Kisinis Web Art, le site des Arts et des Artistes

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2010-01-31

Divin espoir

Esclave, j'étais.
Courbé, défait,
Si bien tenaillé,
Si fort enchaîné,
Tourmenté de souffrance,
Privé de toute espérance.

Délivré du souffle odieux,
Transfiguré tel un dieu,
Je navigue dans le néant,
L'oubli. Heureux, dérivant,
Sans souvenir inopportun
Des blessures d'aucuns.

© Michel Kisinis

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2010-01-26

Français sans-papiers

Michel Kisinis, poète, français sans-papiers

   Hier, en fin d'après-midi, je rentrais à pied chez moi, une chemise remplie de papiers sous le bras. J'étais lassé, déprimé. J'avais encore fait une démarche vaine pour faire évoluer mon dossier de renouvellement de mes papiers d'identité. La préfecture ne donnait aucun signe de vie, même au député qui était intervenu en ma faveur auprès d'elle. J'étais donc toujours un "Français sans-papiers", anonyme et impuissant devant l'arbitraire.
   Arrivé aux abords de la fac de Tolbiac, un jeune s'approchait de moi avec un grand sourire et un enregistreur audio numérique. A son accent, je devinais qu'il était d'origine roumaine.
– Monsieur, vous voulez bien répondre à quelques questions ?
– Oui, cela dépend pour quoi et pour qui, répondis-je aimablement.
– Quelle question aimeriez-vous poser à Nicolas Sarkozy lorsqu'il passera sur TF1 ?
   J'étudiais attentivement l'étudiant étranger tout en l'écoutant parler. Visiblement, TF1 ne devait pas payer bien cher ce type malingre, enthousiasmé rien qu'à l'idée de proposer à un Français de poser une question à l'avocat d'affaires, Roi des Français, sur la chaîne de télé la plus méprisable du royaume. En plus, cet idiot s'adressait à la mauvaise personne : à un Français à qui toute cette clique de sophistes pétainistes déniait son statut de citoyen.
   Je le regardais bien dans les yeux et articulais avec soin pour éviter toute incompréhension :
– Je ne connais ni Nicolas Sarkozy, ni TF1 !
   L'étudiant resta interdit, bouche bée. Et je continuais alors tranquillement mon chemin sur la rue de Tolbiac pour rentrer chez moi et ranger mon dossier totalement inutile. Derrière moi, en m'éloignant, j'entendis un pauvre petit étudiant protester vainement d'une voix mal assurée.
– Ce n'est pas possible ! Ce n'est pas vrai !
© Michel Kisinis

PS : Sur Facebook, voir le Groupe des Français sans-papiers.

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2010-01-24

Charmante Anett

Michel Kisinis, poète

Charmante et si romantique Anett,
Folâtrant et chantonnant, guillerette,
Tout en faisant une belle cueillette
D'une petite brassée de violettes,
Telle une bien adorable nymphette,
En la sombre forêt de la Tourette,
Et le loup terré dans sa cachette.

© Michel Kisinis

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2009-12-26

Mon cœur, à ta pensée

"Tout est gelé, sauf mon cœur, à ta pensée !"

