Kisinis Web Art, le site des Arts et des Artistes

Kisinis Web Art, le site des Arts et des Artistes

2009-12-11

Juste et profonde colère

   Je me faisais violence à entrer dans un si grand supermarché pour me coltiner la bousculade autour des rayons et l'attente interminable aux caisses. Mais ce magasin était le seul à des lieux à la ronde à vendre des petites boîtes d'allumettes.
   Les portes automatiques s'effacèrent doucement à mon approche et j'entrais en retrouvant cette frénésie qui possède habituellement ce lieu. Deux personnes encadraient l'entrée à l'intérieur, portant un gilet de sécurité orange fluo avec le nom d'une association caritative marquée en blanc phosphorescent, en très gros caractères.
   La femme et l'homme me dévisagèrent, puis me saluèrent. Je répondis poliment sans m'arrêter, impatient de quitter ce lieu au plus vite. Comme mon allure atypique, tout de noir vêtu et lunettes noires, les avait quelque peu surpris, ils eurent un moment d'hésitation, et lorsqu'ils se reprirent pour me sortir leur propagande, j'étais déjà loin. J'entendis alors indistinctement la dame commencer son discours, puis s'arrêter net et rire. La militante défaillante consolait son dépit par une vaine moquerie qui allait se perdre dans le dédale des gondoles, sans aucun effet notable sur les barquettes de plats cuisinés congelés, ni sur le raisin importé du Chili.
   Je me dirigeais prestement vers le rayon qui m'intéressait et pris une seule boîte. J'en avais largement assez pour un éon... Cette travée du magasin n'était jamais encombrée et je me rendis à la caisse toute proche sans croiser personne. Mais arrivé devant celle-ci, je me retrouvais au bout d'une queue immense, tenant à la main une ridicule petite boîte, alors que toutes les personnes devant moi étaient surchargées, poussant et tirant leurs engins à roulettes débordants de victuailles et de produits d'entretien. Et visiblement, personne n'avait eu l'idée d'acheter le même produit que moi. Ce n'est pas pour rien que l'on me reproche toujours d'être un original !
   Je levais le nez distraitement pour m'éviter le spectacle déprimant de cette file d'attente sans fin, et je vis à un panneau en hauteur qu'il s'agissait d'une caisse pour handicapés. Je n'en fus point étonné à la vue de la caissière qui scannait les articles à un rythme très ralenti, en regardant dans le vague, au grand désespoir des clients fébriles qui trépignaient d'impatience. Elle semblait éprouver comme une gêne à violer l'intimité des articles avec le laser qui scrutait tout devant lui. Rien n'échappait à son rayon rouge démultiplié qui tournoyait sans fin devant l'interminable défilé des code-barres que la caissière lui présentait comme à regret.
   Tout aussi handicapés semblaient être tous ces gens qui s'étaient donnés rendez-vous à la même heure pour acheter les mêmes produits. Le spectacle de tout ce monde qui peinait à traîner son caddy plein à craquer me rendit triste, et je me suis dit alors qu'il devrait y avoir plus de caisses handicapés dans tous ces foutus supermarchés. Comment les dirigeants de tels groupes de distribution avaient-ils pu négliger cela ? Peut-être étaient-ils tout aussi handicapés ? ! ! !
   Plongé dans mes réflexions philosophiques sur le sens de la vie dans l'univers concentrationnaire d'un grand supermarché chicos, le temps s'accéléra pour moi, et je ne le vis pas s'écouler. J'eus ainsi la plaisante impression d'arriver devant la caisse presque instantanément. Une sorte de saut quantique mental !
