Juste et profonde colère
Je me faisais violence à entrer dans un si grand supermarché pour me coltiner la bousculade autour des rayons et l'attente interminable aux caisses. Mais ce magasin était le seul à des lieux à la ronde à vendre des petites boîtes d'allumettes.
Les portes automatiques s'effacèrent doucement à mon approche et j'entrais en retrouvant cette frénésie qui possède habituellement ce lieu. Deux personnes encadraient l'entrée à l'intérieur, portant un gilet de sécurité orange fluo avec le nom d'une association caritative marquée en blanc phosphorescent, en très gros caractères.
La femme et l'homme me dévisagèrent, puis me saluèrent. Je répondis poliment sans m'arrêter, impatient de quitter ce lieu au plus vite. Comme mon allure atypique, tout de noir vêtu et lunettes noires, les avait quelque peu surpris, ils eurent un moment d'hésitation, et lorsqu'ils se reprirent pour me sortir leur propagande, j'étais déjà loin. J'entendis alors indistinctement la dame commencer son discours, puis s'arrêter net et rire. La militante défaillante consolait son dépit par une vaine moquerie qui allait se perdre dans le dédale des gondoles, sans aucun effet notable sur les barquettes de plats cuisinés congelés, ni sur le raisin importé du Chili.
Je me dirigeais prestement vers le rayon qui m'intéressait et pris une seule boîte. J'en avais largement assez pour un éon... Cette travée du magasin n'était jamais encombrée et je me rendis à la caisse toute proche sans croiser personne. Mais arrivé devant celle-ci, je me retrouvais au bout d'une queue immense, tenant à la main une ridicule petite boîte, alors que toutes les personnes devant moi étaient surchargées, poussant et tirant leurs engins à roulettes débordants de victuailles et de produits d'entretien. Et visiblement, personne n'avait eu l'idée d'acheter le même produit que moi. Ce n'est pas pour rien que l'on me reproche toujours d'être un original !
Je levais le nez distraitement pour m'éviter le spectacle déprimant de cette file d'attente sans fin, et je vis à un panneau en hauteur qu'il s'agissait d'une caisse pour handicapés. Je n'en fus point étonné à la vue de la caissière qui scannait les articles à un rythme très ralenti, en regardant dans le vague, au grand désespoir des clients fébriles qui trépignaient d'impatience. Elle semblait éprouver comme une gêne à violer l'intimité des articles avec le laser qui scrutait tout devant lui. Rien n'échappait à son rayon rouge démultiplié qui tournoyait sans fin devant l'interminable défilé des code-barres que la caissière lui présentait comme à regret.
Tout aussi handicapés semblaient être tous ces gens qui s'étaient donnés rendez-vous à la même heure pour acheter les mêmes produits. Le spectacle de tout ce monde qui peinait à traîner son caddy plein à craquer me rendit triste, et je me suis dit alors qu'il devrait y avoir plus de caisses handicapés dans tous ces foutus supermarchés. Comment les dirigeants de tels groupes de distribution avaient-ils pu négliger cela ? Peut-être étaient-ils tout aussi handicapés ? ! ! !
Plongé dans mes réflexions philosophiques sur le sens de la vie dans l'univers concentrationnaire d'un grand supermarché chicos, le temps s'accéléra pour moi, et je ne le vis pas s'écouler. J'eus ainsi la plaisante impression d'arriver devant la caisse presque instantanément. Une sorte de saut quantique mental !
La caissière prit mon unique article pour le scanner et je payais en liquide. Elle ne sourcillait pas d'un cil et je pris ma monnaie avec ma boîte en la saluant. Je fis quelques pas vers la sortie lorsque je me retrouvais nez à nez avec les deux zigotos que j'avais croisés à mon arrivée dans ce magasin. Ils m'attendaient à la sortie, et maintenant, ils m'encadraient pour empêcher toute fuite. Quelle idée saugrenue ! Comme si un Grec pouvait fuir devant un adversaire en surnombre. Ils n'avaient pas dû voir les "300" au cinéma, et leur lecteur de DVD ne devait leur servir qu'à écouter des compils MP3 de Mireille Mathieu et de Florent Pagny.
J'eus alors un large sourire à l'idée du sang qui allait gicler sur le sol étincelant du supermarché. Eux, inconscients du danger, crûrent qu'il s'agissait de ma part d'un sourire très amical, se méprenant totalement sur mes intentions.
La dame me barrait carrément le chemin avec l'assurance d'un prédateur qui a trouvé une proie facile :
- Bonjour Monsieur, nous collectons des produits alimentaires et d'usage courant pour aider les personnes en difficulté...
Je ne lui laissais pas le temps de continuer son baratin lénifiant.
- Moi, je vois surtout que vous les aidez à les maintenir dans la soumission, à vivre de la mendicité et de ce que le système veut bien leur attribuer dans sa grande générosité.
Mon index se pointait sur ces deux malheureux bienfaiteurs de l'humanité.
- Et pourquoi ne leur apprenez-vous pas à "vos pauvres" la conscience, la fierté et la rébellion, au lieu de les rendre dépendants, dans une posture d'humiliation ?
L'homme restait silencieux, sans aucune réaction. Mais la dame, plus émotive, se mit à trembler et s'écria d'indignation :
- Mais Monsieur, c'est par charité chrétienne que nous sommes là.
- Ah oui, et tout à l'heure, lorsque je suis rentré dans le magasin, vous vous êtes bien moqués de moi, hein ?!!! C'était aussi par charité chrétienne ?
- Ah non, Monsieur, je ne me serais jamais permis de cela. Vous vous trompez ! Tous deux étaient livides.
- Ne vous moquiez-vous pas de moi à cause de mes habits austères, contrairement à la plupart des clients chics de ce magasin ?
- Non, non, je vous assure, Monsieur, fit la dame, presque implorante. Nous sommes là pour aider les pauvres, pas pour nous moquer d'eux, fit-elle, très gênée, avec un pathétique sourire débordant de niaiserie.
J'éclatais d'un rire sonore qui résonnait dans l'entrée du magasin et lui décochait ma "flèche du Parthe", un comble pour un Grec !, mais une flèche qui ne rate jamais sa cible et laisse sa victime inerte au sol.
- Alors, si je vous comprends bien, Madame, vous vous moquiez de vous-même et de votre pitoyable tentative à vous donner bonne conscience en aidant les pauvres, et par là même, aidant aussi à pérenniser le pouvoir du crime organisé sur nos vies.
Il y eût alors un grand silence. Et moi, je m'avançais tranquillement vers la porte qui s'ouvrit, les laissant muets de stupeur. Ils s'écartèrent lentement pour me laisser passer et je sortis en prenant une bonne goulée d'air bien frais. Le vent s'engouffrait dans mon léger manteau noir et faisait virevolter ma chaude écharpe assortie si chère à mon cœur, me rafraîchissant ainsi bien agréablement après ce pénible séjour dans cette antre surpeuplée et le juste exercice de ma profonde colère.
