Kisinis Web Art, le site des Arts et des Artistes

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2009-11-19

Rêverie en stage de droit d'auteur

   Sa longue chevelure aux reflets dorés ondulait gracieusement, encadrant un doux visage serein. Ses longs cils noirs semblaient battre au rythme de ses doigts fins qui tapotaient sur son clavier d'albâtre. Ses yeux bleu azur fixaient son écran, la mine concentrée. Et son profil hellénique, doucement éclairé par la lueur bleutée de son ordinateur portable, offrait un charmant spectacle.    Consciencieusement, elle notait règles et usages énoncés par la juriste. Et sur un fond sonore composé d'articles de lois et de jurisprudence, le poète se mit à rêver de muses dansant au beau milieu d'une prairie fleurie de l'Olympe sacré. Lyres, flûtes et tambourins résonnant à travers la vallée et les bois enchantés, où s'entremêlaient chants gracieux, cris voluptueux et rires joyeux. Des senteurs de jasmin, de thym, de romarin et de fenouil s'ajoutaient à la sublime myrrhe des déesses.
   “Le droit moral de l'auteur supplante les droits patrimoniaux”, s'exclama la juriste.
   Et les mots d'Horace me revinrent en mémoire : “Carpe diem, quam minimum credula postero”.
Outé mera, outé nikta, zoi exhassa.
   Plus tard, une artiste participant au stage, s'extasiant devant ma dextérité sur le clavier de mon portable, me demanda de lui donner mes notes. Je lui répondis franchement que je n'avais pris que très peu de notes, connaissant déjà bien le droit d'auteur, et que j'avais surtout écris un poème en prose. Cela fit rire tout le monde.
© Michel Kisinis

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2008-04-05

L'amour du miel

Comment trouver un bon miel
   Avec l'expérience plusieurs fois millénaire de mes ancêtres dans l'apiculture*, je suis très difficile dans mes achats de miel. Ceux que l'on trouve couramment dans le commerce sont insipides ou carrément ignobles, telles ces pâtes blanchâtres vendues en pots dans les grandes surfaces, alors qu'ils ne sont que des produits traités industriellement.
   D'abord, le miel doit être le produit artisanal de ruches placées dans des régions chaudes et dotées de végétation variée et fleurie, sans pollution industrielle. On préférera les plantes aromatiques méditerranéennes comme le thym, le romarin, la sauge, l'origan, le basilic, etc, qui donnent un miel plus fin à l'odorat et au goût. Par contre, le pin, l'eucalyptus et l'acacia donnent des goûts plus corsés. Le miel provenant de régions froides et très industrialisées est à proscrire complètement, non seulement pour des raisons gustatives, mais aussi afin d'éviter d'absorber des produits toxiques.
   En Europe, les régions les plus chaudes de Grèce, d'Espagne et d'Italie produisent d'excellents miels. L'un des meilleurs en Europe est celui de Kalymnos, en Grèce. Le plus chère au monde est celui du Yemen. Mais je n'ai jamais eu l'occasion d'y goûter.
   Beaucoup d'artisans et tous les industriels gonflent leur production en donnant trop de sucre à leurs abeilles. Cela donne une mixture plus proche de la confiserie que du miel. Le sucre doit être donné aux abeilles par l'apiculteur lors des périodes de froid, sans fleurs à butiner, pour ne pas épuiser complètement le miel qu'elles produisent. Si vous donnez du sirop à vos abeilles tout le long de l'année, et bien elles n'iront pas ou peu butinées dans les campagnes et produiront un miel sans intérêt. Autant croquer des morceaux de sucre, au moins on sait exactement ce que l'on mange.
   La palette de couleurs d'un bon miel est large. Plutôt brun, doré, jaune doré, selon les régions et les plantes butinées. La consistance est presque pâteuse, mais encore liquide, très épaisse. Le miel doit être presque translucide.

Contrôler la présence de sucre
   A l'achat, on ne peux pas voir si le miel est un concentré de sucre, à moins de voir les cristaux de sucre. J'ai déjà vu de tels miels dans des magasins. Alors vous devez tester le miel que vous avez acheté en plaçant le pot dans le réfrigérateur. Si le miel contient trop de sucre, il cristallisera sous l'effet du froid. Le bon miel artisanal supportera cette épreuve avec peu ou pas de cristallisation et restera plus ou moins liquide.

Deux recettes simples pour vous régaler
– prenez des amandes et plongez-les dans du miel. Et puis, mangez-les !
– mélangez bien du miel avec de la pâte d'amandes ou de noisettes (pâte brute, sans sucre) pour en faire une pâte bien homogène et dégustez.

   Une précaution à respecter pour conserver votre miel : pour vous servir, utilisez toujours une cuillère propre, sinon vous risquez de contaminer le miel avec des bactéries (votre bouche en est pleine), et il "tournera".

La sensualité du miel
   Lécher une cuillère de miel est un acte qui se révèle terriblement sensuel. Si le miel est naturel, épais, votre langue va bien insister dans le creux de la cuillère. La pression exercée et la chaleur de votre organe vont vous permettre de récupérer tout le miel qui y est resté coller. C'est un peu comme lorsqu'on léche le pubis bombé de la femme de son cœur, ses lèvres s'écartent doucement et, avec une langue de velours, on cueille amoureusement son miel, telle une abeille sur une fleur de jasmin à peine éclose, envoûtée par son parfum entêtant.

