Chacun compte fébrilement ses RTT et ses misérables actions, tout en attendant que cela soit un autre qui soit licencié à sa place, de préférence un autre qu'on ne connait pas, dans une autre ville, un autre pays. Quant à certains organes représentatifs des salariés, ils sont carrément financés et organisés par les employeurs afin d'empêcher toute tentative de structuration de résistance au sein des entreprises et ainsi que de convaincre tous les salariés qu’ils n’ont pas le choix. Les réunions en deviennent pathétiques, ne servant qu’à officialiser des chiffres connus à l’avance et présentés comme étant tout à la fois une victoire et un sacrifice découlants d’une négociation qui n’a jamais vraiment eu lieu.
   Alors d'aucuns, sûrs de leur impunité, peuvent continuer tranquillement, au gré du cours des actions, à jouer à ce jeu cruel, mais si rémunérateur, qui consiste à licencier en masse, ville après ville, à travers toute l'Europe, tel un vaste jeu de dominos. Et demain, nous n'aurons pas quelques centaines de personnes à dormir dans la rue, mais des milliers, des dizaines de milliers...
   Moi, je vous le dis : la seule solution pour changer cette situation est la SUBVERSION.
© Michel Kisinis

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