Kisinis Web Art, le site des Arts et des Artistes

Kisinis Web Art, le site des Arts et des Artistes

2009-11-19

Rêverie en stage de droit d'auteur

   Sa longue chevelure aux reflets dorés ondulait gracieusement, encadrant un doux visage serein. Ses longs cils noirs semblaient battre au rythme de ses doigts fins qui tapotaient sur son clavier d'albâtre. Ses yeux bleu azur fixaient son écran, la mine concentrée. Et son profil hellénique, doucement éclairé par la lueur bleutée de son ordinateur portable, offrait un charmant spectacle.    Consciencieusement, elle notait règles et usages énoncés par la juriste. Et sur un fond sonore composé d'articles de lois et de jurisprudence, le poète se mit à rêver de muses dansant au beau milieu d'une prairie fleurie de l'Olympe sacré. Lyres, flûtes et tambourins résonnant à travers la vallée et les bois enchantés, où s'entremêlaient chants gracieux, cris voluptueux et rires joyeux. Des senteurs de jasmin, de thym, de romarin et de fenouil s'ajoutaient à la sublime myrrhe des déesses.
   “Le droit moral de l'auteur supplante les droits patrimoniaux”, s'exclama la juriste.
   Et les mots d'Horace me revinrent en mémoire : “Carpe diem, quam minimum credula postero”.
Outé mera, outé nikta, zoi exhassa.
   Plus tard, une artiste participant au stage, s'extasiant devant ma dextérité sur le clavier de mon portable, me demanda de lui donner mes notes. Je lui répondis franchement que je n'avais pris que très peu de notes, connaissant déjà bien le droit d'auteur, et que j'avais surtout écris un poème en prose. Cela fit rire tout le monde.
© Michel Kisinis

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2009-11-09

Marées de larmes II

Une suffisance glaciale
   Malgré mon profond chagrin, j'abordais un autre rivage pour trouver l'affection et la tendresse qui me manquait tant. Mais là, je trouvais une Circé froide et dédaigneuse. Elle aimait ma compagnie, et appréciait de s'entretenir avec moi d'art, d'histoire, de parfums et d'encens. Nous partagions nombre d'affinités et nous allions ensemble visiter agréablement jardins, musées et expositions. Malheureusement, je ne pouvais même pas lui toucher tendrement la main sans provoquer en elle une irrépressible et furieuse colère.
   Le pire de cette étrange relation était, qu'ensemble, nous avions toutes les apparences d'un beau couple d'artistes. A l'occasion de spectacles et d'expositions, elle me présentait à ses amis, et je lui présentais les miens. Et tous étaient ravis de voir ma très chère peintre grecque en couple avec Michel Kisinis, le poète grec. Mais ce simple rôle de faire-valoir, sans aucun échange de tendresse, me faisait vraiment souffrir. Lorsque enfin je rentrais seul après ce genre de ballade, j'étais désespéré.
   Et à chacune de mes gentilles tentatives de rapprochement, elle me rejetait froidement, insensible et insouciante, telle une statue d'Héra, dont l'éclatant marbre blanc pailleté ne capterait même pas la chaleur de l'astre solaire. Le summum de cette triste mascarade fut lors d'une excursion à Auvers-sur-Oise pour visiter les lieux fréquentés par Vincent Van Gogh et par de nombreux autres peintres. Je me suis retrouvé abandonné par cette statue impassible et dure.

“J'errais les larmes aux yeux dans les rues d'Auvers-sur-Oise. L'automne faisait pleuvoir des vagues de feuilles roussies.
Et moi, je serrais des dents pour que mon désespoir n'inonde point la ruelle déserte. Mais une pluie fine tomba et me rafraîchit”.
   Alors, au bout de plusieurs mois de relations très culturelles, mais frustrantes au plus haut point, ma déesse glaciale m'offrit un élégant flacon d'eau de toilette au santal d'Australie afin de mettre fin à une relation qui n'avait jamais vraiment débuter. Ce parfum raffiné, boisé, me plut énormément, moi qui aime les senteurs orientales et fleuries, le benjoin et la myrrhe. Et pour conclure cet adieu bien anticipé, elle me dit sur un ton rassurant que j'étais quelqu'un de très fin et que je me suffisais à moi-même.
   Là, je ne pus retenir un franc éclat de rire. C'était tellement absurde ! Ma Circé polaire faisait de l'humour noir sans s'en rendre compte, ajoutant le ridicule à la cruauté. Pourtant si triste, cette idiotie me fit rire de bon cœur, alors que j'en souffrais tout en même temps, toujours fidèle à mon sacré sens de l'humour. Et mes yeux la fixant profondément, je lui répondis ironiquement : “Oui, bien sûr !”, un large sourire aux lèvres.
   Ma belle walkyrie orientale était complètement déstabilisée. Alors qu'elle avait préparé très soigneusement son discours de rupture à n'en pas douter, elle n'avait sûrement pas prévu qu'il me ferait rire. Telle est ma nature : totalement imprévisible ! De toute façon, je n'avais envie ni d'argumenter, ni de discuter. Lorsque l'on rencontre une telle personne, le mieux à faire est de la laisser dériver toute seule dans son océan glacial peuplé uniquement d'icebergs et balayé par des vents polaires, dans une obscure nuit sans étoile. Elle se suffit à elle-même !
   Le lendemain, elle m'envoya un SMS pour me prévenir qu'il y avait des moelleux au chocolat à deux euros chez Paul.
   Je lui répondis d'une petite poésie :
“Bien plus moelleux,
Et bien moins coûteux,
Est mon cœur amoureux”.
   Quelques jours après, je lui adressais un beau marque-page, acheté au Musée Daubigny d'Auvers-sur-Oise, représentant un magnifique décor mural avec des oiseaux s'ébattant dans un arbre. Au dos, j'écrivis : "Les larmes du poète sont douces, mais il n'y a personne pour y goûter. Kisinis".