      Michel Kisinis

* C'est Ovide, dans ses "Métamorphoses", qui parle de Kalymnos, fertile en miel, alors que Dédale et Icare la survolent. Publius Ovidius (43 av. J.-C./17 ap. J.-C). "Les métamorphoses", Ovide, Ed. Gallimard, Folio, 1992.
Hérodote (482/425 av. J.-C.), dans son "Histoire", parle des bateaux de Kalymnos qui avaient été contraints et forcés de participer à la guerre de l'Empire Perse de Xerxès, contre les Grecs, aux côtés de la flotte phénicienne. Ce ne fut pas la seule fois que les Kalymnotes furent obligés de fournir marins et bateaux à des ennemis des Grecs. Alexandre fit de même bien plus tard (vers 334 av. J.-C.) pour aller attaquer les armées perses. "Histoires d'Hérodote", L.C. Colomb, Editions Hachette, 1882.

© Michel Kisinis

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2006-12-15

Feuilles naissantes de jasmin

Michel Kisinis, photographe et poéte
Jeune jasmin en hiver sur mon balcon
J'espère que cette photo est un peu 'Wabi Sabi'.
Basho, 'Oku no hosomichi':
"Ah pure merveille
feuille verte feuille naissante
au soleil qui brille."
---
Young jasmine in winter on my balcony
I hope that this photo is a little 'Wabi Sabi'.
Basho, in 'Oku no hosomichi':
"Oh pure miracle
green sheet rising sheet
in the sun which shines."

© Michel Kisinis

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2006-11-06

Des vers hachés au menu

   Il y a quelques jours, j'étais invité par un ami à une soirée de poésie. Il me proposa de venir avec quelques-uns de mes poèmes. J'acceptais sans enthousiasme, me remémorant une autre de ses soirées où un pauvre crétin s'était mis à chanter des vers à la gloire du ballon de football, d'une voix affreuse, le regard halluciné et le geste chaotique après tant de verres consommés. J'étais parti, horrifié et furieux, en disant à un autre poète qu'il ne pouvait avoir de lieu pour accueillir en même temps mes textes et un poème sur le foot.
   Cette fois-ci, le fan de foot n'était pas là. Il devait être en train de gonfler sa vessie, ou bien d'autres victimes non consentantes. J'arrivais en retard, en plein concert. Un musicien tunisien jouait merveilleusement bien du oud. J'étais rassuré !
   L'hôte des lieux me proposa de donner mes poèmes à lire à une dame qui était présente. La femme avait un air très digne de grande bourgeoise, avec une belle coiffure de style années trente et parlait avec un léger accent allemand. J'étais vraiment rassuré !
   Mais quand elle commença à lire les poèmes de notre hôte, je frémis. Elle ne lisait pas les poèmes, elle les broyait, les hachaient. Sa prononciation était désastreuse, et son accent allemand, plus grave alors, rendait le résultat plus épouvantable encore. On aurait dit "Papa Schultz" en jupons qui aurait reçu l'ordre de son colonel de lire des poèmes de Hölderlin ou de Schiller à des prisonniers de guerre. La dame prenait un soin particulier à énoncer les vers comme un robot, réduisant à néant toute poésie.
   Je me mordais la lèvre pour ne pas rire alors que tout le monde applaudissait. Comme elle avait été tant encouragée par son auditoire, elle afficha une attitude fière et sereine et continua tout aussi mécaniquement à lire d'autres poèmes. Moi, je commençais à trembler. Je voyais bien que mon tour allait arriver et que je devrais bientôt lui donner mes textes à... hacher.
   Et alors que notre dame mâchait et remâchait les vers d'un autre malheureux poème, un véritable miracle se produisit. Une véritable déesse orientale fit son apparition au beau milieu d'un auditoire soumis à une torture sans fin. C'était une chanteuse d'origine tunisienne, une brune voluptueuse avec une magnifique chevelure noir de jais. De ses lèvres charnues et rose nacré, une voix douce et sensuelle se fit entendre pour nous saluer.
Je compris de suite que la Muse était venue à mon secours, m'envoyant une belle orientale pour chanter mon amour.
Un fard lumineux rehaussait ses yeux noirs et son corsage de l'amour en était la gloire.
Je fus touché par le miel de son regard, divine promesse de biens doux égards.

   Sans hésitation aucune, je me levais et allais au-devant de la déesse. Je fus pris de vertiges tant elle embaumait le jasmin. Je lui tendis mon poème et lui demanda : "J'aimerais que vous lisiez mon poème, s'il vous plait, Madame".
   Elle me regarda, très surprise.
- Et pourquoi moi ?
- Parce que !, lui fis-je en souriant, sans plus d'explication.
   La belle chanteuse n'insista pas et lut à voix haute le titre et les trois premiers vers :
- "Pigment passionnel
Je baisais ses paupières opalescentes
Et son fard teinta mes lèvres frémissantes.
D'un geste, elle effaça le pigment."
   S'arrêtant là, elle ria de bon cœur : "Ah oui, je comprends maintenant !". Elle se reprit et lut alors le poème entièrement. Quel délice ! J'eus alors la sensation d'un baiser divin posé sur mon cœur chancelant. Je ne regrettais point d'être venu.
   Après le charme de la belle Souad lisant mes vers, "Mama Schultz" continua méthodiquement son œuvre d'anéantissement lyrique avec un autre poème. Mais, moi, je n'écoutais déjà plus, mon regard et mon cœur étaient ailleurs...
© Michel Kisinis

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2005-10-30

Souvenirs divins d'une déesse

Aucune ivresse ne pourra effacer son souvenir qui embaumait des effluves de déesse.
Sous ma main tremblante d'émotion, palpitait un sein magnifique, gonflé de mes caresses.
Son voile de nectar s'ouvrait, me submergeant de musc, d'ambre et d'un feu intense.
Répandant le nard sur son corps, j'offrais de sensuelles libations à l'enchanteresse,
Enchaînée par de doux liens, je l'effleurais de bouquets de jasmin avec délicatesse.
De Véronique, bien douce à monter était la croupe. Et la joie en était immense.

© Michel Kisinis

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