Juste et profonde colère
Je me faisais violence à entrer dans un si grand supermarché pour me coltiner la bousculade autour des rayons et l'attente interminable aux caisses. Mais ce magasin était le seul à des lieux à la ronde à vendre des petites boîtes d'allumettes.
Les portes automatiques s'effacèrent doucement à mon approche et j'entrais en retrouvant cette frénésie qui possède habituellement ce lieu. Deux personnes encadraient l'entrée à l'intérieur, portant un gilet de sécurité orange fluo avec le nom d'une association caritative marquée en blanc phosphorescent, en très gros caractères.
La femme et l'homme me dévisagèrent, puis me saluèrent. Je répondis poliment sans m'arrêter, impatient de quitter ce lieu au plus vite. Comme mon allure atypique, tout de noir vêtu et lunettes noires, les avait quelque peu surpris, ils eurent un moment d'hésitation, et lorsqu'ils se reprirent pour me sortir leur propagande, j'étais déjà loin. J'entendis alors indistinctement la dame commencer son discours, puis s'arrêter net et rire. La militante défaillante consolait son dépit par une vaine moquerie qui allait se perdre dans le dédale des gondoles, sans aucun effet notable sur les barquettes de plats cuisinés congelés, ni sur le raisin importé du Chili.
Je me dirigeais prestement vers le rayon qui m'intéressait et pris une seule boîte. J'en avais largement assez pour un éon... Cette travée du magasin n'était jamais encombrée et je me rendis à la caisse toute proche sans croiser personne. Mais arrivé devant celle-ci, je me retrouvais au bout d'une queue immense, tenant à la main une ridicule petite boîte, alors que toutes les personnes devant moi étaient surchargées, poussant et tirant leurs engins à roulettes débordants de victuailles et de produits d'entretien. Et visiblement, personne n'avait eu l'idée d'acheter le même produit que moi. Ce n'est pas pour rien que l'on me reproche toujours d'être un original !
Je levais le nez distraitement pour m'éviter le spectacle déprimant de cette file d'attente sans fin, et je vis à un panneau en hauteur qu'il s'agissait d'une caisse pour handicapés. Je n'en fus point étonné à la vue de la caissière qui scannait les articles à un rythme très ralenti, en regardant dans le vague, au grand désespoir des clients fébriles qui trépignaient d'impatience. Elle semblait éprouver comme une gêne à violer l'intimité des articles avec le laser qui scrutait tout devant lui. Rien n'échappait à son rayon rouge démultiplié qui tournoyait sans fin devant l'interminable défilé des code-barres que la caissière lui présentait comme à regret.
Tout aussi handicapés semblaient être tous ces gens qui s'étaient donnés rendez-vous à la même heure pour acheter les mêmes produits. Le spectacle de tout ce monde qui peinait à traîner son caddy plein à craquer me rendit triste, et je me suis dit alors qu'il devrait y avoir plus de caisses handicapés dans tous ces foutus supermarchés. Comment les dirigeants de tels groupes de distribution avaient-ils pu négliger cela ? Peut-être étaient-ils tout aussi handicapés ? ! ! !
Plongé dans mes réflexions philosophiques sur le sens de la vie dans l'univers concentrationnaire d'un grand supermarché chicos, le temps s'accéléra pour moi, et je ne le vis pas s'écouler. J'eus ainsi la plaisante impression d'arriver devant la caisse presque instantanément. Une sorte de saut quantique mental !
La caissière prit mon unique article pour le scanner et je payais en liquide. Elle ne sourcillait pas d'un cil et je pris ma monnaie avec ma boîte en la saluant. Je fis quelques pas vers la sortie lorsque je me retrouvais nez à nez avec les deux zigotos que j'avais croisés à mon arrivée dans ce magasin. Ils m'attendaient à la sortie, et maintenant, ils m'encadraient pour empêcher toute fuite. Quelle idée saugrenue ! Comme si un Grec pouvait fuir devant un adversaire en surnombre. Ils n'avaient pas dû voir les "300" au cinéma, et leur lecteur de DVD ne devait leur servir qu'à écouter des compils MP3 de Mireille Mathieu et de Florent Pagny.
J'eus alors un large sourire à l'idée du sang qui allait gicler sur le sol étincelant du supermarché. Eux, inconscients du danger, crûrent qu'il s'agissait de ma part d'un sourire très amical, se méprenant totalement sur mes intentions.
