Kisinis Web Art, le site des Arts et des Artistes

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2010-01-26

Français sans-papiers

Michel Kisinis, poète, français sans-papiers

   Hier, en fin d'après-midi, je rentrais à pied chez moi, une chemise remplie de papiers sous le bras. J'étais lassé, déprimé. J'avais encore fait une démarche vaine pour faire évoluer mon dossier de renouvellement de mes papiers d'identité. La préfecture ne donnait aucun signe de vie, même au député qui était intervenu en ma faveur auprès d'elle. J'étais donc toujours un "Français sans-papiers", anonyme et impuissant devant l'arbitraire.
   Arrivé aux abords de la fac de Tolbiac, un jeune s'approchait de moi avec un grand sourire et un enregistreur audio numérique. A son accent, je devinais qu'il était d'origine roumaine.
– Monsieur, vous voulez bien répondre à quelques questions ?
– Oui, cela dépend pour quoi et pour qui, répondis-je aimablement.
– Quelle question aimeriez-vous poser à Nicolas Sarkozy lorsqu'il passera sur TF1 ?
   J'étudiais attentivement l'étudiant étranger tout en l'écoutant parler. Visiblement, TF1 ne devait pas payer bien cher ce type malingre, enthousiasmé rien qu'à l'idée de proposer à un Français de poser une question à l'avocat d'affaires, Roi des Français, sur la chaîne de télé la plus méprisable du royaume. En plus, cet idiot s'adressait à la mauvaise personne : à un Français à qui toute cette clique de sophistes pétainistes déniait son statut de citoyen.
   Je le regardais bien dans les yeux et articulais avec soin pour éviter toute incompréhension :
– Je ne connais ni Nicolas Sarkozy, ni TF1 !
   L'étudiant resta interdit, bouche bée. Et je continuais alors tranquillement mon chemin sur la rue de Tolbiac pour rentrer chez moi et ranger mon dossier totalement inutile. Derrière moi, en m'éloignant, j'entendis un pauvre petit étudiant protester vainement d'une voix mal assurée.
– Ce n'est pas possible ! Ce n'est pas vrai !
© Michel Kisinis

PS : Sur Facebook, voir le Groupe des Français sans-papiers.