© Michel Kisinis

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2009-12-11

Juste et profonde colère

   Je me faisais violence à entrer dans un si grand supermarché pour me coltiner la bousculade autour des rayons et l'attente interminable aux caisses. Mais ce magasin était le seul à des lieux à la ronde à vendre des petites boîtes d'allumettes.
   Les portes automatiques s'effacèrent doucement à mon approche et j'entrais en retrouvant cette frénésie qui possède habituellement ce lieu. Deux personnes encadraient l'entrée à l'intérieur, portant un gilet de sécurité orange fluo avec le nom d'une association caritative marquée en blanc phosphorescent, en très gros caractères.
   La femme et l'homme me dévisagèrent, puis me saluèrent. Je répondis poliment sans m'arrêter, impatient de quitter ce lieu au plus vite. Comme mon allure atypique, tout de noir vêtu et lunettes noires, les avait quelque peu surpris, ils eurent un moment d'hésitation, et lorsqu'ils se reprirent pour me sortir leur propagande, j'étais déjà loin. J'entendis alors indistinctement la dame commencer son discours, puis s'arrêter net et rire. La militante défaillante consolait son dépit par une vaine moquerie qui allait se perdre dans le dédale des gondoles, sans aucun effet notable sur les barquettes de plats cuisinés congelés, ni sur le raisin importé du Chili.
   Je me dirigeais prestement vers le rayon qui m'intéressait et pris une seule boîte. J'en avais largement assez pour un éon... Cette travée du magasin n'était jamais encombrée et je me rendis à la caisse toute proche sans croiser personne. Mais arrivé devant celle-ci, je me retrouvais au bout d'une queue immense, tenant à la main une ridicule petite boîte, alors que toutes les personnes devant moi étaient surchargées, poussant et tirant leurs engins à roulettes débordants de victuailles et de produits d'entretien. Et visiblement, personne n'avait eu l'idée d'acheter le même produit que moi. Ce n'est pas pour rien que l'on me reproche toujours d'être un original !
   Je levais le nez distraitement pour m'éviter le spectacle déprimant de cette file d'attente sans fin, et je vis à un panneau en hauteur qu'il s'agissait d'une caisse pour handicapés. Je n'en fus point étonné à la vue de la caissière qui scannait les articles à un rythme très ralenti, en regardant dans le vague, au grand désespoir des clients fébriles qui trépignaient d'impatience. Elle semblait éprouver comme une gêne à violer l'intimité des articles avec le laser qui scrutait tout devant lui. Rien n'échappait à son rayon rouge démultiplié qui tournoyait sans fin devant l'interminable défilé des code-barres que la caissière lui présentait comme à regret.
   Tout aussi handicapés semblaient être tous ces gens qui s'étaient donnés rendez-vous à la même heure pour acheter les mêmes produits. Le spectacle de tout ce monde qui peinait à traîner son caddy plein à craquer me rendit triste, et je me suis dit alors qu'il devrait y avoir plus de caisses handicapés dans tous ces foutus supermarchés. Comment les dirigeants de tels groupes de distribution avaient-ils pu négliger cela ? Peut-être étaient-ils tout aussi handicapés ? ! ! !
   Plongé dans mes réflexions philosophiques sur le sens de la vie dans l'univers concentrationnaire d'un grand supermarché chicos, le temps s'accéléra pour moi, et je ne le vis pas s'écouler. J'eus ainsi la plaisante impression d'arriver devant la caisse presque instantanément. Une sorte de saut quantique mental !
   La caissière prit mon unique article pour le scanner et je payais en liquide. Elle ne sourcillait pas d'un cil et je pris ma monnaie avec ma boîte en la saluant. Je fis quelques pas vers la sortie lorsque je me retrouvais nez à nez avec les deux zigotos que j'avais croisés à mon arrivée dans ce magasin. Ils m'attendaient à la sortie, et maintenant, ils m'encadraient pour empêcher toute fuite. Quelle idée saugrenue ! Comme si un Grec pouvait fuir devant un adversaire en surnombre. Ils n'avaient pas dû voir les "300" au cinéma, et leur lecteur de DVD ne devait leur servir qu'à écouter des compils MP3 de Mireille Mathieu et de Florent Pagny.
   J'eus alors un large sourire à l'idée du sang qui allait gicler sur le sol étincelant du supermarché. Eux, inconscients du danger, crûrent qu'il s'agissait de ma part d'un sourire très amical, se méprenant totalement sur mes intentions.
   La dame me barrait carrément le chemin avec l'assurance d'un prédateur qui a trouvé une proie facile :
- Bonjour Monsieur, nous collectons des produits alimentaires et d'usage courant pour aider les personnes en difficulté...
   Je ne lui laissais pas le temps de continuer son baratin lénifiant.
- Moi, je vois surtout que vous les aidez à les maintenir dans la soumission, à vivre de la mendicité et de ce que le système veut bien leur attribuer dans sa grande générosité.
   Mon index se pointait sur ces deux malheureux bienfaiteurs de l'humanité.
- Et pourquoi ne leur apprenez-vous pas à "vos pauvres" la conscience, la fierté et la rébellion, au lieu de les rendre dépendants, dans une posture d'humiliation ?
   L'homme restait silencieux, sans aucune réaction. Mais la dame, plus émotive, se mit à trembler et s'écria d'indignation :
- Mais Monsieur, c'est par charité chrétienne que nous sommes là.
- Ah oui, et tout à l'heure, lorsque je suis rentré dans le magasin, vous vous êtes bien moqués de moi, hein ?!!! C'était aussi par charité chrétienne ?
- Ah non, Monsieur, je ne me serais jamais permis de cela. Vous vous trompez ! Tous deux étaient livides.
- Ne vous moquiez-vous pas de moi à cause de mes habits austères, contrairement à la plupart des clients chics de ce magasin ?
- Non, non, je vous assure, Monsieur, fit la dame, presque implorante. Nous sommes là pour aider les pauvres, pas pour nous moquer d'eux, fit-elle, très gênée, avec un pathétique sourire débordant de niaiserie.
   J'éclatais d'un rire sonore qui résonnait dans l'entrée du magasin et lui décochait ma "flèche du Parthe", un comble pour un Grec !, mais une flèche qui ne rate jamais sa cible et laisse sa victime inerte au sol.
- Alors, si je vous comprends bien, Madame, vous vous moquiez de vous-même et de votre pitoyable tentative à vous donner bonne conscience en aidant les pauvres, et par là même, aidant aussi à pérenniser le pouvoir du crime organisé sur nos vies.
   Il y eût alors un grand silence. Et moi, je m'avançais tranquillement vers la porte qui s'ouvrit, les laissant muets de stupeur. Ils s'écartèrent lentement pour me laisser passer et je sortis en prenant une bonne goulée d'air bien frais. Le vent s'engouffrait dans mon léger manteau noir et faisait virevolter ma chaude écharpe assortie si chère à mon cœur, me rafraîchissant ainsi bien agréablement après ce pénible séjour dans cette antre surpeuplée et le juste exercice de ma profonde colère.
© Michel Kisinis