   La caissière prit mon unique article pour le scanner et je payais en liquide. Elle ne sourcillait pas d'un cil et je pris ma monnaie avec ma boîte en la saluant. Je fis quelques pas vers la sortie lorsque je me retrouvais nez à nez avec les deux zigotos que j'avais croisés à mon arrivée dans ce magasin. Ils m'attendaient à la sortie, et maintenant, ils m'encadraient pour empêcher toute fuite. Quelle idée saugrenue ! Comme si un Grec pouvait fuir devant un adversaire en surnombre. Ils n'avaient pas dû voir les "300" au cinéma, et leur lecteur de DVD ne devait leur servir qu'à écouter des compils MP3 de Mireille Mathieu et de Florent Pagny.
   J'eus alors un large sourire à l'idée du sang qui allait gicler sur le sol étincelant du supermarché. Eux, inconscients du danger, crûrent qu'il s'agissait de ma part d'un sourire très amical, se méprenant totalement sur mes intentions.
   La dame me barrait carrément le chemin avec l'assurance d'un prédateur qui a trouvé une proie facile :
- Bonjour Monsieur, nous collectons des produits alimentaires et d'usage courant pour aider les personnes en difficulté...
   Je ne lui laissais pas le temps de continuer son baratin lénifiant.
- Moi, je vois surtout que vous les aidez à les maintenir dans la soumission, à vivre de la mendicité et de ce que le système veut bien leur attribuer dans sa grande générosité.
   Mon index se pointait sur ces deux malheureux bienfaiteurs de l'humanité.
- Et pourquoi ne leur apprenez-vous pas à "vos pauvres" la conscience, la fierté et la rébellion, au lieu de les rendre dépendants, dans une posture d'humiliation ?
   L'homme restait silencieux, sans aucune réaction. Mais la dame, plus émotive, se mit à trembler et s'écria d'indignation :
- Mais Monsieur, c'est par charité chrétienne que nous sommes là.
- Ah oui, et tout à l'heure, lorsque je suis rentré dans le magasin, vous vous êtes bien moqués de moi, hein ?!!! C'était aussi par charité chrétienne ?
- Ah non, Monsieur, je ne me serais jamais permis de cela. Vous vous trompez ! Tous deux étaient livides.
- Ne vous moquiez-vous pas de moi à cause de mes habits austères, contrairement à la plupart des clients chics de ce magasin ?
- Non, non, je vous assure, Monsieur, fit la dame, presque implorante. Nous sommes là pour aider les pauvres, pas pour nous moquer d'eux, fit-elle, très gênée, avec un pathétique sourire débordant de niaiserie.
   J'éclatais d'un rire sonore qui résonnait dans l'entrée du magasin et lui décochait ma "flèche du Parthe", un comble pour un Grec !, mais une flèche qui ne rate jamais sa cible et laisse sa victime inerte au sol.
- Alors, si je vous comprends bien, Madame, vous vous moquiez de vous-même et de votre pitoyable tentative à vous donner bonne conscience en aidant les pauvres, et par là même, aidant aussi à pérenniser le pouvoir du crime organisé sur nos vies.
   Il y eût alors un grand silence. Et moi, je m'avançais tranquillement vers la porte qui s'ouvrit, les laissant muets de stupeur. Ils s'écartèrent lentement pour me laisser passer et je sortis en prenant une bonne goulée d'air bien frais. Le vent s'engouffrait dans mon léger manteau noir et faisait virevolter ma chaude écharpe assortie si chère à mon cœur, me rafraîchissant ainsi bien agréablement après ce pénible séjour dans cette antre surpeuplée et le juste exercice de ma profonde colère.
© Michel Kisinis