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2009-12-11

Juste et profonde colère

   Je me faisais violence à entrer dans un si grand supermarché pour me coltiner la bousculade autour des rayons et l'attente interminable aux caisses. Mais ce magasin était le seul à des lieux à la ronde à vendre des petites boîtes d'allumettes.
   Les portes automatiques s'effacèrent doucement à mon approche et j'entrais en retrouvant cette frénésie qui possède habituellement ce lieu. Deux personnes encadraient l'entrée à l'intérieur, portant un gilet de sécurité orange fluo avec le nom d'une association caritative marquée en blanc phosphorescent, en très gros caractères.
   La femme et l'homme me dévisagèrent, puis me saluèrent. Je répondis poliment sans m'arrêter, impatient de quitter ce lieu au plus vite. Comme mon allure atypique, tout de noir vêtu et lunettes noires, les avait quelque peu surpris, ils eurent un moment d'hésitation, et lorsqu'ils se reprirent pour me sortir leur propagande, j'étais déjà loin. J'entendis alors indistinctement la dame commencer son discours, puis s'arrêter net et rire. La militante défaillante consolait son dépit par une vaine moquerie qui allait se perdre dans le dédale des gondoles, sans aucun effet notable sur les barquettes de plats cuisinés congelés, ni sur le raisin importé du Chili.
   Je me dirigeais prestement vers le rayon qui m'intéressait et pris une seule boîte. J'en avais largement assez pour un éon... Cette travée du magasin n'était jamais encombrée et je me rendis à la caisse toute proche sans croiser personne. Mais arrivé devant celle-ci, je me retrouvais au bout d'une queue immense, tenant à la main une ridicule petite boîte, alors que toutes les personnes devant moi étaient surchargées, poussant et tirant leurs engins à roulettes débordants de victuailles et de produits d'entretien. Et visiblement, personne n'avait eu l'idée d'acheter le même produit que moi. Ce n'est pas pour rien que l'on me reproche toujours d'être un original !
   Je levais le nez distraitement pour m'éviter le spectacle déprimant de cette file d'attente sans fin, et je vis à un panneau en hauteur qu'il s'agissait d'une caisse pour handicapés. Je n'en fus point étonné à la vue de la caissière qui scannait les articles à un rythme très ralenti, en regardant dans le vague, au grand désespoir des clients fébriles qui trépignaient d'impatience. Elle semblait éprouver comme une gêne à violer l'intimité des articles avec le laser qui scrutait tout devant lui. Rien n'échappait à son rayon rouge démultiplié qui tournoyait sans fin devant l'interminable défilé des code-barres que la caissière lui présentait comme à regret.
   Tout aussi handicapés semblaient être tous ces gens qui s'étaient donnés rendez-vous à la même heure pour acheter les mêmes produits. Le spectacle de tout ce monde qui peinait à traîner son caddy plein à craquer me rendit triste, et je me suis dit alors qu'il devrait y avoir plus de caisses handicapés dans tous ces foutus supermarchés. Comment les dirigeants de tels groupes de distribution avaient-ils pu négliger cela ? Peut-être étaient-ils tout aussi handicapés ? ! ! !
   Plongé dans mes réflexions philosophiques sur le sens de la vie dans l'univers concentrationnaire d'un grand supermarché chicos, le temps s'accéléra pour moi, et je ne le vis pas s'écouler. J'eus ainsi la plaisante impression d'arriver devant la caisse presque instantanément. Une sorte de saut quantique mental !
   La caissière prit mon unique article pour le scanner et je payais en liquide. Elle ne sourcillait pas d'un cil et je pris ma monnaie avec ma boîte en la saluant. Je fis quelques pas vers la sortie lorsque je me retrouvais nez à nez avec les deux zigotos que j'avais croisés à mon arrivée dans ce magasin. Ils m'attendaient à la sortie, et maintenant, ils m'encadraient pour empêcher toute fuite. Quelle idée saugrenue ! Comme si un Grec pouvait fuir devant un adversaire en surnombre. Ils n'avaient pas dû voir les "300" au cinéma, et leur lecteur de DVD ne devait leur servir qu'à écouter des compils MP3 de Mireille Mathieu et de Florent Pagny.
   J'eus alors un large sourire à l'idée du sang qui allait gicler sur le sol étincelant du supermarché. Eux, inconscients du danger, crûrent qu'il s'agissait de ma part d'un sourire très amical, se méprenant totalement sur mes intentions.
   La dame me barrait carrément le chemin avec l'assurance d'un prédateur qui a trouvé une proie facile :
- Bonjour Monsieur, nous collectons des produits alimentaires et d'usage courant pour aider les personnes en difficulté...
   Je ne lui laissais pas le temps de continuer son baratin lénifiant.
- Moi, je vois surtout que vous les aidez à les maintenir dans la soumission, à vivre de la mendicité et de ce que le système veut bien leur attribuer dans sa grande générosité.
   Mon index se pointait sur ces deux malheureux bienfaiteurs de l'humanité.
- Et pourquoi ne leur apprenez-vous pas à "vos pauvres" la conscience, la fierté et la rébellion, au lieu de les rendre dépendants, dans une posture d'humiliation ?
   L'homme restait silencieux, sans aucune réaction. Mais la dame, plus émotive, se mit à trembler et s'écria d'indignation :
- Mais Monsieur, c'est par charité chrétienne que nous sommes là.
- Ah oui, et tout à l'heure, lorsque je suis rentré dans le magasin, vous vous êtes bien moqués de moi, hein ?!!! C'était aussi par charité chrétienne ?
- Ah non, Monsieur, je ne me serais jamais permis de cela. Vous vous trompez ! Tous deux étaient livides.
- Ne vous moquiez-vous pas de moi à cause de mes habits austères, contrairement à la plupart des clients chics de ce magasin ?
- Non, non, je vous assure, Monsieur, fit la dame, presque implorante. Nous sommes là pour aider les pauvres, pas pour nous moquer d'eux, fit-elle, très gênée, avec un pathétique sourire débordant de niaiserie.
   J'éclatais d'un rire sonore qui résonnait dans l'entrée du magasin et lui décochait ma "flèche du Parthe", un comble pour un Grec !, mais une flèche qui ne rate jamais sa cible et laisse sa victime inerte au sol.
- Alors, si je vous comprends bien, Madame, vous vous moquiez de vous-même et de votre pitoyable tentative à vous donner bonne conscience en aidant les pauvres, et par là même, aidant aussi à pérenniser le pouvoir du crime organisé sur nos vies.
   Il y eût alors un grand silence. Et moi, je m'avançais tranquillement vers la porte qui s'ouvrit, les laissant muets de stupeur. Ils s'écartèrent lentement pour me laisser passer et je sortis en prenant une bonne goulée d'air bien frais. Le vent s'engouffrait dans mon léger manteau noir et faisait virevolter ma chaude écharpe assortie si chère à mon cœur, me rafraîchissant ainsi bien agréablement après ce pénible séjour dans cette antre surpeuplée et le juste exercice de ma profonde colère.
© Michel Kisinis

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2008-11-28

Absence au petit matin

Au petit matin, la brume se lève sur la tente effilochée,
Au fond d'un bois, et au regard des passants, dissimulée,
Cachant la misère et la solitude, couvert par un odieux silence.
Le froid est passé là, créant une nouvelle et indicible absence.