© Michel Kisinis

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2009-06-06

La détresse et l'amour

   Nombre d'individus prennent plus de plaisir à voir la détresse qu'à donner de l'amour. Il n'y a qu'à regarder le nombre de toutes ces émissions et revues qui déballent complaisemment toute la misère du monde. Devant le spectacle de la souffrance de l'autre, on s'en réjouit, on se sent puissant, supérieur et l'on en oublie ainsi sa propre détresse, sa misère et son impuissance devant l'implacable machine.
   Tels des porcs s'ébattant dans leurs bauges, beaucoup se complaisent à assister à des spectacles dégradants, avilissants, des violences, des crimes qui sont complaisamment mis en scène, et d'autres où le spectacle même est l'humiliation en direct de personnes en détresse. Viols et dissections de cadavres sont offerts aux yeux de tous avec un luxe de détails et un grand soucis de réalisme. Mais tout ce spectacle n'est pas gratuit, il participe à la désensibilisation de notre humanité, à nous habituer à la violence, à nous y accoutumer, telle une drogue. Chacun réclame ainsi sa dose quotidienne de crimes sanglants et retrouve alors une pitoyable sérénité par la mort hantée.
   On ne réclame pas d'émissions de poésie, ni de films romantiques, on exige des viols, des meurtres, des explosions, des destructions massives, toujours plus, toujours plus vite, accumulés en d'absurdes scénarios. Les cours donnés aux enfants mènent tout droit à cette demande. Ils n'ont pas d'atelier d'écriture, de chant, de musique ou de peinture. Non, on leur apprend la lutte, le combat, comment faire mal et terrasser son ennemi. On ne leur apprend pas comment créer de son esprit et de ses mains. Alors que l'on devrait déjà leur apprendre comment ne pas souffrir. Mais tant mieux, car il y aura toujours des spectateurs pour s'en régaler.
   Si tous possédaient la dose d'empathie nécessaire à une humanité consciente, le spectacle de cette souffrance humaine leur serait tout simplement insupportable. Où pourraient-ils aller alors pour y échapper ? Quelle thérapie devraient-ils ingérer pour en guérir ? Car, de toute façon, toute évolution est rejetée, exclue.
   Finalement, c'est à nous de supporter avec stoïcisme ces regards ravis et cruels devant notre propre souffrance, dans une attitude digne et hiératique... jusqu'à la mort.

© Michel Kisinis

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2008-09-07

La plus belle photo

Michel Kisinis, photographe et poete


Cette nuit, au café de la Place de la Contrescarpe, une amie peintre refusa que je la photographie. Elle tendit sa belle main vers l'objectif... Et voilà une magnifique photographie de main d'artiste courroucée par la désinvolte négligence d'un photographe qui oublie d'envoyer d'anciennes photos.
Mais la plus belle photo, le plus beau portrait que j'ai fait d'elle est en moi... Et elle l'ignore !


© Michel Kisinis

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2008-02-26

Caricatures Internet et multimédia

   Sortant de ma tannière hier, je suis allé voir aux Gobelins une conférence sur les jeux en ligne. Sont intervenus des professionnels et des chercheurs exposant les dernières innovations techniques et les recherches en matière de jeux et de multimédia.
   Le dernier intervenant était un jeune publicitaire qui fit un panégyrique des productions de son entreprise spécialisée dans le jeu publicitaire en ligne en Flash. D'après lui, on n'avait jamais réalisé de tels jeux auparavant. Sa méconnaissance de l'existant en la matière était confondante. Cela fait plus d'une décennie que de tels jeux sont développés, en particulier avec Director, et cela bien avant que Macromedia ne sorte Flash. Ce publicitaire multimédia semblait l'ignorer complètement. Et pour conclure en beauté, il s'étonna qu'aucun artiste n'utilise le multimédia. Gros silence. C'était vraiment navrant d'écouter une telle connerie.
   A la cloture, Etienne Armand Amato rappela tout de même que cela faisait longtemps que des artistes œuvraient dans ce domaine.
   Pas de chance pour le publicitaire, il s'était assis juste derrière moi et je l'interpellais :
– C'est symptomatique que vous ignoriez le travail des artistes.
   Il était gêné, tout en reconnaissant le fait.
– Cela fait longtemps que des artistes, musiciens, plasticiens, utilisent le multimedia, l'interactivité et le web.
   Le publicitaire s'éclipsa discrètement.
   Son acolyte, plus hargneux, s'exclama :
– Mais quels artistes ?
– Ce n'est pas parce que vous ne les connaissez pas qu'ils n'existent pas.
– Mais ils sont où ces artistes ?
   Comme nous n'étions pas au Salon de l'Agriculture et que je ne suis pas avocat d'affaires, ni Président de la République, je ne lui ai pas répondu "Dans ton cul, pauvre con !", mais :
– C'est sûr que TF1 ne vend pas leurs œuvres.
– Mais vous faites une caricature là !
   Je le regardais droit dans les yeux et je lui dis d'un ton très peu aimable :
– Mais vous êtes une caricature !
   Stupéfait, la bouche bée, le type mis un temps pour comprendre vraiment, puis il s'exclama "Ah bon d'accord !" et pris la fuite à travers la salle sans demander son reste.
© Michel Kisinis

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2007-12-02

Des raisins trop verts

   Récemment, je visitais avec un ami journaliste l'exposition des dessins du peintre Polidoro da Caravaggio au Musée du Louvre. Nous regardions avec admiration les œuvres accrochées aux cimaises, lorsque notre attention fut attirée par une femme qui passa près de nous. L'inconnue détaillait chaque dessin d'un regard très professionnel, une peintre peut-être. Je me mordais la lèvre... Je jetais un regard interrogateur à l'ami journaliste. Celui-ci fit une moue dédaigneuse et me souffla à l'oreille :
- Elle n'est même pas belle !
   Je regardais de nouveau la femme qui s'éloignait en ondulant grâcieusement, avec sa robe qui tournoyait de tous ses volants, laissant derrière elle un sillage de senteurs d'ambre et de musc.
   En humant ce délicieux parfum qui me rappelais tant l'Orient, les yeux rivés sur sa belle silhouette, je répondis :
- Tu as raison, Maître Renard, ces raisins sont bien trop verts.

07-12-2007 – Sur Facebook, j'ai ouvert un groupe de discussion "Poésie en ligne" afin parler de poésie :
Poésie en ligne sur Facebook
Vous pouvez m'écrire pour que je vous envoie une invitation pour l'inscription.

© Michel Kisinis

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2007-11-25

L'artiste modèle

   Anne, une amie peintre, m'a téléphonée ce matin pour me proposer de... poser pour une de ses élèves qui a besoin de modèle pour dessiner un portrait.
   J'ai souri, étonné de la demande, et je lui ai rétorqué que je n'étais pas un Apollon... Mais non, elle voulait vraiment faire mon portrait.
- Ce soir, à quelle heure alors ?
- Tu es vraiment d'accord ?!!! Elle semblait très surprise que j'accepte aussi facilement.
- Oui, je passerais peut-être à la postérité grâce à cela.
- Tu sais, Michel... Sa voix semblait hésiter, comme intimidée. J'aimerais en profiter aussi pour te croquer.
- Ah oui, bien sûr Anne, y'a pas de problème !, fis-je très enthousiaste. Ce n'est pas tous les jours que deux femmes veulent me croquer en même temps.
   Il y eût un silence. A travers l'éther numérique, je sentis Anne rougir profondément...
© Michel Kisinis

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2007-11-01

Une ville antique effacée par la barbarie

Avec le Zeugma Express, visitez la Turquie !

"C'était au temps des Grecs sur le Xanthe une cité,
Mais elle gît maintenant, pareille à d'autres,
Plus grandes, effacée du jour, ravie
Par un coup du destin à sa lumière sacrée."