© Michel Kisinis
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Rêverie en stage de droit d'auteur
Sa longue chevelure aux reflets dorés ondulait gracieusement, encadrant un doux visage serein. Ses longs cils noirs semblaient battre au rythme de ses doigts fins qui tapotaient sur son clavier d'albâtre. Ses yeux bleu azur fixaient son écran, la mine concentrée. Et son profil hellénique, doucement éclairé par la lueur bleutée de son ordinateur portable, offrait un charmant spectacle. Consciencieusement, elle notait règles et usages énoncés par la juriste. Et sur un fond sonore composé d'articles de lois et de jurisprudence, le poète se mit à rêver de muses dansant au beau milieu d'une prairie fleurie de l'Olympe sacré. Lyres, flûtes et tambourins résonnant à travers la vallée et les bois enchantés, où s'entremêlaient chants gracieux, cris voluptueux et rires joyeux. Des senteurs de jasmin, de thym, de romarin et de fenouil s'ajoutaient à la sublime myrrhe des déesses.
“Le droit moral de l'auteur supplante les droits patrimoniaux”, s'exclama la juriste.
Et les mots d'Horace me revinrent en mémoire : “Carpe diem, quam minimum credula postero”.
Outé mera, outé nikta, zoi exhassa.
Plus tard, une artiste participant au stage, s'extasiant devant ma dextérité sur le clavier de mon portable, me demanda de lui donner mes notes. Je lui répondis franchement que je n'avais pris que très peu de notes, connaissant déjà bien le droit d'auteur, et que j'avais surtout écris un poème en prose. Cela fit rire tout le monde.
© Michel Kisinis
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Marées de larmes II
Une suffisance glaciale
Malgré mon profond chagrin, j'abordais un autre rivage pour trouver l'affection et la tendresse qui me manquait tant. Mais là, je trouvais une Circé froide et dédaigneuse. Elle aimait ma compagnie, et appréciait de s'entretenir avec moi d'art, d'histoire, de parfums et d'encens. Nous partagions nombre d'affinités et nous allions ensemble visiter agréablement jardins, musées et expositions. Malheureusement, je ne pouvais même pas lui toucher tendrement la main sans provoquer en elle une irrépressible et furieuse colère.
Le pire de cette étrange relation était, qu'ensemble, nous avions toutes les apparences d'un beau couple d'artistes. A l'occasion de spectacles et d'expositions, elle me présentait à ses amis, et je lui présentais les miens. Et tous étaient ravis de voir ma très chère peintre grecque en couple avec Michel Kisinis, le poète grec. Mais ce simple rôle de faire-valoir, sans aucun échange de tendresse, me faisait vraiment souffrir. Lorsque enfin je rentrais seul après ce genre de ballade, j'étais désespéré.
Et à chacune de mes gentilles tentatives de rapprochement, elle me rejetait froidement, insensible et insouciante, telle une statue d'Héra, dont l'éclatant marbre blanc pailleté ne capterait même pas la chaleur de l'astre solaire. Le summum de cette triste mascarade fut lors d'une excursion à Auvers-sur-Oise pour visiter les lieux fréquentés par Vincent Van Gogh et par de nombreux autres peintres. Je me suis retrouvé abandonné par cette statue impassible et dure.
“J'errais les larmes aux yeux dans les rues d'Auvers-sur-Oise. L'automne faisait pleuvoir des vagues de feuilles roussies.
Et moi, je serrais des dents pour que mon désespoir n'inonde point la ruelle déserte. Mais une pluie fine tomba et me rafraîchit”.
Alors, au bout de plusieurs mois de relations très culturelles, mais frustrantes au plus haut point, ma déesse glaciale m'offrit un élégant flacon d'eau de toilette au santal d'Australie afin de mettre fin à une relation qui n'avait jamais vraiment débuter. Ce parfum raffiné, boisé, me plut énormément, moi qui aime les senteurs orientales et fleuries, le benjoin et la myrrhe. Et pour conclure cet adieu bien anticipé, elle me dit sur un ton rassurant que j'étais quelqu'un de très fin et que je me suffisais à moi-même.
Là, je ne pus retenir un franc éclat de rire. C'était tellement absurde ! Ma Circé polaire faisait de l'humour noir sans s'en rendre compte, ajoutant le ridicule à la cruauté. Pourtant si triste, cette idiotie me fit rire de bon cœur, alors que j'en souffrais tout en même temps, toujours fidèle à mon sacré sens de l'humour. Et mes yeux la fixant profondément, je lui répondis ironiquement : “Oui, bien sûr !”, un large sourire aux lèvres.
Ma belle walkyrie orientale était complètement déstabilisée. Alors qu'elle avait préparé très soigneusement son discours de rupture à n'en pas douter, elle n'avait sûrement pas prévu qu'il me ferait rire. Telle est ma nature : totalement imprévisible ! De toute façon, je n'avais envie ni d'argumenter, ni de discuter. Lorsque l'on rencontre une telle personne, le mieux à faire est de la laisser dériver toute seule dans son océan glacial peuplé uniquement d'icebergs et balayé par des vents polaires, dans une obscure nuit sans étoile. Elle se suffit à elle-même !
Le lendemain, elle m'envoya un SMS pour me prévenir qu'il y avait des moelleux au chocolat à deux euros chez Paul.
Je lui répondis d'une petite poésie :
“Bien plus moelleux,
Et bien moins coûteux,
Est mon cœur amoureux”.
Quelques jours après, je lui adressais un beau marque-page, acheté au Musée Daubigny d'Auvers-sur-Oise, représentant un magnifique décor mural avec des oiseaux s'ébattant dans un arbre. Au dos, j'écrivis : "Les larmes du poète sont douces, mais il n'y a personne pour y goûter. Kisinis".
© Michel Kisinis
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L'amour du miel
Comment trouver un bon miel
Avec l'expérience plusieurs fois millénaire de mes ancêtres dans l'apiculture*, je suis très difficile dans mes achats de miel. Ceux que l'on trouve couramment dans le commerce sont insipides ou carrément ignobles, telles ces pâtes blanchâtres vendues en pots dans les grandes surfaces, alors qu'ils ne sont que des produits traités industriellement.
D'abord, le miel doit être le produit artisanal de ruches placées dans des régions chaudes et dotées de végétation variée et fleurie, sans pollution industrielle. On préférera les plantes aromatiques méditerranéennes comme le thym, le romarin, la sauge, l'origan, le basilic, etc, qui donnent un miel plus fin à l'odorat et au goût. Par contre, le pin, l'eucalyptus et l'acacia donnent des goûts plus corsés. Le miel provenant de régions froides et très industrialisées est à proscrire complètement, non seulement pour des raisons gustatives, mais aussi afin d'éviter d'absorber des produits toxiques.
En Europe, les régions les plus chaudes de Grèce, d'Espagne et d'Italie produisent d'excellents miels. L'un des meilleurs en Europe est celui de Kalymnos, en Grèce. Le plus chère au monde est celui du Yemen. Mais je n'ai jamais eu l'occasion d'y goûter.
Beaucoup d'artisans et tous les industriels gonflent leur production en donnant trop de sucre à leurs abeilles. Cela donne une mixture plus proche de la confiserie que du miel. Le sucre doit être donné aux abeilles par l'apiculteur lors des périodes de froid, sans fleurs à butiner, pour ne pas épuiser complètement le miel qu'elles produisent. Si vous donnez du sirop à vos abeilles tout le long de l'année, et bien elles n'iront pas ou peu butinées dans les campagnes et produiront un miel sans intérêt. Autant croquer des morceaux de sucre, au moins on sait exactement ce que l'on mange.