© Michel Kisinis

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2008-02-22

La vie nouvelle d'Orhan Pamuk

   Je viens de lire "La vie nouvelle" d'Orhan Pamuk, écrivain turc, prix Nobel de littérature en 2006, publié chez Folio. C'est une histoire d'amour émouvante, pleine de tristesse, de mélancolie et de poésie.
   Voici deux citations qui m'ont marqué pour des raisons politiques :
– "Le fait que les qualités de cette arme aient été éprouvées depuis tant d'années par tant d'amateurs de la gâchette, militaires, veilleurs de nuit, policiers ou boulangers, sur les corps d'un grand nombre de rebelles, de voleurs, de séducteurs, d'hommes politiques ou de crève-la-faim, lui accordait à mes yeux un intérêt particulier".
– "Ceux qui remarquent avec surprise que, dans les pays musulmans, les rayons des bibliothèques sont remplis de livres où foisonnent les commentaires et les annotations manuscrits devraient, au lieu de s'en étonner, lancer un coup d'œil aux multitudes d'hommes brisés que l'on croise dans les rues".

   Orhan Pamuk a fuit la Turquie en 2007 après avoir été harcelé par le gouvernement et avoir reçu de nombreuses menaces de mort...

© Michel Kisinis

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2007-06-30

Travaillez plus, et nous, nous gagnerons plus !

   Cela fait vraiment de la peine à voir tous ces blaireaux qui prennent pour argent comptant toutes ces promesses bidon. Ils croient tous au Père Noël ! Quand l'avocat d'affaires déclare "Travailler plus pour gagner plus", en fait il pense "Travaillez plus, et nous, nous gagnerons plus !" Et tous ses copains milliardaires et technocrates applaudissent des deux mains. C'est trop beau ! Quel talent ! Quel poète ! Le « copro-sophiste » excelle tant au service de tous ces gens-là.
   Censure des médias, répressions, protection sociale anéantie, retraite réduite au minimum, droit du travail pulvérisé, délocalisations massives, l'avenir s'annonce déjà clairement très sombre.
   Pour masquer tout cela, l'avocat d'affaires se surpasse à discourir avec des argumentations fallacieuses et des raisonnements qui n'ont que l'apparence de la vérité. Le rhéteur professionnel n'est qu'un « copro-sophiste » dont seuls les idiots et les complices admirent les sophismes nauséabonds.
   Et voici un "bel" exemple de la réalité. Alors que EADS prépare le licenciement de 10.000 salariés en Europe, l'entreprise européenne a délocalisée la production de l'Airbus A320 en Chine, à Tianjin (revue Interavia, n° 688), pendant qu’un conflit acharné oppose certains à la direction d’EADS. Il y a fort à parier que bientôt on verra des Chinabus A320 100 % chinois. Comme entre temps la plupart des salariés européens auront été licenciés, ce n'est pas si grave... en tout cas, pas pour les dirigeants et les gros actionnaires de cette société...
   Voilà ce que c'est réellement "de travailler plus pour gagner plus" !!!
© Michel Kisinis

T-shirt 'Travaillez plus, et nous, nous gagnerons plus', © Michel Kisinis, photographe et poete
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2007-05-21