La dame me barrait carrément le chemin avec l'assurance d'un prédateur qui a trouvé une proie facile :
- Bonjour Monsieur, nous collectons des produits alimentaires et d'usage courant pour aider les personnes en difficulté...
Je ne lui laissais pas le temps de continuer son baratin lénifiant.
- Moi, je vois surtout que vous les aidez à les maintenir dans la soumission, à vivre de la mendicité et de ce que le système veut bien leur attribuer dans sa grande générosité.
Mon index se pointait sur ces deux malheureux bienfaiteurs de l'humanité.
- Et pourquoi ne leur apprenez-vous pas à "vos pauvres" la conscience, la fierté et la rébellion, au lieu de les rendre dépendants, dans une posture d'humiliation ?
L'homme restait silencieux, sans aucune réaction. Mais la dame, plus émotive, se mit à trembler et s'écria d'indignation :
- Mais Monsieur, c'est par charité chrétienne que nous sommes là.
- Ah oui, et tout à l'heure, lorsque je suis rentré dans le magasin, vous vous êtes bien moqués de moi, hein ?!!! C'était aussi par charité chrétienne ?
- Ah non, Monsieur, je ne me serais jamais permis de cela. Vous vous trompez ! Tous deux étaient livides.
- Ne vous moquiez-vous pas de moi à cause de mes habits austères, contrairement à la plupart des clients chics de ce magasin ?
- Non, non, je vous assure, Monsieur, fit la dame, presque implorante. Nous sommes là pour aider les pauvres, pas pour nous moquer d'eux, fit-elle, très gênée, avec un pathétique sourire débordant de niaiserie.
J'éclatais d'un rire sonore qui résonnait dans l'entrée du magasin et lui décochait ma "flèche du Parthe", un comble pour un Grec !, mais une flèche qui ne rate jamais sa cible et laisse sa victime inerte au sol.
- Alors, si je vous comprends bien, Madame, vous vous moquiez de vous-même et de votre pitoyable tentative à vous donner bonne conscience en aidant les pauvres, et par là même, aidant aussi à pérenniser le pouvoir du crime organisé sur nos vies.
Il y eût alors un grand silence. Et moi, je m'avançais tranquillement vers la porte qui s'ouvrit, les laissant muets de stupeur. Ils s'écartèrent lentement pour me laisser passer et je sortis en prenant une bonne goulée d'air bien frais. Le vent s'engouffrait dans mon léger manteau noir et faisait virevolter ma chaude écharpe assortie si chère à mon cœur, me rafraîchissant ainsi bien agréablement après ce pénible séjour dans cette antre surpeuplée et le juste exercice de ma profonde colère.
© Michel Kisinis
Libellés : grec, Grèce, injustice, mp3, musique, philosophie, politique, subversion
Stumble It!
Toujours plus de bouillie mp3 !
La semaine dernière, je suis allé au meeting... non à l'AppleExpo 2006. Une bonne partie du salon était dédiée en fait aux lecteurs mp3 : gadgets divers, adaptateurs en tout sens, étuis, etc.
J'y ai vu des enceintes bluetooth pour écouter dans son salon les mélodies compressées stockées sur son cellulaire. C'est cool d'entendre à fond et en stéréo sa sonnerie, genre beuglement de vache, croassements ou intro de "Mission impossible".
Il y avait aussi une superbe platine vinyle avec sortie USB pour enregistrer ses vieux disques en mp3 sur son ordi. L'appareil était pitoyable : un boîtier en plastique moulé, un plateau ultra léger tout en plastique, doté d'un grand élastique pour toute courroie et un logiciel gratuit aux fonctionnalités réduites au minimum. Et tout cela pour un prix de près de deux cents euros. J'ai rigolé tout en pensant aux Lenco et autres Thorens, avec poids et contrepoids, stromboscope, lourd plateau équilibré et cellule sophistiqué, sans parler de la mythique platine tangentielle.
Mais là où j'étais vraiment mort de rire, c'est quand j'ai aperçu un amplificateur à lampe pour ipod. Je rêve ?!!!... non, on peut maintenant claquer du fric dans un ampli à lampe dédié pour écouter de la musique compressée. Ah évidemment la taille de cet ampli est aussi compressée afin de l'accommoder au style de ce lecteur mp3. Reste plus qu'à brancher le micro-ampli à des micro-enceintes trois voies et une micro-caisse de graves, et le tour est joué... C'est l'extase pour les méga blaireaux !