La palette de couleurs d'un bon miel est large. Plutôt brun, doré, jaune doré, selon les régions et les plantes butinées. La consistance est presque pâteuse, mais encore liquide, très épaisse. Le miel doit être presque translucide.
Contrôler la présence de sucre
A l'achat, on ne peux pas voir si le miel est un concentré de sucre, à moins de voir les cristaux de sucre. J'ai déjà vu de tels miels dans des magasins. Alors vous devez tester le miel que vous avez acheté en plaçant le pot dans le réfrigérateur. Si le miel contient trop de sucre, il cristallisera sous l'effet du froid. Le bon miel artisanal supportera cette épreuve avec peu ou pas de cristallisation et restera plus ou moins liquide.
Deux recettes simples pour vous régaler
– prenez des amandes et plongez-les dans du miel. Et puis, mangez-les !
– mélangez bien du miel avec de la pâte d'amandes ou de noisettes (pâte brute, sans sucre) pour en faire une pâte bien homogène et dégustez.
Une précaution à respecter pour conserver votre miel : pour vous servir, utilisez toujours une cuillère propre, sinon vous risquez de contaminer le miel avec des bactéries (votre bouche en est pleine), et il "tournera".
La sensualité du miel
Lécher une cuillère de miel est un acte qui se révèle terriblement sensuel. Si le miel est naturel, épais, votre langue va bien insister dans le creux de la cuillère. La pression exercée et la chaleur de votre organe vont vous permettre de récupérer tout le miel qui y est resté coller. C'est un peu comme lorsqu'on léche le pubis bombé de la femme de son cœur, ses lèvres s'écartent doucement et, avec une langue de velours, on cueille amoureusement son miel, telle une abeille sur une fleur de jasmin à peine éclose, envoûtée par son parfum entêtant.
Michel Kisinis
* C'est Ovide, dans ses "Métamorphoses", qui parle de Kalymnos, fertile en miel, alors que Dédale et Icare la survolent. Publius Ovidius (43 av. J.-C./17 ap. J.-C). "Les métamorphoses", Ovide, Ed. Gallimard, Folio, 1992.
Hérodote (482/425 av. J.-C.), dans son "Histoire", parle des bateaux de Kalymnos qui avaient été contraints et forcés de participer à la guerre de l'Empire Perse de Xerxès, contre les Grecs, aux côtés de la flotte phénicienne. Ce ne fut pas la seule fois que les Kalymnotes furent obligés de fournir marins et bateaux à des ennemis des Grecs. Alexandre fit de même bien plus tard (vers 334 av. J.-C.) pour aller attaquer les armées perses. "Histoires d'Hérodote", L.C. Colomb, Editions Hachette, 1882.
© Michel Kisinis
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Amour et thé vert
A défaut de m'avoir donné son amour, Ilissa m'avait donnée une boîte de thé vert à l'anis. Cet après-midi, j'ai fini par l'ouvrir, le cœur emplit de tristesse. J'ai extrait un sachet et je l'ai plongé dans l'eau chaude. Je le regardais s'y enfoncer et j'imaginais que c'était elle que je tenais ainsi. L'eau chaude ne pouvait que réchauffer ses sens et son cœur.
Alors que l'eau s'était teintée rapidement, j'ajoutais trois cuillères de miel grec pour la rendre moins amère, et une bonne pincée de cannelle pour la rendre plus douce, tout en étant épicée.
Quand je bus enfin ce thé, une agréable chaleur envahit mon corps, puis mon esprit. Et je serrais si fort ce bol si chaud...
© Michel Kisinis
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Harry Potter et la Guerre du Péloponnèse
Ayant acheté quelques livres sur Amazon.com, je reçois de temps en temps un message personnalisé qui me recommande de nouveaux livres en rapport avec ceux que j'ai déjà acheté par le passé chez eux.
Aujourd'hui, j'ai reçu un message d'Amazon avec, en autres, cette recommandation de livre :
"We recommend: Harry Potter and the Deathly Hallows (Book 7) by J. K. Rowling
Recommended because you purchased: The Landmark Thucydides: A Comprehensive Guide to the Peloponnesian War"
Amazon a vraiment envie de fourguer son stock d'Harry Potter, car je ne vois vraiment pas le rapport avec le livre que j'ai acheté sur Thucydide et son œuvre "Histoire de la guerre du Péloponnèse", premier ouvrage historique, en huit volumes et inachevé, écrit vers 400 av. J.-C, et qui retrace la guerre qui opposa Athènes et Sparte, et leurs alliés respectifs, pendant le Ve siècle av. J.-C, en Grèce. Cette guerre eut pour conséquence l'affaiblissement considérable des cités grecques qui permit par la suite à Philippe II de Macédoine (père d'Alexandre le grand) de vaincre les Grecs et de les soumettre à son régime totalitaire et barbare, si bien décrit par Démosthène.
Madame Rowling serait peut-être une sorte d'héritière morale de Thucydide ou bien Amazon considère-t-il les aventures du magicien Harry Potter comme étant du même intérêt historique que la guerre du Péloponnèse ?!!!
Michel Kisinis---
BibliographieRobert B. Strassler, The Landmark Thucydides, A comprehensive guide to the Peloponnesian War, A Touchstone Book, 1998.
Jacqueline de Romilly, Histoire et raison chez Thucydide, Les Belles Lettres, 2005.
© Michel Kisinis
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Une ville antique effacée par la barbarie
Avec le Zeugma Express, visitez la Turquie !
"C'était au temps des Grecs sur le Xanthe une cité,
Mais elle gît maintenant, pareille à d'autres,
Plus grandes, effacée du jour, ravie
Par un coup du destin à sa lumière sacrée."
Ces vers du grand poète allemand Hölderlin me revinrent en mémoire quand je lus ce que raconte un site turc en français pour attirer les touristes français en Turquie :
"Soyez les bienvenus dans le carrefour des peuples et des civilisations !
Remontez le temps à travers 10 000 ans d'histoire et découvrez les vestiges archéologiques de 13 civilisations...
Contemplez les extraordinaires richesses géologiques de la Cappadoce, visitez la maison de la Vierge, découvrez les lieux où vivaient les premiers chrétiens, percez les secrets des Derviches Tourneurs, plongez vous dans les mosaïques de la cité engloutie de Zeugma..."
Zeugma fut une ville hellénistique, gréco-macédonienne, fondée vers 300 av. J.-C. par Séleucos Ier, un général d'Alexandre, fondateur de la dynastie des Séleucides. Elle réunissait deux cités plus anciennes : Apamée et Séleucie.
L'Etat turc, dans sa logique destructrice des peuples, des civilisations, des cultures et des vestiges qui lui sont totalement étrangers, a entrepris, à partir de 1995, la construction d'un grand barrage sur l'Euphrate afin de s'accaparer d'une grande partie du débit du fleuve au détriment de ses voisins, la Syrie et l'Irak. Le résultat fut la destruction quasiment totale du site archéologique de Zeugma, sans parler des populations kurdes et turques qui furent alors dépossédés et déplacés de force, comme à l'habitude... Les Arméniens, les Juifs, les Arabes chrétiens et les Grecs sont partis depuis longtemps de cette région devenue inhospitalière... Plus d'une vingtaine de sites archéologiques furent alors détruits sans aucune fouille, ni mesures de préservation et trente milles personnes déplacées.