   Ces vers du grand poète allemand Hölderlin me revinrent en mémoire quand je lus ce que raconte un site turc en français pour attirer les touristes français en Turquie :
"Soyez les bienvenus dans le carrefour des peuples et des civilisations !
Remontez le temps à travers 10 000 ans d'histoire et découvrez les vestiges archéologiques de 13 civilisations...
Contemplez les extraordinaires richesses géologiques de la Cappadoce, visitez la maison de la Vierge, découvrez les lieux où vivaient les premiers chrétiens, percez les secrets des Derviches Tourneurs, plongez vous dans les mosaïques de la cité engloutie de Zeugma..."
   Zeugma fut une ville hellénistique, gréco-macédonienne, fondée vers 300 av. J.-C. par Séleucos Ier, un général d'Alexandre, fondateur de la dynastie des Séleucides. Elle réunissait deux cités plus anciennes : Apamée et Séleucie.
   L'Etat turc, dans sa logique destructrice des peuples, des civilisations, des cultures et des vestiges qui lui sont totalement étrangers, a entrepris, à partir de 1995, la construction d'un grand barrage sur l'Euphrate afin de s'accaparer d'une grande partie du débit du fleuve au détriment de ses voisins, la Syrie et l'Irak. Le résultat fut la destruction quasiment totale du site archéologique de Zeugma, sans parler des populations kurdes et turques qui furent alors dépossédés et déplacés de force, comme à l'habitude... Les Arméniens, les Juifs, les Arabes chrétiens et les Grecs sont partis depuis longtemps de cette région devenue inhospitalière... Plus d'une vingtaine de sites archéologiques furent alors détruits sans aucune fouille, ni mesures de préservation et trente milles personnes déplacées.
   Avec des manières de pillards, et avec la collaboration d'archéologues français, les mosaïques furent prélevées à la hâte avant la destruction et installées dans le musée archéologique de Gaziantep. Et ce sont ces mêmes mosaïques qui servent maintenant à l'Etat turc pour attirer les touristes...
   "Zeugma Express ! Venez admirer les magnifiques débris des vestiges que nous avons détruits !"
   Ils peuvent bien tout détruire, mais leurs crimes sont inscrits dans notre mémoire. Et nous ne sommes pas prêts d'oublier.
© Michel Kisinis

Addendum
D'après l'Armenian National Institute (USA), la ville moderne de Birecik, très proche de Zeugma, fut un lieu de massacre et de déportation des Arméniens lors du génocide arménien. Et l'AGA (Allemagne) note que le barrage de Birecik a détruit la forteresse médiévale arménienne du monastère de Hromkla.

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2007-08-21

L'enflure du pouvoir

Le "Tao-tê-king" est à la fois une œuvre de poésie et de philosophie, écrit par le philosophe chinois Lao-tzeu vers 450 av. J.-C. Certains passages sont si “drôlement” d'actualité. Comme je l'ai écrit dans mon texte "L'humour d'Aristote" : “la poésie, l'humour, l'art, la philosophie, tout s'entremêle et sublime la pensée”. Et ainsi, rien n'est plus subversif...
Michel Kisinis

“Qui se dresse sur la pointe des pieds est chancelant
Qui marche à pas glorieux couvre peu de distance
Qui fait parade de soi-même est sans éclat
Qui se donne raison n'est pas mis au pinacle
Qui vante ses talents passe pour sans mérite
Qui se targue de ses succès prépare sa chute
Ce sont là pour la Voie
Des rebuts de mangeaille ou des enflures vaines
Tout un chacun en a dégoût
Et l'homme de la Voie s'en détourne.”

Lao-tzeu

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"La Voie et sa vertu, Tao-tê-king", Lao-tzeu, traduction de François Houang et Pierre Leyris. Ed. du Seuil, coll. Points Sagesses (Sa16).

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2007-03-28

Exposition Praxitèle au Louvre

   J'ai eu le plaisir d'assister à l'inauguration de l'exposition Praxitèle au Louvre le 21 mars. Quel émerveillement devant tant de sculptures magnifiques ! Que de drapés somptueux révélant des formes sensuelles ! Déesses ou courtisanes, les cheveux entourés de rubans, le chignon noué, des boucles torsadées tombant sur des épaules dénudées... Des effluves imaginaires de benjoin et de myrrhe troublèrent mes sens et j'en vis une tenant une aryballe d'un geste précieux et appliquant délicatement sa spatule sur sa poitrine nue...

L'original et ses copies
   Des œuvres originales de Praxitèle, sculpteur grec du IVe siècle avant J.-C., ne subsistent qu'une tête et quelques fragments. Mais elles furent beaucoup copiées, dès l'Antiquité, et cette exposition nous présente les plus belles copies, nous donnant un aperçu de l'excellence de ce sculpteur. Et fait remarquable, plusieurs pays européens, dont la Grèce, ont prêté des œuvres pour cette exposition.
   L'intérêt d'exposer des variantes datant de différentes périodes est de pouvoir comparer les styles propres à chacune. Ainsi, on remarquera pertinemment les détails du visage, de la coiffure, du drapé, et même de la forme du corps féminin, pour chacune des périodes antiques : grecque, hellénistique et romaine, pourtant très proches. Il y a aussi quelques sculptures modernes qui "divergent" complètement du modèle antique. L'exemple parfait en est Phryné, modèle de Praxitèle et courtisane, dont on voit ici des sculptures de différentes époques, toutes pleines de sensualité et d'érotisme. Ma préférence va évidemment à la période grecque, ainsi qu'à certaines versions modernes.
   On pourra aussi comparer la beauté du marbre. Les sculptures romaines étaient généralement réalisées en marbre de Carrare. Les sculptures grecques et hellénistiques sont faites de marbres provenant surtout de l'Attique, de Paros ou de Rhodes. Le marbre de Paros étincelait sous les projecteurs, malgré l'âge et la patine des œuvres, grâce à ses magnifiques paillettes. J'eus vraiment très envie de toucher ce marbre et d'en ressentir le froid et le grain, me remémorant d'anciennes sensations. Et l'on se prend à rêver de la beauté des originaux de Praxitèle. Henri Lechat écrivit à ce propos : "Ces beautés, nous ne pouvons que les entrevoir à travers la banalité de copies romaines. Comme elles devaient éclater dans le marbre original, caressé par le plus savant ciseau !". Et "c'est parce que Praxitèle était impérieusement attiré vers des formes souples et moelleuses, vers des contours délicats et tendres, qu'il eut pour matière de prédilection le marbre de Paros, dont la blondeur transparente et la douce chaleur donnent lumière et vie aux plus furtives délicatesses du modelé" (1).