Libellés : , , , , , , ,

StumbleUpon ToolbarStumble It!

2009-09-13

Le truc du poète

   De temps à autre, un “très amical” commentaire à propos de mes poèmes vient blesser ma sensibilité à fleur de peau. D'expérience, l'erreur à ne pas commettre est de répliquer, d'une façon ou d'une autre. Sinon, le poète passe toujours pour un salaud malpoli, quoi qu'il dise...
   Un jour, quelqu'un de ma famille, se croyant supérieurement intelligent, mais néanmoins n'arrivant pas du tout à comprendre ni la cause, ni même la réalité de mon don de poète, m'a demandé comment je faisais pour “sortir” des poèmes, et surtout aux moments les plus inattendus... pour elle ! J'ai souri sans répondre, et elle me dit alors que je devais avoir un truc pour faire ça. Elle devait s'imaginer qu'il suffisait que j'enclenche un processus automatique dans mon cerveau débile, un peu comme une machine à laver, et hop ! un poème tout chaud ! Alors, comme pour elle, je ne devais pas être plus intelligent qu'une machine à laver, tout autre possibilité était exclue.
   Il y a quelque temps, un artiste, après avoir lu deux de mes poèmes d'amour, m'a dit que j'avais une bonne imagination et que c'était très bien écrit pour de la fiction. D'après lui, c'était un gentil compliment...
   Plus récemment, une amie m'a “complimentée” en m'écrivant que tout ce que je faisais d'original ce n'était que de “tourner les compliments en vers”.
   Toutes ces affirmations sont très réductrices, pour ne pas dire pire. Le poète vit, ressent au plus profond de lui-même passions et sentiments, comme nul autre pareil, et les retranscrit à sa manière, selon son humeur, son style et son inspiration. C'est un don maudit, noyé de larmes, et fait de tristesse infinie, et d'ailleurs, personne n'en veut, ni du don, ni du poète. Un don qui prête à sourire et même à rire aux éclats, sauf pour le poète, bien évidemment.
   Depuis ma tendre jeunesse, où déjà j'écrivais des poèmes désespérés, nombre d'éclats sont venus déchirer mon cœur.
   Et la plus grande cruauté se pare souvent d'un joli sourire, et d'un regard plein de sollicitude, mais très attentif au moindre signe de souffrance... pour mieux en jouir.

© Michel Kisinis

Libellés : , , , , , , , ,

StumbleUpon ToolbarStumble It!

2009-08-14

Ma famille et le monde

   La famille, dit-on, est une porte ouverte sur le monde...
   Ainsi, ce fut d'abord ma propre famille qui m'a apprit certains aspects de ce monde : la bêtise, l'insatiabilité, la cruauté, la cupidité, la fierté amorale d'être implacable, sans pitié, sans scrupule, ni remord, avec une insensibilité diabolique face à la souffrance et à la mort, accompagnée d'une belle hypocrisie au discours conformiste lénifiant, sans oublier le plaisir sadique de voyeurs sans foi et des postures à la perfection mimées devant des autels consacrés, et le néant spirituel de vils esprits.
   Au fil des années, j'ai appris tout cela à mes dépends.
   Aurais-je été assez naïf pour chercher vainement en ce monde ce que je ne trouvais point auprès des « miens » ?
© Michel Kisinis

Libellés : , , , ,

StumbleUpon ToolbarStumble It!

2009-06-18

Vers en longues traînées

Tel un pétrolier abandonné au sein d'une mer déchaînée,
Perdant sans fin sa cargaison au fil des vagues déferlées,
Je laisse filer vers en longues traînées à travers l'éther.
Mots et rimes s'effilochent au vent mauvais, désespérés.
Concepts inachevés, vifs amours avortés, si éphémères;
Déchirants sanglots qui me laminent et me font hurler.
Dons si puissants, mais si vains en ce monde d'enfer.
Heureux et si brefs instants de douce et tendre félicité,
Et une si profonde tristesse pour une terrible éternité.
Pauvre humain anéanti, mais bienheureuse entité,
Mes pensées dériveront jusqu'au fin fond de l'univers.

© Michel Kisinis

Libellés : , , , , , , , ,

StumbleUpon ToolbarStumble It!