Avec des manières de pillards, et avec la collaboration d'archéologues français, les mosaïques furent prélevées à la hâte avant la destruction et installées dans le musée archéologique de Gaziantep. Et ce sont ces mêmes mosaïques qui servent maintenant à l'Etat turc pour attirer les touristes...
"Zeugma Express ! Venez admirer les magnifiques débris des vestiges que nous avons détruits !"
Ils peuvent bien tout détruire, mais leurs crimes sont inscrits dans notre mémoire. Et nous ne sommes pas prêts d'oublier.
© Michel Kisinis
Addendum
D'après l'Armenian National Institute (USA), la ville moderne de Birecik, très proche de Zeugma, fut un lieu de massacre et de déportation des Arméniens lors du génocide arménien. Et l'AGA (Allemagne) note que le barrage de Birecik a détruit la forteresse médiévale arménienne du monastère de Hromkla.
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Encens - achat et usages
Petits conseils à propos de l'encens : comment l'acheter et comment l'utiliser.
Achat :
- Evitez d'acheter des bâtonnets ou des cônes de provenance non identifiée.
- Ne pas acheter de produits pas chers fabriqués en Chine qui sont faits avec des produits chimiques.
- Evitez d'acheter les poudres à la composition incertaine.
- N'achetez pas d'encens naturels appelés "encens" sans aucune autre précision.
- Préférez des encens naturels non manufacturés comme les résines en grains.
- Je vous conseille d'essayer la myrrhe (de Somalie ou d'Inde), le benjoin (plusieurs qualités de différentes provenances), l'oliban (plusieurs qualités de différentes provenances), le mastic de Grèce (très cher).
- Vous pouvez utiliser certaines épices comme encens. C'était d'usage courant pendant l'Antiquité. Par exemple : le cardamome, le clou de girofle, la cannelle, de nombreux herbes aromatiques comme le thym, le romarin, etc.
- Certains encens peuvent être consommés, comme le mastic (très bon). D'autres sont toxiques ou bien seulement très mauvais au goût comme la myrrhe. Beaucoup ont des applications thérapeutiques (la myrrhe et le benjoin), ainsi que dans la parfumerie de luxe. A tenir hors d'atteinte des enfants et des animaux domestiques.
Combustion :
- Les nombreux systèmes utilisant des bougies ne donnent pas assez de chaleur pour brûler l'encens correctement.
- Le charbon en pastille reste encore la meilleure solution pour cela. Néanmoins, il est potentiellement dangeureux. Il doit être posé dans un petit récipient (terre, céramique, métal ou pierre). Sous le récipient, mettez quelque chose qui isole de la chaleur comme une petite boîte de cigarillos ou un morceau de marbre. Le tout doit être placé sur un meuble assez haut, hors d'atteinte des enfants et des animaux domestiques. Certaines pastilles de charbon sont de mauvaise qualité et éclatent en morceaux... Ne pas laisser sans surveillance.
- L'encens peut être placé aussi dans un petit feu de cheminée, à condition qu'il n'y ait plus aucune flamme, seulement des braises. Sinon, certains encens comme le benjoin, risquent de s'enflammer au lieu d'être consummés, ce qui donne une fumée très peu agréable.
- Les encens en bâtonnets et en cônes doivent être placés aussi dans des récipients non combustiques. Donc, pas de boîte ou de support en bois, ou bien instable, comme on en voit beaucoup.
- Il existe aussi des brûleurs électriques d'encens d'origines diverses. J'en ai testé quelques-uns. En fait, ils se révèlent inadaptés aux résines naturelles. Certains ne chauffent pas assez et ne consument pas entièrement les résines, les liquéfiant pour les transformer en une soupe saumâtre. D'autres chauffent assez, mais sont dangereux. Il faut les éteindre rapidement pour éviter leur autodestruction ou pire... sans compter le coût de leur consommation électrique. De plus, les résines brûlées laissent en général des résidus, plus ou moins naturels (selon leur composition), qui restent collés au fond du brûleur et qui s'accumulent à l'usage, pour réduire rapidement à néant l'efficacité de l'appareil. Et, selon la conception de ce dernier, ces résidus refroidis et durcis se révèlent bien difficiles à enlever sans endommager le brûleur.
07-12-2007 – Sur Facebook, j'ai ouvert un groupe de discussion "Le Club de l'Encens" afin parler de choses et d'autres à propos des encens.
Le Club de l'Encens sur Facebook
Vous pouvez m'écrire pour que je vous envoie une invitation pour l'inscription.
Les amateurs de publicité clandestine sont priés d'aller voir ailleurs...
© Michel Kisinis
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Exposition Praxitèle au Louvre
J'ai eu le plaisir d'assister à l'inauguration de l'exposition Praxitèle au Louvre le 21 mars. Quel émerveillement devant tant de sculptures magnifiques ! Que de drapés somptueux révélant des formes sensuelles ! Déesses ou courtisanes, les cheveux entourés de rubans, le chignon noué, des boucles torsadées tombant sur des épaules dénudées... Des effluves imaginaires de benjoin et de myrrhe troublèrent mes sens et j'en vis une tenant une aryballe d'un geste précieux et appliquant délicatement sa spatule sur sa poitrine nue...
L'original et ses copies
Des œuvres originales de Praxitèle, sculpteur grec du IVe siècle avant J.-C., ne subsistent qu'une tête et quelques fragments. Mais elles furent beaucoup copiées, dès l'Antiquité, et cette exposition nous présente les plus belles copies, nous donnant un aperçu de l'excellence de ce sculpteur. Et fait remarquable, plusieurs pays européens, dont la Grèce, ont prêté des œuvres pour cette exposition.
L'intérêt d'exposer des variantes datant de différentes périodes est de pouvoir comparer les styles propres à chacune. Ainsi, on remarquera pertinemment les détails du visage, de la coiffure, du drapé, et même de la forme du corps féminin, pour chacune des périodes antiques : grecque, hellénistique et romaine, pourtant très proches. Il y a aussi quelques sculptures modernes qui "divergent" complètement du modèle antique. L'exemple parfait en est Phryné, modèle de Praxitèle et courtisane, dont on voit ici des sculptures de différentes époques, toutes pleines de sensualité et d'érotisme. Ma préférence va évidemment à la période grecque, ainsi qu'à certaines versions modernes.