Fanatiques destructeurs d'art
   On notera aussi de nombreuses œuvres martelées par le fanatisme chrétien. Les traits de la tête colossale Despinis (IVe s. av. J.-C.) sont fracassés. Une autre tête féminine du Ier s. apr. J.-C. est tout autant mutilée, mais là le barbare a creusé au burin une grande croix au beau milieu du visage. D'une Aphrodite détruite, ne subsiste que le torse qui a été marqué d'une petite croix. Combien de chefs-d'œuvre a-t-on perdu ainsi par la barbarie et l'obscurantisme de fanatiques religieux qui ont ravagés la Grèce et toute l'Europe pendant des siècles ?
   Les papes romains ne firent cesser l'utilisation des marbres antiques pour faire de la chaux qu'après les protestations en 1518 de Raphaël, alors super-intendant des Beaux-Arts à Rome : "Pourquoi nous plaindre des Goths et des Vandales, quand ceux qui auraient dû protéger en pères et en tuteurs les pauvres restes de la Rome antique ont depuis longtemps contribué à sa ruine et à son pillage" (2).
   La première destruction officielle d'un temple date de 386 à Apamée, en Asie Mineure (3). Le principal temple d'Alexandrie, le Sérapéion, est détruit en 391, ainsi que d'autres sanctuaires de la ville, et sa population en révolte décimée sans pitié par une armée romaine devenue chrétienne. Ce temple abritait une grande statue chryséléphantine de Zeus, œuvre du sculpteur grec Bryaxis (IVe s. av. J.-C.). La ville ne s'en remis jamais, alors qu'elle avait été déjà le lieu du massacre de toute sa population juive hellénisée en 117 par des légions romaines pas encore chrétiennes, mais tout aussi impitoyables (4).
   Mars 2001, Afghanistan : les deux colossales sculptures de Bouddha, influencées par le style hellénistique, situées de la province de Bamiyan sont détruites par les Talibans...

Un art humain
   Le génie des sculpteurs grecs, sous l'influence des Egyptiens, est d'avoir humaniser les divinités, abandonnant l'adoration primitive des bétyles, pierres sensées représentées des dieux. D'Hancarville nous dit ainsi "Le but de la Sculpture avait été dès son principe, de donner de l'intérêt pour ses productions, en les rapprochant le plus qu'il était possible de la Nature; mais jusqu'alors elle n'avait su rendre que des figures destituées de vie et de sentiment, car elles étaient privées de la vue et du mouvement, dont l'une exprime la pensée, et l'autre l'action" (5).

   Pour clore cette visite inoubliable, ne manquez pas le beau catalogue de l'exposition, très richement illustré et documenté (456 pages, 39€), mais où l'on peut regretter la présence de photographies dégradées par la compression. L'un des auteurs, Alain Pasquier, Conservateur général, chargé du département des Antiquités grecques, étrusques et romaines du musée du Louvre, est aussi l'auteur de "L'Art grec" (6), ouvrage de référence qui couvre une dizaine de siècles de créativité grecque et qui vous permettra d'élargir votre connaissance de la civilisation grecque.

      Michel Kisinis

Exposition ouverte du 23 mars au 18 juin, tous les jours sauf mardi, 9h/18h et jusqu'à 22h les mercredi et vendredi.

Bibliographie
1- "La sculpture grecque", Henri Lechat, Ed. Payot, 1927.
2- "Celse contre les chrétiens", Louis Rougier, Ed. Copernic, 1977.
3- "Chronique des derniers païens", Pierre Chuvin, Ed. Les Belles Lettres, 2004.
4- "Les Juifs d'Egypte de Ramsès II à Hadrien", J. Mélèze Modrzejewski, Ed. P.U.F., 1997.
5- "Antiquités étrusques, grecques et romaines", D'Hancarville et F. A. David, 1785.
6- "L'Art grec", Alain Pasquier et Bernard Holtzmann, Coll. Manuels de l'Ecole du Louvre, Ed. La Documentation française, 1998.
© Michel Kisinis

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2007-01-25

Langue de bois et droit de suite

Cette semaine, mardi après-midi, quelques dizaines d'artistes ont manifestés devant le Ministère de la Culture à l'appel de la Fédération des Réseaux et Associations d'Artistes Plasticiens (FRAAP), du Comité des Artistes Auteurs Plasticiens (CAAP) et du Syndicat National des Artistes Plasticiens-CGT (SNAP-CGT), pour dénoncer un projet de modification du droit de suite qui aurait pour effet de réduire de façon drastique le champ d'application de ce droit et donc les revenus des artistes. Selon ces organisations, le Ministère de la Culture se sert de nos droits d'auteur comme d'un paillasson. Ce jour-là, ils ont déposés à l'entrée du ministère un paillasson avec l'inscription “DROITS DES AUTEURS”. D'ailleurs, cela a donné lieu à quelques scènes comiques, puisque quelques personnes entrant dans le bâtiment s'essuyaient leurs pieds dessus.
Une entrevue impromptue se déroula ensuite entre les artistes et trois hauts fonctionnaires devant l'entrée du ministère, malgré le froid glacial. Aux revendications des artistes, le fonctionnaire le plus gradé, et le moins vêtu, répondit un truc qui m'a fait bien rire. Ce monsieur au léger accent NAP a écouté bien poliment les artistes, puis il a voulu les rassurer d'un charmant air bon enfant. Il leur a dit qu'il avait bien entendu leurs revendications et que cela était utile, car le Ministère allait prendre plus de temps pour expliquer ce projet de décret aux artistes.
Or, le même argument a servi aux politiques lors de la campagne électorale pour le "oui" au référendum sur l'Europe en 2005. En clair, on peut traduire ainsi : "Bon, vous êtes un peu idiots et très mal informés, alors on va être très patient avec vous et on va prendre beaucoup plus de temps pour tout vous expliquer simplement et vous convaincre"...
Evidemment, il n'est pas question ici de tenir compte réellement des arguments et des intérêts des artistes, mais seulement d'imposer au final le diktat des technocrates.
Mais y'a-t-il encore quelqu'un au Ministère de la Culture qui s'inquiète du sort de l'Art et des Artistes ?
A propos du droit de suite, j'ai écris un texte pour les Etats Généraux des Arts Plastiques, en 1981 : http://www.kisinis.ch/Michel_Kisinis/droits1.html
© Michel Kisinis

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2006-09-19

Des fans à la Poste !

Il y a deux semaines, j'avais envoyé à l'une de mes admiratrices en Grèce deux tirages de mes photographies récentes afin de la remercier de son estime et son engouement pour mes photographies et mes poèmes. J'avais glissé les tirages dans un exemplaire des Cahiers de la Peinture de juin où avais été publié mon texte "Art officiel et mauvais artistes".
Avant-hier, au téléphone, elle me remercia pour la revue, mais à ma grande surprise, ne mentionna point les photos. En fait, elle n'a pas reçu les tirages. Quelqu'un à la Poste a ouvert le pli, croyant sûrement qu'il y avait de l'argent à cause de la surépaisseur des tirages et du carton que j'avais ajouté. Visiblement, les tirages ont dû plaire à cette personne qui a ensuite remis seulement la revue dans le pli et a procédé à son expédition.
Six mois auparavant, je lui avais expédié quelques-uns de mes poèmes. Ils n'étaient jamais arrivés et j'avais dû les réexpédier.
Purée, j'ai même des fans à la Poste !
© Michel Kisinis

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2006-05-21

Art officiel et mauvais artistes !