© Michel Kisinis
Libellés : blaireaux, gadgets, informatique, mp3, musique
Stumble It!
Bobo-hackers du néant-derthal et encadrement grave
Si y'a un truc qui me gave vraiment, c'est bien tous ces pauvres blaireaux qui font du "gravage" de mp3 une véritable religion, se donnant bonne conscience en prétextant d'une héroïque lutte contre les "majors" et tentant vainement de se donner des airs de hackers subversifs. Ce ne sont en fait que de vulgaires et très aveugles consommateurs, naïfs clients de réseaux de grande distribution.
Je fut pris un jour d'un réel dégoût, dans une entreprise où je travaillais, quand un chef de service demanda à un employé : "Sois gentil, coco ! Graves-moi le dernier « Noir Désir ». Et pis, aussi « Louise Attaque » !". Le serf s'executa prestement, et avec toute la servilité qu'on attendait de lui, tout fier de ses connaissances ridicules qui lui permettaient de "rendre service" à son chef sans que cela ne lui coûte rien, le temps passé étant pris sur ses heures de travail et les cd gravés étant pris sur le stock de l'entreprise. Quelle jouissance pour ce cadre quand il put enfin écouter « Noir Désir » dans son 4x4, sa stéréo à fond, roulant à tombeau ouvert pour rentrer dans son beau pavillon dans la vallée de Chevreuse.
Ailleurs, je vis aussi un cadre venir à son bureau systématiquement une demi-heure avant l'horaire prévu. J'étais très étonné et je lui demanda pourquoi, par pure curiosité, car je n'étais pas son supérieur hiérarchique. Il me raconta, très content de lui, qu'il venait plus tôt afin pouvoir graver tranquillement des cds audio pour toute sa famille. Lui aussi était tout fier de son intelligence si brillante. Moi, j'étais effondré devant un tel mégalithe de connerie.
D'un côté, des cadres passent leur temps à télécharger et à graver des tonnes de mp3, et tant qu'ils n'auront jamais le "loisir" de tout écouter. De l'autre, les employés sont chronométrés dans chacun de leurs gestes. Enfin, ça c'est pas nouveau !
Le jour où tous ces "bobo-hackers" graveront des cds remplis de contenus qu'ils auront créés eux-mêmes (que ce soit des romans, des poèmes, des photographies, des peintures, de la musique, du multimedia, ...), alors là, ils pourront être vraiment fiers. Mais le chemin est long avant cela...
© Michel Kisinis
Libellés : blaireaux, mp3, musique
Stumble It!
Formation et déformations Internet
Au café, Bobo Blaireau m'avait demandé – supplié – de donner une formation à sa copine un samedi après-midi. Il avait finement ajouté qu'il était trop doué pour qu'une grosse pétasse puisse le comprendre... Ça commençait bien !
Le lendemain, à l'heure dite, je traversais la rue pour me rendre chez lui. Quand la porte s'ouvrit, je découvris une sculpturale naïade blonde qui embaumait le benjoin et la myrrhe.
- Bonjour, Michel. Je t'attendais impatiemment.
- Euh, oui, bonjour. J'étais stupéfait. Véronique, la copine de Bobo Blaireau, était à tomber par terre. Elle était dotée d'une paire qui me laissait sans voix. Et le reste était à l'avenant...
- Bobo m'a dit que vous aviez besoin d'une petite formation. Quelles sont vos besoins exactement ? J'essayais malgré tout de garder un ton professionnel.
- On peut se tutoyer entre voisin, hein ! Je voudrais que tu m'apprennes à télécharger des MP3 sur Internet.
- Ah oui, fis-je tristement, plein d'enthousiasme. Avant de télécharger, il faut d'abord apprendre comment utiliser Internet. Tu as déjà utilisée Internet ?
- Non. J'ai un portable Apple, je viens de l'acheter. Enfin, c'est à Bobo...
- Oui, l'autre jour, il l'a montré à tout le quartier. Même le gardien de l'Armée du Salut doit être au courant.
Nous nous installâmes devant le Powerbook et je commença par lui expliquer les bases de l'utilisation de l'ordinateur.
- Et là, cette fente, c'est le lecteur de CD. Tu introduis doucement le CD et il rentre tout seul.
Elle essaya, sans succès. Le CD ne montait pas. Rien. Je regardais sur le bureau du Mac, nulle part ! Au bout de quelques longues secondes de silence, j'avisais un bout de plastique qui dépassait.