On pourra aussi comparer la beauté du marbre. Les sculptures romaines étaient généralement réalisées en marbre de Carrare. Les sculptures grecques et hellénistiques sont faites de marbres provenant surtout de l'Attique, de Paros ou de Rhodes. Le marbre de Paros étincelait sous les projecteurs, malgré l'âge et la patine des œuvres, grâce à ses magnifiques paillettes. J'eus vraiment très envie de toucher ce marbre et d'en ressentir le froid et le grain, me remémorant d'anciennes sensations. Et l'on se prend à rêver de la beauté des originaux de Praxitèle. Henri Lechat écrivit à ce propos : "Ces beautés, nous ne pouvons que les entrevoir à travers la banalité de copies romaines. Comme elles devaient éclater dans le marbre original, caressé par le plus savant ciseau !". Et "c'est parce que Praxitèle était impérieusement attiré vers des formes souples et moelleuses, vers des contours délicats et tendres, qu'il eut pour matière de prédilection le marbre de Paros, dont la blondeur transparente et la douce chaleur donnent lumière et vie aux plus furtives délicatesses du modelé" (1).
Fanatiques destructeurs d'art
On notera aussi de nombreuses œuvres martelées par le fanatisme chrétien. Les traits de la tête colossale Despinis (IVe s. av. J.-C.) sont fracassés. Une autre tête féminine du Ier s. apr. J.-C. est tout autant mutilée, mais là le barbare a creusé au burin une grande croix au beau milieu du visage. D'une Aphrodite détruite, ne subsiste que le torse qui a été marqué d'une petite croix. Combien de chefs-d'œuvre a-t-on perdu ainsi par la barbarie et l'obscurantisme de fanatiques religieux qui ont ravagés la Grèce et toute l'Europe pendant des siècles ?
Les papes romains ne firent cesser l'utilisation des marbres antiques pour faire de la chaux qu'après les protestations en 1518 de Raphaël, alors super-intendant des Beaux-Arts à Rome : "Pourquoi nous plaindre des Goths et des Vandales, quand ceux qui auraient dû protéger en pères et en tuteurs les pauvres restes de la Rome antique ont depuis longtemps contribué à sa ruine et à son pillage" (2).
La première destruction officielle d'un temple date de 386 à Apamée, en Asie Mineure (3). Le principal temple d'Alexandrie, le Sérapéion, est détruit en 391, ainsi que d'autres sanctuaires de la ville, et sa population en révolte décimée sans pitié par une armée romaine devenue chrétienne. Ce temple abritait une grande statue chryséléphantine de Zeus, œuvre du sculpteur grec Bryaxis (IVe s. av. J.-C.). La ville ne s'en remis jamais, alors qu'elle avait été déjà le lieu du massacre de toute sa population juive hellénisée en 117 par des légions romaines pas encore chrétiennes, mais tout aussi impitoyables (4).
Mars 2001, Afghanistan : les deux colossales sculptures de Bouddha, influencées par le style hellénistique, situées de la province de Bamiyan sont détruites par les Talibans...
Un art humain
Le génie des sculpteurs grecs, sous l'influence des Egyptiens, est d'avoir humaniser les divinités, abandonnant l'adoration primitive des bétyles, pierres sensées représentées des dieux. D'Hancarville nous dit ainsi "Le but de la Sculpture avait été dès son principe, de donner de l'intérêt pour ses productions, en les rapprochant le plus qu'il était possible de la Nature; mais jusqu'alors elle n'avait su rendre que des figures destituées de vie et de sentiment, car elles étaient privées de la vue et du mouvement, dont l'une exprime la pensée, et l'autre l'action" (5).
Pour clore cette visite inoubliable, ne manquez pas le beau catalogue de l'exposition, très richement illustré et documenté (456 pages, 39€), mais où l'on peut regretter la présence de photographies dégradées par la compression. L'un des auteurs, Alain Pasquier, Conservateur général, chargé du département des Antiquités grecques, étrusques et romaines du musée du Louvre, est aussi l'auteur de "L'Art grec" (6), ouvrage de référence qui couvre une dizaine de siècles de créativité grecque et qui vous permettra d'élargir votre connaissance de la civilisation grecque.
Michel Kisinis
Exposition ouverte du 23 mars au 18 juin, tous les jours sauf mardi, 9h/18h et jusqu'à 22h les mercredi et vendredi.
Bibliographie
1- "La sculpture grecque", Henri Lechat, Ed. Payot, 1927.
2- "Celse contre les chrétiens", Louis Rougier, Ed. Copernic, 1977.
3- "Chronique des derniers païens", Pierre Chuvin, Ed. Les Belles Lettres, 2004.
4- "Les Juifs d'Egypte de Ramsès II à Hadrien", J. Mélèze Modrzejewski, Ed. P.U.F., 1997.
5- "Antiquités étrusques, grecques et romaines", D'Hancarville et F. A. David, 1785.
6- "L'Art grec", Alain Pasquier et Bernard Holtzmann, Coll. Manuels de l'Ecole du Louvre, Ed. La Documentation française, 1998.
© Michel Kisinis
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Mon chat, Plutarque et moi
Mon chat, accoudé au dictionnaire Littré, était en pleine réflexion sur les écrits de Plutarque à propos des femmes de l'Antiquité.
Il me rappela l'histoire d'Aspasie, la belle Ionienne aux yeux de vache, une courtisane maîtresse de Périclès, chez qui même Socrate se rendait. Elle enseignait l'art oratoire.
- Ah oui ! je lui répondis. Je vois bien de quel genre d'art oratoire il s'agit. Cela me rappelle une maxime d'Epictète : "Si je résiste à une belle femme qui est prête à m’accorder ses faveurs, je me dis à moi-même : Voilà qui est bien, Epictète. Cela vaut mieux que d’avoir réfuté le sophisme le plus subtil".
Vexé, Aris se mit à grogner tout en me regardant méchamment de travers.© Michel Kisinis
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Impertinence et crimes politiques
Il y a quelques mois, j'écrivais à propos d'Alexandre le grand qui tua un de ses soldats : "Ne fusse pas lors d'une beuverie après la bataille (en 328 avant J.-C.), que Cleitos, un soldat "proche" d'Alexandre, entendant celui-ci se vanter de "sa" victoire, lui rappela ce passage de l'Andromaque : "Les Grecs ont un bien injuste usage. Qu'une armée dresse un trophée, l'honneur ne sera pas pour ceux qui ont pris la peine, qui ont travaillé à la victoire, mais seulement pour le général. Parmi tant de milliers d'hommes, également armés de la lance, il n'a pas plus fait qu'un autre, il recueille plus de gloire". Alexandre, ivre de colère, prit une lance et le transperça de part en part, et puis... il pleura abondamment. D'ailleurs, il ne pleurait que lorsqu'il tuait ses propres amis, tel un Achille monstrueux assassinant lui-même un Patrocle sans défense."
"Poésie et insatiabilité en Grèce"
Or, je viens de trouver le pendant romain de ce crime politique. Julius Crispus, un tribun des gardes de l'empereur romain Septime Sévère aurait rappeler à celui-ci un passage de l'Enéïde de Virgile (chant 11, vers 370) : "Mais sans doute, pour qu'une épouse royale échoie à Turnus, devrons-nous, vil troupeau, foule sans sépulture et sans pleurs, rester étendus sur les champs de bataille…".
L'empereur fit promptement exécuter l'impertinent et partit mettre au pas le Moyen-Orient (197 après J.-C.). Né à Leptis Magna, d'origine punique et marié en seconde noce à Julia Domna, une princesse assyrienne hellénisée, ses titres les plus mérités furent Pacator Orbis (Pacificateur du monde), Fundator Pacis (Fondateur de la paix) et Restitutor Pacis (Rétablisseur de la paix).