Quand les aristos de l'art officiel
bavent sur les artistes

   Dans le Parisien du samedi 13 mai, je suis tombé sur une pleine page consacrée à l'art contemporain. Le titre est provocateur : "Franchement... L'art contemporain est-il peuplé d'imposteurs ?". La journaliste, Catherine Balle, décrit brièvement sa visite de l'exposition au Grand Palais "la force de l'art" et son article est illustré par la photographie d'une œuvre : la maquette grandeur nature d'une automobile... le tout ne donnant aucune envie de visiter cette exposition.
   L'article est aussi accompagné de trois petits interviews dont un a attiré mon attention car il titrait en gros "Il y a surtout beaucoup de mauvais artistes". A gauche de l'interview, un portrait au cigare du commissaire-priseur qui affirme cela. Cette personne est aussi... vice-président du Palais de Tokyo.

Mauvais marchands, mauvais collectionneurs et mauvais artistes
   A la question de Catherine Balle "Y a-t-il beaucoup d'imposteurs dans l'art contemporain", le commissaire-priseur/vice-président répond "Une grande partie du marché de l'art est fondée sur des œuvres qui n'ont aucun intérêt. Ou plutôt qui, comme les tableaux de la place du Tertre de Montmartre, n'apporteront rien à la civilisation et ne relèvent que de l'aventure personnelle de l'artiste. Car malheureusement, il y a beaucoup de mauvais marchands et de mauvais collectionneurs, qui ne savent pas distinguer les œuvres banales des œuvres fortes. Cependant, de la part des artistes, il ne s'agit pas d'imposture mais d'un manque de talent. Ils sont bien trop attachés à ce qu'ils font pour être dans une logique d'escroquerie. Tous (ou presque) sont sincères. Il n'y a pas d'imposteurs, mais il y a beaucoup de mauvais artistes".
   Quand on connaît la programmation du Palais de Tokyo, l'attitude pleine de vanité, d'arrogance et de mépris du commissaire-priseur/vice-président paraît bien futile. La morgue d'un apparatchik ne saurait nous faire oublier l'utilisation systématique du Palais de Tokyo pour des opérations publicitaires. Les organisateurs se sont servis un temps des artistes squatteurs, à peu de frais, le thème étant à la mode, pour les rejetter tout aussi vivement. Ils ont aussi montés de prestigieuses expositions pour du matériel informatique (ordinateurs, imprimantes, lecteurs MP3, bornes WIFI, etc), en utilisant de nombreux artistes, et leurs œuvres, sans les rémunérer. De conséquents budgets ont servis à tout cela, sans qu'aucun de ces artistes ne touche un centime.
   Je vous propose d'aller voir les pages de mon blog qui évoque ces histoires :
- "Où est la HYPE ? Dans ton cul, connard !!!" qui parle de l'exposition HYPE ->Expo HYPE
- "L'artiste dans une nuit noire" où j'évoque le respect des œuvres et la culture événementielle ->Artiste et nuit noire

   En 2005, on a bien vu le mépris avec lequel a été traité la candidature de la FRAAP (Fédération des Réseaux et Associations d'Artistes Plasticiens) à la direction du Palais de Tokyo.

Le Foutoir de Tokyo
   J'avais pensé à rebaptiser le Palais de Tokyo en Bazar de Tokyo. Mais, comme me l'a fait intelligemment remarquer une amie peintre, cela serait faire injure aux bazars que de dénommer ce lieu ainsi. Alors, on pourrait l'appeler le Foutoir de Tokyo (désolé pour la ville !). Ce serait plus juste, car c'est bien un lieu où les responsables se foutent pas mal des artistes, de l'art et des citoyens en général.
   Quel crédit peut avoir un soi-disant spécialiste de l'art quand il est à la fois juge et parti, et qu'il insulte et méprise aussi honteusement les artistes (mais aussi ses propres confrères et leurs clients), et tout en en faisant le commerce ? Et ne devrait-il pas en tirer les conclusions qui s'imposent ???
   Quelques-uns tentent depuis quelque temps de s'introduire dans cette foutue chapelle pour profiter des maigres miettes que les officiels de l'art contemporain sont prêts à leur laisser. Ces artistes, se croyant plus malins que les autres, devraient plutôt reconsidérer leur situation et leur collaboration avec des gens si méprisants vis-à-vis de nous tous.
   Ce lieu restera ce qu'il est, un lieu mort qui n'apporte rien à la civilisation, tant que les artistes ne se feront pas respectés et n'imposeront pas leur présence et leur créativité.
   Et j'encourage chaudement tous les artistes à écrire à la Délégation aux Arts Plastiques (au Ministère de la Culture) pour protester contre les propos du vice-président du Foutoir de Tokyo : le délégué Olivier Kaeppelin olivier.kaeppelin@culture.gouv.fr
© Michel Kisinis

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2006-02-20

Artistes et spammeurs

   En plus du flot continu de spams pour des médicaments, des vitamines, des actions, des sites de cul ou de rencontres, des fausses demandes d'aide, je reçois aussi des spams de sociétés françaises qui veulent me vendre des machines-outils, des pompes hydrauliques, etc.
   Mais le pire, ce sont les messages provenant de certains artistes. Ceux-ci m'abonnent d'office à leur liste sans demander mon avis, certains de l'importance de leurs proses et de leurs œuvres. Et quand je me désabonne, pas de problème, ils me réabonnent aussitôt, craignant sans doute pour moi que je ne rate un texte "incontournable", une œuvre géniale. Et voilà, je reçois un paquet de textes interminables, illisibles, parfois risibles tout simplement, des méga-octets d'images... On veut absolument me forcer à lire et à voir. Je n'ai pas le choix. Et je n'ai pas intérêt à renauder, à protester contre leurs assauts, ou même à leur expliquer que... Peine perdue ! Il s'agit d'un véritable harcèlement.
   Sur la liste "Art Squat", j'ai dû désabonner quelques idiots qui s'amusaient à renvoyer des spams sur la liste. Alors là, quel salop j'ai été !!! Et quand, sur une autre liste, j'ai eu le malheur de rappeler à une amie le respect des règles, elle m'a envoyée trois longs messages pour justifier vainement son attitude... Pfou... même pas lus !!!
   Il y aussi ceux qui vous envoient un message où votre adresse apparaît en clair dans une très longue liste de destinataires. Evidement, dans le lot, il y en a toujours quelques-uns pour reprendre cette liste afin de spammer tout le monde. Et si vous avez le malheur d'écrire à l'expéditeur pour lui en parler, vous aurez droit à un message outré d'un gentilhomme offensé par votre grossièreté. Et il vous en punira durement par un bannissement à vie de sa liste. Cruel, n'est-ce pas !!!
   Je reçois aussi des messages de types qui racontent leurs phantasmes sexuels ou bien leur vie quotidienne d'artiste fortuné, d'autres m'envoient de longs textes indigestes. D'autres encore m'expédient des invitations sous forme d'images de plusieurs mégas, en double dans le message, et plusieurs fois... J'ai eu aussi droit aux délires de quelques-uns sur des complots internationaux, un autre m'a envoyé la photo de sa grand-mère qui était sûrement une brave dame, et une autre m'a envoyée des photos de chiens abandonnés. Malheureusement, ne pouvant déjà rien pour moi-même, je ne vois pas ce que je pourrais faire pour cet artiste niçois si malheureux, ni pour sauver cette femme qui affirme avoir été violée et implantée par les services français, ni même sauver des chiens handicapés. Et moi, à qui pourrais-je bien écrire ?
   Un autre artiste m'a abonné non seulement à sa liste de diffusion, mais aussi à son Groupe Google. Donc, à chaque que je reçois sa lettre, je reçois aussi un message de son groupe pour prévenir qu'il a envoyé sa nouvelle lettre. Y'en a qui ont franchement besoin de se faire soigner !
   La semaine dernière, j'ai été abonné à quatre listes de diffusion, et l'une d'elles par deux fois. Errare humanum est, sed persevere diabolicum est. Et je passe plus de temps à effacer tous les messages qu'à lire ce qui pourrait être intéressant. Temps démesuré, perdu, et que je paye... Je ne lis quasiment plus rien. Et je ne dois pas être le seul dans cette situation, car lorsque j'envoie un rare message à la liste de l'annuaire Art-Atlas.Net, presque personne ne le lit.
   A force d'user et d'abuser du courrier électronique, il devenu inutilisable, inutile et même nuisible. Perte de temps globale, ce n'est même plus la peine d'écrire ! Sauf peut-être à soi-même...
© Michel Kisinis