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2009-12-04

Le poète maudit

Fragile et sensible, mais faible non pas.
Habile, le poète sublime ses émois.

© Michel Kisinis

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2009-11-19

Rêverie en stage de droit d'auteur

   Sa longue chevelure aux reflets dorés ondulait gracieusement, encadrant un doux visage serein. Ses longs cils noirs semblaient battre au rythme de ses doigts fins qui tapotaient sur son clavier d'albâtre. Ses yeux bleu azur fixaient son écran, la mine concentrée. Et son profil hellénique, doucement éclairé par la lueur bleutée de son ordinateur portable, offrait un charmant spectacle.    Consciencieusement, elle notait règles et usages énoncés par la juriste. Et sur un fond sonore composé d'articles de lois et de jurisprudence, le poète se mit à rêver de muses dansant au beau milieu d'une prairie fleurie de l'Olympe sacré. Lyres, flûtes et tambourins résonnant à travers la vallée et les bois enchantés, où s'entremêlaient chants gracieux, cris voluptueux et rires joyeux. Des senteurs de jasmin, de thym, de romarin et de fenouil s'ajoutaient à la sublime myrrhe des déesses.
   “Le droit moral de l'auteur supplante les droits patrimoniaux”, s'exclama la juriste.
   Et les mots d'Horace me revinrent en mémoire : “Carpe diem, quam minimum credula postero”.
Outé mera, outé nikta, zoi exhassa.
   Plus tard, une artiste participant au stage, s'extasiant devant ma dextérité sur le clavier de mon portable, me demanda de lui donner mes notes. Je lui répondis franchement que je n'avais pris que très peu de notes, connaissant déjà bien le droit d'auteur, et que j'avais surtout écris un poème en prose. Cela fit rire tout le monde.
© Michel Kisinis

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2009-11-09

Marées de larmes II

Une suffisance glaciale
   Malgré mon profond chagrin, j'abordais un autre rivage pour trouver l'affection et la tendresse qui me manquait tant. Mais là, je trouvais une Circé froide et dédaigneuse. Elle aimait ma compagnie, et appréciait de s'entretenir avec moi d'art, d'histoire, de parfums et d'encens. Nous partagions nombre d'affinités et nous allions ensemble visiter agréablement jardins, musées et expositions. Malheureusement, je ne pouvais même pas lui toucher tendrement la main sans provoquer en elle une irrépressible et furieuse colère.
   Le pire de cette étrange relation était, qu'ensemble, nous avions toutes les apparences d'un beau couple d'artistes. A l'occasion de spectacles et d'expositions, elle me présentait à ses amis, et je lui présentais les miens. Et tous étaient ravis de voir ma très chère peintre grecque en couple avec Michel Kisinis, le poète grec. Mais ce simple rôle de faire-valoir, sans aucun échange de tendresse, me faisait vraiment souffrir. Lorsque enfin je rentrais seul après ce genre de ballade, j'étais désespéré.
   Et à chacune de mes gentilles tentatives de rapprochement, elle me rejetait froidement, insensible et insouciante, telle une statue d'Héra, dont l'éclatant marbre blanc pailleté ne capterait même pas la chaleur de l'astre solaire. Le summum de cette triste mascarade fut lors d'une excursion à Auvers-sur-Oise pour visiter les lieux fréquentés par Vincent Van Gogh et par de nombreux autres peintres. Je me suis retrouvé abandonné par cette statue impassible et dure.