Tous les tyrans adorent les beaux titres ronflants. Et l'histoire en a retenu de nombreux. D'ailleurs, les empereurs romains s'inventaient parfois des victoires, tout comme les pharaons égyptiens avant eux, et en ornaient leurs monuments, et même leurs monnaies, véritables outils de propagande. Dans le même ordre d'idées, en voici deux à la mode romaine pour G. W. Bush : Invictus et Maximus Victor. Reste plus qu'à lancer une souscription obligatoire pour la frappe de monnaies d'or… ou bien d'uranium appauvri recyclé.
Michel Kisinis
Bibliographie :
"Impératrices syriennes", Jean Babelon (Conservateur du Cabinet des médailles à la Bibliothèque Nationale), Ed. Albin Michel, 1957. Une fine analyse de la dynastie des Sévères de l'Empire romain à travers l'archéologie, l'épigraphie et la numismatique.
"L'Enéïde", Virgile (Publius Virgilius Maro). Ed. Flammarion, Coll. Garnier Flammarion / Etonnants classiques Littérature étrangère, 2000. Le dernier ouvrage écrit par Virgile, mais inachevé. L'auteur brode, d'après les récits d'Homère, une mythologie sur l'origine troyenne et héroïque des Romains...
© Michel Kisinis
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Poésie et insatiabilité en Grèce
Dans mon texte "L'humour d'Aristote, Humour et philosophie", en décembre 2005, je parlais de Diogène de Sinope : "Exemple parfait de la définition d'Aristote. Il fut un philosophe pauvre, ne rançonnant aucun de ses élèves et vivant dans le dénuement que lui dictait sa conscience, scandalisant même ses contemporains par certaines applications pratiques de ses idées. En tant que citoyen athénien, il combattit en 338 (avant J.-C.) à la bataille de Chéronée contre l'armée macédonienne qui vainquit les Grecs coalisés. Prisonnier enchaîné, il fut amené devant Philippe, le roi des Macédoniens (père d'Alexandre, l'odieux tyran sanguinaire). Et celui-ci lui aurait alors demandé qui il était, alors que Philippe connaissait bien l'identité de son prisonnier, déjà célèbre en son temps. Diogène lui aurait répondu : "J'espionne ton insatiabilité !"".
En fait, c'est avec une intention malicieuse que j'illustrais la définition d'Aristote de l'exemple de Diogène. Celui-ci a combattu les macédoniens, non seulement en tant que citoyen, mais aussi en tant que philosophe. L'anecdote est limpide ! Or, Aristote fut le précepteur d'Alexandre, fils de Philippe... Aristote fut auparavant l'élève de Platon, élève lui-même de Socrate. Et ces deux-là avaient en horreur Diogène qui ne se gênait pas de les attaquer publiquement dans ses discours. Les uns monnayaient fort cher leurs leçons auprès de l'aristocratie athénienne, alors que Diogène enseignait sa philosophie en la pratiquant tous les jours.
Dans sa réponse, Diogène évoquait donc l'insatiabilité de Philippe II. En fait, il reprenait Démosthène dans la Ire Philippique où celui-ci déclarait au peuple d'Athènes (vers 351 av. J.-C.) : "Pour moi je suis persuadé, Athéniens, que quelque Dieu, honteux pour Athènes de ce qui se passe, a jeté dans l'âme de Philippe cette ambition insatiable". Démosthène s'opposa systèmatiquement à l'impérialisme macédonien, à Philippe, puis à Alexandre. Après la mort de ce dernier en 323, comme à l'occasion de la mort de son père assassiné (en 336), les Grecs se révoltèrent, mais ils furent vaincus à Crannon par les armées macédoniennes conduites par Antipatros. Tous les chefs de la révolte furent assassinés. Et Démosthène se suicida avant que les soldats macédoniens ne purent lui mettre la main dessus (en 322). Dans son discours appelé "IIe Olynthienne", il décrivit ainsi le roi barbare Philippe : "Si quelques-uns d'entre eux (ses soldats) se font remarquer par l'expérience de la guerre et des combats, il les éloigne tous, par jalousie, par l'envie qu'il a de paraître faire tout par lui-même; car, outre ses autres défauts, il est d'une jalousie incomparable. Si quelque autre, dans sa modération ou par je ne sais quel sentiment de justice, désapprouve l'intempérance ordinaire du personnage, et ne peut souffrir sa crapule ni ses danses obscènes, il est mis de côté et ne compte pour rien. Il ne reste autour de lui que des brigands, des adulateurs, des gens capables de danser dans l'ivresse ces pas que je n'ose même pas nommer devant vous"... On croirait lire la description de son fils dégénéré dansant ivre sur les ruines fumantes de Persépolis.
Ne fusse pas lors d'une beuverie après la bataille (en 328), que Cleitos, un soldat "proche" d'Alexandre, entendant celui-ci se vanter de "sa" victoire, lui rappela ce passage de l'Andromaque : "Les Grecs ont un bien injuste usage. Qu'une armée dresse un trophée, l'honneur ne sera pas pour ceux qui ont pris la peine, qui ont travaillé à la victoire, mais seulement pour le général. Parmi tant de milliers d'hommes, également armés de la lance, il n'a pas plus fait qu'un autre, il recueille plus de gloire". Alexandre, ivre de colère, prit une lance et le transperça de part en part, et puis... il pleura abondamment. D'ailleurs, il ne pleurait que lorsqu'il tuait ses propres amis, tel un Achille monstrueux assassinant lui-même un Patrocle sans défense.
En plus de la corruption systématiquement utilisée pour affaiblir les cités grecques, les deux tyrans achetèrent aussi, à prix d'or, les services de mercenaires gaulois qui dévastèrent la Grèce, puis l'Asie Mineure, et qui finirent par s'y installer sous le nom de Galates.
On peut s'interroger sur la pertinence de l'engagement pédagogique et moral d'un philosophe auprès de l'enfant d'un roi barbare, surtout quand cet enseignement aboutit à en faire un tyran pervers et criminel, dieu-héros absurde d'un peuple oublieux et aveugle qu'il aura saigné même après sa mort. Pour tout résumer, Alexandre ne fut ni grec, ni grand. La destruction des villes de Thèbes, de Persépolis, de Tyr, pour ne parler que des plus célèbres, avec toutes ces populations massacrées ou livrées à l'esclavage, c'est aussi le constat de l'échec de l'enseignement d'un philosophe. Cet enseignement n'aura servi qu'à rendre un tyran plus implacable encore, digne héritier du tempérament de son père, et plus prompt à faire couler le sang qu'à pratiquer les enseignements de son maître. Mais "qui se rend à la cour d'un tyran, est déjà, bien que libre encore, devenu son esclave" (Sophocle). Mais l'attitude d'Aristote envers la cité de son maître n'est pas si surprenante, car il était lui-même macédonien, fils d'un médecin qui prétendait être un descendant d'Asclépios et originaire de la ville de Stagyre que son "ami" le roi Philippe II détruisit en 349. Professant la morale et la vertu, éducateur et complice de tyrans si fiers de ne posséder ni l'un, ni l'autre, il dut fuir Athènes en 323, lors de la révolte des Grecs après la mort pitoyable du monstre qu'il avait lui-même si bien éduqué.