- Véronique, il faut mettre le CD dans le lecteur et non sous le portable. Là, ça peut pas marcher.
Crise de fou rire. Son merveilleux buste était secoué de soubressauts incandescents. J'avais du mal à détacher mon regard de son doux corsage.
- Bon, revenons-en à nos moutons et j'inserrais le CD qui monta avec un bruit incongru.
Véronique observait attentivement mes gestes. Et à chaque fois qu'elle se rapprochait de l'écran pour mieux voir mes manips, son magnifique sein droit frottait contre mon bras gauche. Une furieuse envie de lâcher ma souris m'étreingnais douleureusement.
- Michel, fit-elle, là, j'ai deux fentes. Qu'est-ce que je fais ?
- Ah bon ?!!! Je détaillais alors sa généreuse anatomie. Où çà ?
- Mais, non, idiot ! C'est l'ordinateur qui a deux fentes. Elle me désigna le côté droit du portable.
- Il s'agit d'un orifice où tu peux introduire une carte mémoire.
- Et je peux en mettre une grosse ?
- Oh oui, une très grosse, si tu veux. J'étais mort de rire.
- Pfuu ! Franchement, t'es pas un formateur très sérieux.
- Ben, avec une élève comme toi, c'est difficile de le rester.
- Montres-moi vraiment comment utiliser cette foutue machine et tu pourra me faire un petit bisou.
- Avec la langue ?, risquais-je d'une voix hésitante.
Elle resta silencieuse, se voulant énigmatique, espiègle minaudière.
- Et un peu les mains aussi ?
- La récompense sera à la mesure de la formation.
Je m'accrochais à la souris qui semblait tout à coup gonflée sous ma main.
En fait, son esprit était aussi fin que sa poitrine était ample. Bobo Blaireau ignorait tout de la créature qui partageait son nid douillet. Véronique fut prompte à comprendre les bases du Mac qui étaient indispensables pour utiliser son petit Ipod chéri.
Puis aux tours qu'elle m'appris, succédèrent des vers passionnés qui l'enchantèrent.
- Je te croyais technicien hors pair et voilà que tu me charmes avec de doux vers, s'écria-t-elle et elle me roula un patin d'enfer.
Et mes mains s'aggripèrent une fois encore à ses formes si voluptueuses.
- Les apparences peuvent être trompeuses.
J'en tiens là la preuve la plus somptueuse.
Le technicien s'est épuisé à une tâche hardue,
Mais le poète s'enflamme sans fin devant ton cul.
Et là, comme aiguillonnée par mes vers, elle se jeta sur moi. J'hésite à conter tout ce qui se passa durant cet après-midi, si riche en baisers passionnés et subtiles caresses. J'en rêve encore...
Le lendemain matin, je retournais au bar des Acacias. J'avais bien besoin d'une bonne dose de café pour me réveiller.
Au bout du deuzième double, survint Bobo tout guilleret et très amical.
- Ah Michel ! Je ne sais pas comment te remercier pour hier.
- Eh bien, tu n'as qu'à me donner quelques gros biftons.
- Bien sûr, Michel. Véronique est ravie de ta prestation. Moi, j'arrivais à rien avec elle. Je dois être trop proche, et puis, entre nous, il faut être très très patient avec elle. Et surtout ne pas avoir peur de répéter les choses. Mais toi, c'est une de tes grandes qualités.
- Je suis très cher aussi !
- Pas de problème, Michel. D'ailleurs, j'aimerai que tu me fasses un petit forfait. Véronique se débrouille très bien tout seule maintenant avec son Ipod. Elle m'emmerde plus ! C'était le but de la manoeuvre. Il s'exclaffa, fier de lui.
- Mais j'ai toujours oeuvré pour l'indépendance des individus.
- Il faudrait quand même que tu complètes son initiation. Elle a besoin que tu lui apprennes Internet, un peu de bureautique et de multimedia.
- Je suis disponible les samedis après-midi.
- D'accord. Mais je suis désolé, je ne peux pas y assister car j'ai trop de boulot à ma boîte.
- Non, non, il faut pas. Tu risques de perturber l'attention de Véronique.
- Tu as raison. T'ai un vrai pro, Michel. J'ai envie de t'embrasser ! s'exclama-t-il. Les habitués du café se retournèrent tous.
- Ah non, Bobo ! Je ne me fais jamais payer en nature.
© Michel Kisinis
Libellés : amie, amour, café, encens, informatique, internet, mp3, poète, poésie, prose, seins, vers
Stumble It!