“J'errais les larmes aux yeux dans les rues d'Auvers-sur-Oise. L'automne faisait pleuvoir des vagues de feuilles roussies.
Et moi, je serrais des dents pour que mon désespoir n'inonde point la ruelle déserte. Mais une pluie fine tomba et me rafraîchit”.
   Alors, au bout de plusieurs mois de relations très culturelles, mais frustrantes au plus haut point, ma déesse glaciale m'offrit un élégant flacon d'eau de toilette au santal d'Australie afin de mettre fin à une relation qui n'avait jamais vraiment débuter. Ce parfum raffiné, boisé, me plut énormément, moi qui aime les senteurs orientales et fleuries, le benjoin et la myrrhe. Et pour conclure cet adieu bien anticipé, elle me dit sur un ton rassurant que j'étais quelqu'un de très fin et que je me suffisais à moi-même.
   Là, je ne pus retenir un franc éclat de rire. C'était tellement absurde ! Ma Circé polaire faisait de l'humour noir sans s'en rendre compte, ajoutant le ridicule à la cruauté. Pourtant si triste, cette idiotie me fit rire de bon cœur, alors que j'en souffrais tout en même temps, toujours fidèle à mon sacré sens de l'humour. Et mes yeux la fixant profondément, je lui répondis ironiquement : “Oui, bien sûr !”, un large sourire aux lèvres.
   Ma belle walkyrie orientale était complètement déstabilisée. Alors qu'elle avait préparé très soigneusement son discours de rupture à n'en pas douter, elle n'avait sûrement pas prévu qu'il me ferait rire. Telle est ma nature : totalement imprévisible ! De toute façon, je n'avais envie ni d'argumenter, ni de discuter. Lorsque l'on rencontre une telle personne, le mieux à faire est de la laisser dériver toute seule dans son océan glacial peuplé uniquement d'icebergs et balayé par des vents polaires, dans une obscure nuit sans étoile. Elle se suffit à elle-même !
   Le lendemain, elle m'envoya un SMS pour me prévenir qu'il y avait des moelleux au chocolat à deux euros chez Paul.
   Je lui répondis d'une petite poésie :
“Bien plus moelleux,
Et bien moins coûteux,
Est mon cœur amoureux”.
   Quelques jours après, je lui adressais un beau marque-page, acheté au Musée Daubigny d'Auvers-sur-Oise, représentant un magnifique décor mural avec des oiseaux s'ébattant dans un arbre. Au dos, j'écrivis : "Les larmes du poète sont douces, mais il n'y a personne pour y goûter. Kisinis".

© Michel Kisinis

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2009-10-23

Marées de larmes I

Un terrible chagrin d'amour
   Une tristesse infinie emplissait mon âme, n'en finissant plus d'aller et de venir, au gré des marées de mon cœur en souffrance. Des vagues de larmes ruisselaient en moi et me rongeaient les tripes, tel un acide. Je me repliais sur moi-même, miné par une douleur indicible.
   Sévère, elle m'avait dit qu'il fallait tourner la page. Mais cette page brûlait en moi. Elle avait tourné mon cœur, elle l'avait retournée, par sa tendresse et son amour infini.
   J'éprouvais une insoutenable nausée à me sentir ainsi bousculé. Maintenant, je devais couper ces liens, arrêter net le moteur de mes sentiments. D'après elle, c'était nécessaire, indispensable. Mais le moteur n'obéissait pas, ni à la raison, ni aux reproches. Ce satané moteur continuait à tourner, même privé de son inoubliable douceur. Ses maudits soubresauts n'en finissaient pas de relancer d'irrégulières marées de larmes qui se déversaient partout en moi, tels de gigantesques raz de marées emportant tout sur leur passage.
   Mais je ne pouvais pas m'empêcher de penser tendrement à celle qui s'acharnait ainsi, tel Alexandre sectionnant de son glaive le nœud gordien... Elle avait beau y faire, mes sentiments restaient intacts.

© Michel Kisinis

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2009-10-18

Le silence et la détresse

Oh muse silencieuse, de ton mépris le présent
Tresses-en des lauriers faits de petites fleurs
De bruyère, trempés dans l'huile d'oliban,
Et honore l'âme morte du poète en pleurs,
Le cœur défait, dérivant en un désert d'acide inondé,
Aux vagues chaudes, douces et traîtesses.
Le ressac de cette mer délétère donne nausée
Et vertiges, l'engloutissant dans sa détresse.

© Michel Kisinis

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