2009-06-06

La détresse et l'amour

   Nombre d'individus prennent plus de plaisir à voir la détresse qu'à donner de l'amour. Il n'y a qu'à regarder le nombre de toutes ces émissions et revues qui déballent complaisemment toute la misère du monde. Devant le spectacle de la souffrance de l'autre, on s'en réjouit, on se sent puissant, supérieur et l'on en oublie ainsi sa propre détresse, sa misère et son impuissance devant l'implacable machine.
   Tels des porcs s'ébattant dans leurs bauges, beaucoup se complaisent à assister à des spectacles dégradants, avilissants, des violences, des crimes qui sont complaisamment mis en scène, et d'autres où le spectacle même est l'humiliation en direct de personnes en détresse. Viols et dissections de cadavres sont offerts aux yeux de tous avec un luxe de détails et un grand soucis de réalisme. Mais tout ce spectacle n'est pas gratuit, il participe à la désensibilisation de notre humanité, à nous habituer à la violence, à nous y accoutumer, telle une drogue. Chacun réclame ainsi sa dose quotidienne de crimes sanglants et retrouve alors une pitoyable sérénité par la mort hantée.
   On ne réclame pas d'émissions de poésie, ni de films romantiques, on exige des viols, des meurtres, des explosions, des destructions massives, toujours plus, toujours plus vite, accumulés en d'absurdes scénarios. Les cours donnés aux enfants mènent tout droit à cette demande. Ils n'ont pas d'atelier d'écriture, de chant, de musique ou de peinture. Non, on leur apprend la lutte, le combat, comment faire mal et terrasser son ennemi. On ne leur apprend pas comment créer de son esprit et de ses mains. Alors que l'on devrait déjà leur apprendre comment ne pas souffrir. Mais tant mieux, car il y aura toujours des spectateurs pour s'en régaler.
   Si tous possédaient la dose d'empathie nécessaire à une humanité consciente, le spectacle de cette souffrance humaine leur serait tout simplement insupportable. Où pourraient-ils aller alors pour y échapper ? Quelle thérapie devraient-ils ingérer pour en guérir ? Car, de toute façon, toute évolution est rejetée, exclue.
   Finalement, c'est à nous de supporter avec stoïcisme ces regards ravis et cruels devant notre propre souffrance, dans une attitude digne et hiératique... jusqu'à la mort.

© Michel Kisinis

Libellés : , , , , , , , ,

StumbleUpon ToolbarStumble It!

2009-05-28

Amour et philosophie

Sans amour, il n'y a pas de philosophie, ni même de philosophe.

Love and Philosophy
Without love, there is no philosophy or even a philosopher.

© Michel Kisinis

Libellés : , , , , , , , ,

StumbleUpon ToolbarStumble It!

2008-12-01

Douce et ferme volonté

Madame, taisez vos vains chantages
Et vos pitoyables jérémiades,
Ne vous montrant pas à votre avantage.
Cessez cris, larmes et simagrées,
Et cette piètre comédie de poses outrées.
Ma blanche chevelure, vous pouvez couper,
Aussi mes mains menus ou mes pieds,
Briser mon cœur ou mon esprit heurter,
Mais jamais, au grand jamais,
N'attacherez, ni ne trancherez ma volonté !

© Michel Kisinis

Libellés : , , , , , , , ,

StumbleUpon ToolbarStumble It!

2007-12-16

Sincérité et calcul

   La vie peut être tout à la fois douce et cruelle, selon l'instant. La sincérité, l'estime, et même les sentiments, peuvent être contrecarrés par la dure réalité...
   Alors comment concilier la sincérité et le calcul inhérent à la vie en société ?
   Eh bien, supprimez la vie en société !

---
Sincerity and calculated interest
   Life can be quite at the same moment sweet and cruel, according to moment. Sincerity, respect, and even feelings, can be thwarted by the hard reality...
   Then how to reconcile sincerity and calculated interest inherent to the life in society?
   Well, suppress life in society!
© Michel Kisinis

Libellés : , , ,

StumbleUpon ToolbarStumble It!

2007-12-04

Rapports humains

   Croyant honorer respect et fidélité, d'aucuns vouent un culte démoniaque à la soumission et à la servilité.
   Le mépris doit être à la mesure de leur pouvoir.