Aristote considérait, dans la "Politique", comme juste toute guerre faite "contre les hommes qui, nés pour être commandés, s'y refusent", et aussi afin de "régner en maîtres sur ceux qui méritent d'être esclaves" et "sur ceux qui peuvent être assujettis à un maître". Vaste programme où le philosophe mercenaire justifie l'asservissement de tous. Vingt siècles plus tard, la nature des Grecs n'avait pas changée, toujours épris de liberté et toujours en révolte, ils se faisaient sautés plutôt que de se rendre aux barbares ottomans, perpétuant ainsi, à travers les âges, l'exemple héroïque de leurs ancêtres à la bataille des Thermopyles contre les envahisseurs perses (481).
Et ce n'est pas sans un sourire narquois et bien amer que nous lisons cette phrase d'Aristote, d'une ironie toute aussi lyrique qu'involontaire : "Vertu, toi qui coûtes tant d'efforts à la race des mortels, conquête si belle offerte à notre vie ! pour ta beauté, ô vierge, c'est, chez les Grecs, un sort enviable de mourir et de souffrir, sans se lasser, des peines amères : si précieux est le fruit éternel que tu jettes dans notre cœur, plus estimable que l'or ou les ancêtres, ou le sommeil reposant !". Ce devait être alors le jus d'un fruit bien gâté qu'Aristote jeta sur Alexandre...
Et au-delà de la justification de la pratique de son enseignement et de sa rétribution par des tyrans barbares, il y a peut-être aussi une motivation vindicative. Après la mort de Platon en 347, l'Académie, l'école qu'il avait fondée à Athènes, rejeta par deux fois la candidature d'Artistote pour la diriger. Il finit alors par fonder à Athènes sa propre école, le Lycée. Le philosophe avait bien dû en éprouver un fort lourd ressentiment pour une cité qui lui montrait ainsi tant de mépris.
A propos de la poésie, Aristote écrivit : "La poésie est plus philosophique et mérite plus d'attention que l'histoire". Mais il est des moments où les rimes plaisantes doivent laisser place à la mémoire afin d'honorer ses ancêtres... et aussi la vérité historique. Le poète Mimnerme, des siècles auparavant, ne déclamait-il pas "Que la vérité nous accompagne, toi et moi; de toutes les choses c'est la plus juste". Et "tu ne laisseras à tes enfants aucun trésor plus précieux que la conscience; cette conscience qui est la compagne des hommes de bien" écrivit le poète Théognis, vers 550.
Pour paraphraser Ernest Renan, je dirais même que philosophie sans conscience n'est que ruine de l'âme. Il y a devoir de mémoire et de vérité, mais aussi de conscience, clef de tout pour une pensée libre qui refuse l'asservissement, l'obscurantisme et la superstition, ainsi que toute concession à leurs agents. Même s'il faudrait, pour y parvenir, périr au milieu de hordes déchaînées de barbares.
La poésie a besoin d'émotion, comme la philosophie de conscience. Et toutes deux de mémoire. Heureux l'alchimiste qui, en les liant, les sublime !
Michel Kisinis
PS : toutes les dates sont avant J.-C.
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Bibliographie
"Les cyniques grecs", Ed. Le Livre de Poche, 1992. Une anthologie des philosophes cyniques.
"Les Philippiques de Démosthène", Aimé Puech, Ed. Librairie Mellottée, vers 1927. Une étude documentée et intelligente.
"Démosthène ou les ambiguïtés de la politique, Claude Mossé, Ed. Armand Colin, 1994. Une bonne biographie par une helléniste qui fait autorité, résumant la carrière de l'homme politique et son combat contre les macédoniens.
"Voyage du jeune Anacharsis en Grèce", J.-J. Barthélemy, Ed. Ménard et Desenne, 1820. Un classique du 19e siècle.
"Histoire d'Alexandre le grand", Quintus Curcius, Ed. Garnier, 1932. Une histoire romancée d'un auteur romain qui a beaucoup servi...
"La falsification de l'histoire de la Macédoine", Nicolaos K. Martis, Ed. Ikaros (Hellas), 1984. Un ouvrage de propagande chauvine, malhonnête et imbécile.
"L'impérialisme macédonien et l'hellénisation de l'Orient", Pierre Jouguet, Ed. Albin Michel, 1926. Une référence historique.
"La guerre en Grèce à l'époque classique", P. Brulé et J. Oulhen, Ed. Presses Universitaires de Rennes, 1999. Ouvrage collectif très spécialisé, dont Finley et Vidal-Naquet.
"Guerres et sociétés dans les mondes grecs (490-322)", Patrice Brun, Ed. du temps, 1999. Ouvrage collectif très spécialisé.
"Peuples, mers, navires", Zvi Herman, Ed. Massadah (Israël), 1964. Une histoire des peuples marins de l'Antiquité.
"Eschyle", M. Patin, Ed. Hachette, 1877. Une étude très complète de l'œuvre d'Eschyle.
"Hésiode et les poètes élégiaques et moralistes de la Grèce", E. Bergougnan, Ed. Garnier, 1940. Anthologie excellente d'auteurs de l'Antiquité grecque.
"La Couronne et la Lyre, Anthologie de la poésie grecque ancienne.", Marguerite Yourcenar, Ed. Gallimard, 1979.
"Anthologie de la poésie grecque", Robert Brasillach, Ed. Stock, 1991.
"Les celtes et la civilisation celtique", Jean Markale, Ed. Payot, 1981. Un chef d'œuvre d'érudition sur l'histoire des Celtes.
© Michel Kisinis
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Grec ou pizza
Trois petits jeunes venaient de s'installer au comptoir, près de moi. Ils paillaient comme une bande d'étourneaux en quête d'insectes.
- On va s'faire un grec, hein ?
- Ouai !!! c'est pas cher à côté, 3,75.
- Trois grecs, ça fait euh... dix euros vingt-cinq !
- Mais non hé, comptes sur tes doigts, ça fait neuf soixante-quinze.
- On f'rait mieux de commander une pizza sur Internet. Chez Pizza Zut, t'en as deux pour le prix d'un !!!
Et là, sans me retourner, je dis à haute voix :
- Un grec vaut largement plus que trois blaireaux qui cherchent une pizza sur Internet.
Dodo, qui était en train de servir leurs demis, s'exclaffa bruillament.
- Eh euh, on est pas des blaireaux, nous !
- Moi, Monsieur, je nique ta mère !, me fit l'un d'eux en s'accompagnant d'un joli geste de la main.
- Bouffon, tu niques déjà la tienne. Ça t'suffit pas ?!!!
- Aaah !, fit-il d'un air effaré. T'es trop vulgaire, Monsieur. Moi, je parle pas aux gens vulgaires. Avec un air dégoûté, ils prirent leurs verres et allèrent s'installer à l'autre bout du comptoir, tout en me regardant bizarrement.
Je me tourna alors vers un Dodo hilare.
- Non mais, t'as vu cette jeunesse. Aucun respect ! Et c'est moi qui suis vulgaire !