Une carte Vitale pour les cyberpunks
Au comptoir, toujours les mêmes disputes entre les habitués. L'équipe Machin contre l'équipe Bidule. Trouduc aurait dû faire ceci et ils auraient gagnés ces cons. Tous des incapables ! Interminables disputes sur les péripéties d'un spectacle joué d'avance – qu'eux, évidemment, ne gagnaient jamais.
Je m'étais mis à compter les bulles de la mousse de mon café. Je me disais que la petite cuillère ne convenait pas pour cette tache quand j'entendis derrière moi une conversation passionnée à voix basse.
- "Une fois que tu as créé ta clé publique avec GnuGP, tu va l'inscrire dans un serveur de clés. Comme çà tout le monde peut t'envoyer des messages cryptés", affirmait un type assis avec deux autres, les yeux rivés sur un micro portable.
- "Et la NSA ne peut plus mater nos messages !" fit l'autre, la mine réjouis en imaginant déjà les types de la NSA se casser les dents sur ses messages.
- "Et encore moins le KGB ! Aaaah !!! Ça m'explose !"
- "Et on peut l'ajouter à un... machin qui réunit toute une série de clés".
J'intervins pour aider ces petits chéris : "Oui, un trousseau !".
Les trois types se retournèrent vers moi, ahuris, me dévisageant. Je me présentais aimablement pour réchauffer l'ambiance : "Michel Kisinis, poète". Il y eut un silence lourd. Le plus jeune finit par dire : "Poète ?!!! Mouais... Nous on est des cyberpunks."
- "Des cyberpunks ! J'ai toujours rêvé d'en rencontrer. On dirait que vous êtes sur un truc chaud là... Je vois que vous êtes sur une connection telnet par ouifi."
- Désolé, mais on peut pas t'en parler. On travaille sur des projets qui impactent massivement les libertés individuelles et la diffusion des données personnelles des citoyens".
- "Ah oui, c'est trop grave ces sujets. J'aimerais justement vous parler d'un truc qui me turlupine depuis un bail".
- Nous, on s'occupe pas des problèmes de proxy pitoupi, répliqua le plus âgé. Adresses-toi à un technicien de Sur-coût, là où t'a acheté ton graveur à deux balles.
Là, j'ai eu envie de lui mettre ma tasse dans la gueule. Je pris sur moi.
- Je voudrais vous parler d'un problème plus important.
- Résumes alors ton histoire, ricana le petit jeune qui machonnait sa clé usb.
- Il s'agit de la carte Vitale. Est-ce que vous vous y intéressés en ce qui concerne la confidentialité des données et de la faiblesse de la protection du réseau Sésame ?
Les trois cyberpunks se regardèrent, un peu gênés.
- "Ben, je l'utilise".
- "Moi aussi ! C'est super pratique ! Avec mes gamins, je n'ai pas à faire l'avance des frais. Je donne ma carte et je paye rien grâce à ma mutuelle".
- Attendez, vous allez pas me dire que vous utilisez tous votre carte Vitale. Vous parlez de la protection des données et vous utilisez sans vergogne la carte la plus nase qui existe en France.
- Oui, je sais, mais c'est quand même bien pratique.
- En fait, vous avez croqué la carotte qu'on vous tendait et vous l'aurez bientôt dans le cul. Elle va être bientôt obligatoire. Toutes nos données personnelles seront bientôt largement diffusées sur un réseau sans protection sérieuse et les cyberpunks trouvent cela bien pratique.
- Non, on est sur des dossiers balaises. Rien à voir !
- Oui, bien sûr, fis-je en colère. Continuez à jouer à touche-pipi avec votre souris pendant que ces salopards livrent nos vies à tous vents.
Et je sortis du café en claquant la porte, emporté par l'hubris d'une juste colère, laissant derrière moi trois zigotos muets autour d'un portable futile.
En fin d'après-midi, je revins au café pour payer au patron le café que j'avais oublié. Dodo me demanda discrétement ce qu'il s'était passé avec ces trois types pour que je parte ainsi.
Je lui répondis : "Ils voulaient me vendre un CD remplie de mp3 de Florent Pagny".
Il éclata de rire : "Michel, la prochaine fois, tu me les envoies. Ma femme aime bien Florent Pagny". Et il me fit grâce du café... Je reviendrais.
© Michel Kisinis
Libellés : café, carte vitale, cyberpunks, informatique, internet, mp3, subversion
Stumble It!