Pourquoi j'ai accepté

Pourquoi j'ai accepté de soigner les hémorroïdes de Nicolas
Par Narbé Trocher*
   Conflits moraux ou émargements publics, j'ai toujours été et je demeure un militant de tous ces combats qui souvent ont fait la grandeur de ma carrière. Depuis 1968, j'ai agi pour la défense des mêmes idéaux. Aujourd'hui, Sinistré, j'ai décidé de développer largement ce travers.
   Après quarante ans d'action humanitaire et de batailles politiques, nous allons poursuivre nos efforts en soutenant une mondialisation implacable et en retrouvant pour ma carrière l'ambition que lui assigne l'histoire.
   J'ai été et je demeure un homme libre, un social-libéral. J'ai participé à la campagne de Ségolène Royal et j'ai voté pour elle aux deux tours de l'élection présidentielle bien qu'elle me semblait représenter une tare pour la gauche. La France a flanché : je vais arrêter de réfléchir et me battre avec tous les amis de Nicolas pour qu'existe enfin un parti social-libéral français.
   Les hémorroïdes de mon nouvel ami ne sont ni de gauche, ni de droite. Avant toute intervention chirurgicale, il faudra essayer des thérapies novatrices. Afin d'éviter toute plèbe envahissante, nous combattrons les fluxions par le nettoyage au Karcher. Nous n'avons pas les mêmes pratiques et voilà qui annonce, j'espère, d'heureux changements de style et d'analyse. Cela se fera avec un minimum de douleurs.
   Je sais que certains de mes nouveaux amis me reprochent mes anciens engagements. A ceux-là, je demande un délai : mon arrogance et ma suffisance s'enflent à vue d'œil. S'ils me prennent un jour en flagrant délit de gonflement, je leur demande d'évacuer de tout urgence. Mais je garantis que j'aménagerai le ministère en conséquence.
   N'ayons pas peur des mots ; regardons les choses en face. Je fais partie d'un gouvernement réuni pour agir et être utile à la ploutocratie française, européenne et mondiale. On me récompensera pour mes résultats.
*Sinistré des Affaires socialistes

© Michel Kisinis

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2007-03-04

La passivité devant l’hécatombe de licenciements

   Vous vous rappelez peut-être de l’avis qu’avait demandé le Président de la République et de la Fracture sociale, il y a quelque temps déjà, auprès d’experts patentés concernant l’effondrement de l’emploi industriel. Les experts avaient émis un rapport très rassurant et le Président avait poussé un grand ouf, complaisamment répercuté dans les médias. Incrédule, je fus alors, et stupéfait je suis maintenant.
   A l’époque, la conclusion des experts m’avait fait bien rire tant elle était irréelle. Aujourd’hui, je suis vraiment stupéfait. Certains promettent un feu d'artifices, craignant d’ailleurs de parler d’explosion sociale, mais moi je ne vois que passivité de la part des salariés, pleurants, effondrés, victimes d'une injustice sociale vécue comme une fatalité inévitable. Je suis surpris de l'inaction des syndicats et des salariés eux-mêmes, restants passifs devant cette hécatombe de licenciements au moment même où il leur faudrait faire preuve de combativité et d'imagination pour développer une résistance sociale vitale pour eux et pour leurs familles.
   Le carriérisme et la collusion ont tués toute velléité de lutte. Chacun compte fébrilement ses RTT et ses misérables actions, tout en attendant que cela soit un autre qui soit licencié à sa place, de préférence un autre qu'on ne connait pas, dans une autre ville, un autre pays. Quant à certains organes représentatifs des salariés, ils sont carrément financés et organisés par les employeurs afin d'empêcher toute tentative de structuration de résistance au sein des entreprises et ainsi que de convaincre tous les salariés qu’ils n’ont pas le choix. Les réunions en deviennent pathétiques, ne servant qu’à officialiser des chiffres connus à l’avance et présentés comme étant tout à la fois une victoire et un sacrifice découlants d’une négociation qui n’a jamais vraiment eu lieu.
   Alors d'aucuns, sûrs de leur impunité, peuvent continuer tranquillement, au gré du cours des actions, à jouer à ce jeu cruel, mais si rémunérateur, qui consiste à licencier en masse, ville après ville, à travers toute l'Europe, tel un vaste jeu de dominos. Et demain, nous n'aurons pas quelques centaines de personnes à dormir dans la rue, mais des milliers, des dizaines de milliers...
   Moi, je vous le dis : la seule solution pour changer cette situation est la SUBVERSION.
© Michel Kisinis

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2005-02-18

La répression contre les pauvres

Les autorités ont décidées la manière forte pour expulser hier, 17 février, les squatteurs de la cité Debergue, dans le 12e, à Paris. Tout cela sans respecter la législation, et avec violence, semble-t-il.
Si certains disent "La pauvreté est un symptôme", moi j'ajouterai "et la police est son médicament".
Voir Indymedia Paris
Article Squat 1
Article Squat 2
Visiblement, à Paris, on s'attaque plus facilement aux pauvres qu'à la spéculation immobilière.
© Michel Kisinis

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