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2006-02-12

L'artiste dans une nuit noire

Respect des œuvres et culture événementielle
   J'observe la généralisation d'un phénomène de culture événementielle. On organise des événements avec un vernis culturel en intégrant si possible des artistes pour faire plus authentique. Mais au final, il s'agit d'opérations marketing de prestige où la culture et l'art ne sont que des alibis pour mettre en avant certaines personnes et pour pomper un maximum de fric.
   On utilise les artistes et leurs œuvres, mais sans les respecter. Les œuvres sont trimballées comme des sacs de pommes de terre, stockées comme des rebuts. Les conditions d'exposition sont parfois inacceptables... Les moyens techniques peuvent être détournés... Des œuvres disparaissent... Comme les artistes sont peu ou pas payés, personne ne s'inquiète de tout cela, l'importance de chacun étant évalué à l'aune de ses honoraires.
   Car, souvent les artistes s'autofinancent pour réaliser leurs projets, à l'encontre de ces agences grassement payées par les institutions publiques ou privées. Les subventions sont largement absorbées par des opérations de prestige, avec paillettes et lampions, organisées par des sociétés de marketing ou d'ingénierie culturelle, résumant clairement la profondeur de leur politique artistique.

Dans l'obscurité, rien ne se créé.
Au grand jour, l'artiste se complait.

© Michel Kisinis

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2005-10-17

Pagerank et objectivité

La course au Pagerank Google
   Le moteur de recherche Google a conçut un système de classement de popularité de sites, le "Pagerank", basé sur différents critères dont le nombre de liens provenant de sites différents et calculé par un algorithme complexe, chaque page d'un site ayant son propre Pagerank. Noté de 1 à 10, il permet d'être plus ou moins visible dans les résultats de recherche sur Google.
   Une frénésie irrationnelle domine ainsi nombre de webmestres à travers le monde, professionnels et amateurs étant réunis dans une même obsession. Elle les pousse à échanger le maximum de liens dans l'espoir de faire monter le PR de leur site, et par conséquence, le nombre de leurs visiteurs. Ainsi, les "webmasters" peuvent passer plus de temps à ce travail fastidieux qu'à augmenter ou à améliorer leur contenu.
   Mais il ne suffit pas de multiplier les liens entrants pour y réussir. Le calcul tient aussi compte du contenu respectif des sites... Et la progression sur l'échelle du Pagerank s'avére au fur et à mesure de plus en plus difficile. Le 8 de Pagerank du Louvre et du MOMA donne une idée de la difficulté.
   J'ai comparé trois sites français, de même catégorie et non commerciaux, avec quatres données différentes : a) liens entrants, b) liens sortants, c) Pagerank Google et d) classement de fréquentation Alexa.

      a)   b)   c)   d)
XXX   306   281   5   3.387.506
AAN   185   3030   6   682.425
KWA   87   344   5   1.077.224
Chiffres constatés le 14-10-2005.


Premier constat : XXX, le site qui a le plus de liens entrants n'a pas le meilleur PR. Son Pagerank est même égal à celui de KWA qui a beaucoup moins de liens entrants.
Deuxième constat : AAN qui contient le plus de liens sortants (normal pour un annuaire) a un PR de 6, alors que tout le monde s'accorde à dire que cela aurait un effet négatif sur le Pagerank...
Troisième constat : AAN, avec un PR 6 est le plus visité. Là, rien que de très logique !
Quatrième constat : XXX, qui contient le plus de liens entrants et le moins de liens sortants, est le moins visité. Ce qui contredit totalement les discours habituels sur le sujet.
Cinquième constat : KWA totalise une fréquentation plus que triple par rapport à XXX, alors qu'ils ont le même Pagerank. Ce qui prouve finalement que tout cela n'est pas aussi simple.

Un trou noir appelé "Google"
   En fait, le Pagerank affiché par Google n'est pas celui qu'il "utilise" réellement, alors que le résultat du tri opéré par l'algorithme du moteur laisse à désirer. Le problème est qu'il est impossible de savoir comment et pourquoi certaines pages n'apparaissent pas, ni dans le calcul du PR, ni dans les résultats des recherches, alors même que, peut-être, il en tient tout de même compte... A ce niveau d'incertitudes, on peut s'interroger sur la fiabilité de ce moteur de recherche hégémonique.
   Aujourd'hui, il est déjà stratégique d'apparaître dans les moteurs de recherche. Et à l'avenir, plus encore. Or, il n'est pas interdit d'imaginer dans un avenir proche un moteur international qui, sur ordre gouvernemental, gommerait de ses résultats certains mots, certains sites. Un manip sur un terminal, une modif. de l'algorithme et toutes les occurences de "kisinis" disparaitraient comme par enchantement. Et alors personne ne pourrait plus lire ses poèmes, ni admirer ses photographies. L'enfer ! "1984" n'est pas si loin !
   Alors que tous se battent pour la numérisation des livres, qui peut nous garantir réellement l'objectivité des moteurs ?