- Tu devrais laisser tomber les conseils culinaires et te limiter plutôt à la poésie... et au café ! Il me resservit alors un autre café.
- Ces pauvres andouilles seraient capables de manger leurs propres vomis sans s'en apercevoir. Moi, en tout cas, j'ai bien envie de me faire un portugais aujourd'hui. Je mangerais bien un bon bacalhau.
- Michel, tu rêves là ! Il faudrait aller à Lisbonne pour çà.
- Ah merde... Et si je le commandais sur Internet ?!!! Tu crois qu'ils me livreraient ?
© Michel Kisinis
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Humour et philosophie
L'humour d'Aristote
La profondeur de la réflexion d'Aristote sur tous les aspects de l'amitié et des relations humaines n'exclut pas l'humour. En voici un exemple frappant qui souligne les concepts différents qui sont à l'œuvre dans ces relations.
"Les gens de pouvoir, eux ont manifestement des amis de deux sortes bien différentes : les uns leur sont utiles, les autres leur sont agréables, mais ils sont rarement les deux à la fois. C'est qu'ils cherchent ni des gens agréables qui aient la capacité d'excellence, ni des gens utiles qui soient là pour de beaux gestes : ils recherchent plutôt, d'un côté, des gens d'humour quand ils veulent de l'agréable, de l'autre, des experts à exécuter les ordres. Ces traits-là, il est rare qu'ils se trouvent chez le même homme." (1)
A propos de l'homme de bien : "Mais on dit, et c'est vrai, que l'homme de bien fait beaucoup pour ses amis et pour sa patrie : il peut même s'il le faut, mourir en se sacrifiant pour eux. De fait, il se désintéressera de l'argent, des honneurs, et, de manière générale, de tous les biens qu'on se dispute âprement, et il gardera pour lui ce qui est beau." (1)
Aristote rappelle ainsi à notre "souvenir" comment doit se comporter un homme de bien, contrairement aux sophistes de son époque. Aujourd'hui, devant les caméras de télévision, d'aucuns pérorent, donnant des leçons de philosophie ou de science, en complet veston, plein de morgue, bouffis de suffisance, feignant l'impartialité, mais jamais l'arrogance. Etalons officiels d'une rigueur qu'ils ne connaissent point eux-mêmes, ils affichent une intégrité de façade, étant liés au pouvoir, à un parti ou une entreprise d'importance, ou bien tout à la fois, et s'assurant ainsi de confortables revenus et d'avantages somptuaires. Ignorant le bien public, ils s'en servent communément pour leur bien personnel. Et c'est sur l'autel de leurs carrières qu'ils le sacrifient.
L'homme de bien ne se paie de bonnes paroles devant un auditoire naïf ou même complice. Il agit. Sylvain Fort insiste sur ce point : "L'Ethique à Nicomaque s'inscrit dans la pensée aristotélicienne de l'acte. L'acte, l'action : voilà ce que vise Aristote." (2) L'acte est ce qui engage réellement le philosophe. Ainsi, Epictète affirmait : "On reconnait le philosophe à ses actes" (3).
Diogène de Sinope est l'exemple parfait de la définition d'Aristote. Il fut un philosophe pauvre, ne rançonnant aucun de ses élèves et vivant dans le dénuement que lui dictait sa conscience, scandalisant même ses contemporains par certaines applications pratiques de ses idées. En tant que citoyen athénien, il combattit en 338 (avant J.-C) à la bataille de Chéronée contre l'armée macédonienne qui vainquit les Grecs coalisés. Prisonnier enchaîné, il fut amené devant Philippe, le roi des Macédoniens (père d'Alexandre, l'odieux tyran sanguinaire). Et celui-ci lui aurait alors demandé qui il était, alors que Philippe connaissait fort bien l'identité de son prisonnier, déjà célèbre en son temps. Diogène lui aurait répondu : "J'espionne ton insatiabilité !"... (4)
Un devoir d'insoumission qu'a décrit de nos jours Hakim Bey dans "TAZ" (5), où l'homme se trouve confronté à un environnement technologique intrusif et totalitaire : "En tant que bricoleur, nécrophage de fragments d'information, contrebandier, maître chanteur, peut être même cyber-terroriste, le pirate de la TAZ œuvrera à l'évolution de connections fractales clandestines." Une révolte qui tenaille aussi la conscience de l'artiste, dont j'évoque le rôle et le destin dans mon poème "L'hymne à l'artiste" (6).
Et nos réflexions sont essentiellement axées sur la conscience et la connaissance, clefs de la compréhension et de la maîtrise. Protagoras n'a-t-il pas dit que l'homme est sa propre mesure (anthrôpos métron) (7), une mesure subjective, parfois démesurée, humaine et faillible... la marque "certaine" de notre supériorité sur toutes les autres créatures de cette planète. Aristote lui avait alors rétorqué que "la connaissance est mesurée par le connaissable" (8). Et nous nous tournons vers Delphes, nous remémorant l'inscription gravée sur le fronton du temple d'Apollon : "Connais-toi toi-même". Enfin, Diogène nous inflige en conclusion cette morsure éthique : c'est "en se reprochant fortement à soi-même ce que l'on reproche aux autres" que l'on peut devenir maître de soi (4).
La poésie, l'humour, l'art, la philosophie... tout s'entremêle et sublime la pensée.
Michel Kisinis
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(1) "L'amicalité" (Ethique à Nicomaque, livres VIII et IX), Aristote, traduction de Jean Lauxerois, Editions A propos, 2002.
(2) "Leçon littéraire sur l'amitié", Sylvain Fort, Ed. PUF, 2001.
(3) "Les Stoïciens", La Pléiade, NRF, Ed. Gallimard, 1978.
(4) "Les cyniques grecs", Ed. Le Livre de Poche, 1992. "Les autres chiens, disait Diogène, mordent leurs ennemis, tandis que moi, je mords mes amis, de manière à les sauver".
(5) "TAZ" (Temporary Autonomous Zone), Hakim Bey, traduction de Christine Tréguier, Ed. L'éclat, 1997.
(6) "L'hymne à l'artiste", Michel Kisinis, paru dans les Cahiers de la Peinture (2004), à la Biennale de Paris (2004) et http://www.kisinis.ch/LPA/hymne.html.
(7) "Les sophistes", Gilbert Romeyer Dherbey, Coll. Que sais-je ?, Ed. PUF, 1989.
(8) "Les choses mêmes. La pensée du réel chez Aristote", Gilbert Romeyer Dherbey, Ed. L'âge de l'homme, 1983.
© Michel Kisinis
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Princesse ionienne en région parisienne
Las de démarches sans cesse répétées,
J'ouvris à regret une porte monotone.
J'appréhendais l'ennui de paroles usées.
Mais je te vis là, fière amazone,
Le regard sombre, la taille effilée,
Et tes belles boucles noir de jais.
A ton cou, une parure hellène brillait,
Te transformant par pure magie
Telle une belle princesse d'Ionie
Qui jadis faisait chavirer le coeur
Des marins revenus d'Asie Mineure.
Mon caïque traversa maintes fois l'Egée rebelle
Sans jamais rencontrer pareille merveille,
Ni mon coeur de subir une avarie telle.
© Michel Kisinis
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