© Michel Kisinis

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2005-09-22

Sites d'art et positionnement

   Lors d'une discussion récente avec un ami à propos du positionnement de mes sites, celui-ci m'a donné l'idée de faire un comparatif de sites d'art à travers le monde. Il est intéressant de comparer tous ces sites, chacun ayant sa spécificité. Et j'ai ajouté à la fin deux sites, un français et un américain, qui n'ont strictement rien à voir avec l'art et la culture.

Art-Atlas.Net, annuaire spécialisé art et culture, France
   6   11.303   710.988
Artprice, base de données de ventes d'oeuvres d'art, France
   6   29.938   15.470
CNAP, institutionnel public, France
   6   5.631   12.140
Culture guide, institutionnel public, Grèce / Hellas
   7   89.623   76.291
Designfesta, portail, Japon
   6   21.799   125.650
Getty Musée, institutionnel privé, USA
   7   89.4511   21.130
Kisinis Web Art, site d'artistes, France
   5   36.161   1.161.833
Louvre Musée, institutionnel public, France
   8   255.027   16.710
MOMA Musée, institutionnel privé, USA
   8   348.519   17.745
Swissart, portail, Suisse
   6   9.999   834.500
The Art Gallery, portail, Australie
   6   62.246   184.032
TF1, chaîne TV pour blaireaux, France
   7   849.386   1.385
USA Today, quotidien pour blaireaux, USA
   7   17.627.240   219

* 1er chiffre = PageRank Google, 2e = popularité, 3e = classement Alexa
Chiffres constatés à la date du 22-09-2005. Les chiffres cités sont accessibles à tous par le biais de sites comme Alexa.
Le PageRank est un classement des sites établi par le moteur de recherche Google sur différents critères. Le chiffre de popularité indique la fréquence de la présence du site dans différents moteurs internationaux. Le classement Alexa est calculé sur la fréquentation des sites.

   Je tiens à préciser que tous ces chiffres sont valables pour ce qu'ils sont, les statistiques et les moteurs étant ce qu'ils sont... Il faut donc relativiser un peu tout cela. Mais il vaut mieux avoir tout de même un PageRank approchant de 10 (qui est le maximum) et un chiffre de popularité important. Le classement de fréquentation Alexa est inverse.
   La conclusion, qui n'étonne pas vraiment, est qu'il peut exister des différences notables entre les résultats et que nous devons éviter de mettre automatiquement en parallèle PageRank, popularité et fréquentation, les données étant de nature différente, et aussi plus ou moins fiables.
   Les résultats les plus étonnants proviennent du site hellène cultureguide.gr dont tous les chiffres sont assez hauts, explicables par la portée internationale du site et de la culture grecque, et sûrement aussi par la fréquentation de la diaspora grecque.
   Par contre, c'est sans surprise que l'on constate que les deux sites de blaireaux font les deux premiers scores en popularité et en fréquentation.
   Concernant le PageRank et la popularité d'Artprice, ses résultats sont tout à fait ridicules eut égard à l'ambition internationale de cette entreprise et au nombre d'informaticiens qui travaillent pour elle. Voilà un bel exemple pour la mise en parallèle des résultats...
   Assez logiquement, le Louvre, le Moma et le Getty Museum sont devant la plupart des sites d'art. Mais bonne surprise, le CNAP, malgré une popularité très moyenne, les dépasse tous en fréquentation. L'excellent contenu de ce site ne doit pas être étranger à ce bon score.
   Kisinis Web Art et Art-Atlas.Net font des scores honorables face à tous ces géants. Cela doit être à cause des milliards d'euros investis depuis tant d'années...

NB : j'ai volontairement omis de mettre l'url de certains sites commerciaux. ;)
© Michel Kisinis

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Où est la HYPE ? Dans ton cul, connard !!!

   Je n'ai pas l'habitude d'envoyer des messages d'insultes, mais aujourd'hui, j'ai fait une petite exception qui m'a fait grand plaisir.
   Quelqu'un m'a écrit pour me demander : "Cher Kisinis, Où l'exposition hype s'est-elle déroulée?".
Et moi, j'ai gentiment répondu : "Dans ton cul, connard !"... Etonnant, non ?!!!
Explication :
   Vers la fin 2004, HP et le Palais de Tokyo organisaient une exposition publicitaire pour des imprimantes grand format en utilisant les oeuvres d'"artistes bénévoles".
Le 9 novembre, j'écrivais dans le Forum Kisinis Web Art :
"Je dis simplement qu'il s'agit d'une grosse opération publicitaire, et non d'une "petite opération de mécénat".
Je ne suis pas assez naïf pour ne pas voir l'importance de cette opération publicitaire qui se fait entièrement sur le dos des artistes, puisque l'ensemble du contenu de cette "exposition" (conçue et organisée par une agence de publicité) et son sujet même, est constituée d'oeuvres d'artistes non rémunérés.
Voilà des artistes travaillant joyeusement et bénévolement pour une multinationale. Non content de voir titré leurs oeuvres des initiales de cette entreprise, ils devront bientôt avoir leurs mains et leurs fronts estampillés... et en être content !
L'immoralité de cette opération publicitaire est patente, constituée principalement par les points suivants :
– l'intrusion obligatoire des initiales de la marque dans le titre de l'oeuvre,
– un lieu d'exposition conçu pour être un "show room" publicitaire pour du matériel informatique,
– des clauses indigeantes et pouvant être interprétées très largement.
Mais la mode est au travail non rémunéré... Ç'a l'air normal d'être exploité, utilisé.
C'est bizarre, mais s'il s'agissait d'artistes connus, la même entreprise n'aurait jamais eu l'idée de proposer un tel "marché" de dupe... Les sociétés d'auteur auraient fait leur travail, des contrats auraient été signés, etc.
Quand au Palais de Tokyo, ils sont coutumiers du fait en ce qui concerne l'utilisation abusive d'artistes. On en a eu déjà un bel exemple avec l'exposition "Art et Squat". Et je suppose que la location de ce lieu n'est pas donné...
Conclusion : tous les intervenants dans cette opération sont rémunérés, sauf les artistes, alors qu'ils fournissent tout le contenu de celle-ci. Sans les artistes, il n'y aurait aucune "exposition". Et vous trouvez tout cela normal et équilibré !!!
Et cette pseudo exposition a lieu par hasard au même moment où la FRAAP (Fédération des Réseaux et Associations d'Artistes Plasticiens) réfléchit sur le droit de représentation."
   Les messages sur le sujet dans le forum : HYPE dans le Forum Kisinis Web Art

   Aujourd'hui, HP et le Palais de Tokyo rééditent leur opération publicitaire qui se répéte à travers le monde grâce à la collaboration servile de nombreux artistes : Londres, Paris, Arles, Moscou, Singapour, Milan.
   Aujourd'hui aussi, HP a décidé de supprimer 15% de ses effectifs en Europe, soit près de 6.000 emplois, dont 1.240 en France.
   Va-t-on voir encore ces artistes continués de collaborer joyeusement avec cette entreprise qui licencie massivement ? Ou bien verra-t-on s'imprimer dans les consciences une lueur de révolte ?

© Michel Kisinis

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2005-09-19

Art Escroquerie From Nigeria

   J'ai reçu aujourd'hui ce message (en anglais) :
"Bonjour l'artiste,
J'aimerai commander pour mon prochain concours que nous voulons organiser pour les jeunes leaders de demain et l'événement a lieu à Lagos, Nigeria, 23401 et j'aimerai tout d'abord savoir si vous expédiez à Lagos, Nigeria, 23401 et j'aimerai aussi vous demander si vous acceptez les cartes de crédit comme le moyen de paiement.
Si oui est la réponse aux deux questions. Répondez-moi s'il vous plaît avec votre site Web et quelques informations sur vous."
   Si vous recevez un tel message, n'y répondez jamais et n'y allez surtout pas. Il provient d'une organisation criminelle et non d'un amateur d'art.
   Maintenant les escrocs nigérians ne se contentent plus des classiques histoires de la veuve du général Machin ou du neveu du gouverneur Bidule qui demande votre aide pour sortir 990 millions de dollars de son pays en échange d'un bon pourcentage. Ils suivent l'actualité et s'attaquent aussi à des créneaux plus spécialisés comme l'art.
   On pourrait peut-être leur envoyer des statuettes en plastique de Jean-Paul II.

© Michel Kisinis

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2005-05-06

Trop dur positionnement !

Keyword Search Engine... Trop drôle, l'audit de positionnement !!!
Je viens de tester l'audit de positionnement de Keyword Search Engine
J'ai demandé l'audit du mot "peinture".
Voilà la réponse obtenue :
- Nombre de fois où la requête peinture a été saisie le mois dernier sur le Web (estimation) : 93 836
Notre diagnostic (intérêt du positionnement) : Le nombre de requêtes demandées sur le Web pour ce mot clé est très important. Un positionnement sur ce terme sera certainement très intéressant.
Nota : Ce diagnostic ne s'applique qu'à la partie "intérêt du positionnement"
- Nombre de résultats identifiés par Google pour la requête peinture : 3 500 000
Notre diagnostic (faisabilité du positionnement) : Un positionnement sur ce terme sur un moteur de recherche sera extrêmement complexe, voire impossible. Recherchez des mots clés qui génèrent moins de résultats sur Google.
Nota : Ce diagnostic ne s'applique qu'à la partie "faisabilité du positionnement"
- Intérêt et faisabilité du positionnement d'une page web pour la requête peinture sur les moteurs de recherche : (8/20)

La conclusion est donc qu'il serait trop dur d'obtenir un bon positionnement, même si cela serait "certainement très intéressant"...
Pour des mots peu usités, comme "aphérèse", là KSE nous répond "Un positionnement sur ce terme ne posera a priori pas de problème". ;)))
C'est trop drôle !
Je me demande si cet "audit" ne serait pas tout simplement un outil de découragement.
---
Note du 10-05-2005
Deux spécialistes du référencement m'ont répondus que c'était un outil d'encouragement.
J'ai répondu ainsi : " Franchement, je ne vois pas où est l'encouragement quand on dit que c'est "extrêmement complexe, voire impossible" et que l'"intérêt et faisabilité du positionnement" est faible et de conseiller de chercher d'autres mots-clé plus faciles.
Vous imaginez un peintre qui voudrait faire référencer son site par un professionnel qui lui répondrait que le mot "peinture" sera trop dur à référencer et qu'il devrait plutôt choisir un autre mot, "cromlech" par exemple...
Cela serait donc un encouragement aux webmestres pour qu'ils changent le contenu de leurs sites..."
Il y a une chose sur lequel on est d'accord : bien positionner son site nécessite labeur et ténacité.
... C'est quand même mieux que de s'acharner à peindre des cromlechs... ;)
© Michel Kisinis

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2005-03-24

Photo-passion et charge maximum

Ce soir-là, pour me détendre, je suis allé aux Acacias. Après avoir salué tout le monde, je commandais un express, pour changer. Puis, petit moment de détente pur, je mis une pièce dans le monnayeur et j'étreignis les angles froids du flipper. Et c'était parti pour une danse mécanique, ponctuée de cliquetis, de chocs et de bruitages électroniques.
J'étais en plein effort lorsque survint Jojo, l'air hagard, examinant tous les recoins du café, comme pour trouver une hypothétique muse qui, sous la torture, lui insufflerait quelles bribes d'inspiration. Il était essouflé.
- Michel, j'ai des tirages.
- Bonjour Jojo ! Eh alors ?
- Je peux te les faire voir ! Dis-moi ce que tu en penses, comme t'as l'habitude des appareils.
Je lâchai mon flipper et perdis toutes mes boules multiples qui allèrent s'engouffrer rapidement dans le trou final. Je jaugeai l'olibrius qui me demandait mon avis, non pas de photographe, mais d'utilisateur d'appareils... Mes sens m'inondèrent d'ondes négatives provenant d'un Jojo qui me tendait ses tirages avec un sourire niais.
- Tu sais, moi j'y connais rien en appareil de blaireau. Je suis seulement photographe.
Je pris le paquet et commençai à regarder, prenant l'air intéressé. C'était pathétique ! De pauvres figures blafardes traversaient des espaces colorés chaotiques. Tout était flou, à des degrés différents. J'avais envie de gerber sur ces tirages numériques pixellisés à mort par d'absurdes manipulations informatiques. Mais je fis tout de même l'effort de regarder tous les tirages.
- Alors ?
- C'est très bien.
- Ah bon, c'est tout ?
- Tu veux peut-être que je me mette à hurler à la mort ?
- Non, non, c'est pas nécessaire. Bon maintenant, je vais mettre ces photos sur mon site.
- Oui c'est indispensable pour que les gens découvrent ton oeuvre.
- Michel, j'aimerai bien que tu m'expliques quelle est ta passion dans tout ça ? Est-ce que Internet est une passion pour toi ?
Je fixa Jojo, et en une fraction de seconde, je décidais de lui délivrer la charge maximum, les yeux dans les yeux, d'un ton très dur, aussi dur que le titane du god que son patron lui mettait tous les jours.
- Je n'ai aucune passion pour le html, les pages web ou l'Internet en général. Ce qui me passionne, c'est l'Art. Et Internet est pour moi un outil pour diffuser ma passion, mon Art.
Il y eut un blanc. L'effet fut dévastateur. Une bonne part de ses connections synaptiques cédèrent sous la surcharge et des pans entiers de son esprit furent emportés. Les dégâts ainsi provoqués se lisaient sur son visage tétanisé. Il remua faiblement les lèvres, mais aucun son n'en sortit.
J'aurai pu appeler le SAMU, mais il était encore conscient. En tout cas, il gardait les yeux grands ouverts. Et le SAMU aurait refusé de le prendre en charge... Le Numérikeu avait encore fait une victime.
Ayant payé mon café, et le patron m'ayant rendu la monnaie, je sortis du bar, le coeur léger.
© Michel Kisinis

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