---
Human relations
Believing to honor respect and allegiance, some dedicate a demonic cult to the submission and the servility.
Contempt has to be for the measure of their power.
© Michel Kisinis

Libellés : , , , , , ,

StumbleUpon ToolbarStumble It!

2007-08-21

L'enflure du pouvoir

Le "Tao-tê-king" est à la fois une œuvre de poésie et de philosophie, écrit par le philosophe chinois Lao-tzeu vers 450 av. J.-C. Certains passages sont si “drôlement” d'actualité. Comme je l'ai écrit dans mon texte "L'humour d'Aristote" : “la poésie, l'humour, l'art, la philosophie, tout s'entremêle et sublime la pensée”. Et ainsi, rien n'est plus subversif...
Michel Kisinis

“Qui se dresse sur la pointe des pieds est chancelant
Qui marche à pas glorieux couvre peu de distance
Qui fait parade de soi-même est sans éclat
Qui se donne raison n'est pas mis au pinacle
Qui vante ses talents passe pour sans mérite
Qui se targue de ses succès prépare sa chute
Ce sont là pour la Voie
Des rebuts de mangeaille ou des enflures vaines
Tout un chacun en a dégoût
Et l'homme de la Voie s'en détourne.”

Lao-tzeu

---
"La Voie et sa vertu, Tao-tê-king", Lao-tzeu, traduction de François Houang et Pierre Leyris. Ed. du Seuil, coll. Points Sagesses (Sa16).

Libellés : , , , , , , , ,

StumbleUpon ToolbarStumble It!

2007-03-16

Mon chat, Plutarque et moi

Michel Kisinis, photographe et poéte

   Mon chat, accoudé au dictionnaire Littré, était en pleine réflexion sur les écrits de Plutarque à propos des femmes de l'Antiquité.
   Il me rappela l'histoire d'Aspasie, la belle Ionienne aux yeux de vache, une courtisane maîtresse de Périclès, chez qui même Socrate se rendait. Elle enseignait l'art oratoire.
- Ah oui ! je lui répondis. Je vois bien de quel genre d'art oratoire il s'agit. Cela me rappelle une maxime d'Epictète : "Si je résiste à une belle femme qui est prête à m’accorder ses faveurs, je me dis à moi-même : Voilà qui est bien, Epictète. Cela vaut mieux que d’avoir réfuté le sophisme le plus subtil".
   Vexé, Aris se mit à grogner tout en me regardant méchamment de travers.

© Michel Kisinis

Libellés : , , , , , , , , , ,

StumbleUpon ToolbarStumble It!

2007-02-16

Impertinence et crimes politiques

Il y a quelques mois, j'écrivais à propos d'Alexandre le grand qui tua un de ses soldats : "Ne fusse pas lors d'une beuverie après la bataille (en 328 avant J.-C.), que Cleitos, un soldat "proche" d'Alexandre, entendant celui-ci se vanter de "sa" victoire, lui rappela ce passage de l'Andromaque : "Les Grecs ont un bien injuste usage. Qu'une armée dresse un trophée, l'honneur ne sera pas pour ceux qui ont pris la peine, qui ont travaillé à la victoire, mais seulement pour le général. Parmi tant de milliers d'hommes, également armés de la lance, il n'a pas plus fait qu'un autre, il recueille plus de gloire". Alexandre, ivre de colère, prit une lance et le transperça de part en part, et puis... il pleura abondamment. D'ailleurs, il ne pleurait que lorsqu'il tuait ses propres amis, tel un Achille monstrueux assassinant lui-même un Patrocle sans défense."
"Poésie et insatiabilité en Grèce"
Or, je viens de trouver le pendant romain de ce crime politique. Julius Crispus, un tribun des gardes de l'empereur romain Septime Sévère aurait rappeler à celui-ci un passage de l'Enéïde de Virgile (chant 11, vers 370) : "Mais sans doute, pour qu'une épouse royale échoie à Turnus, devrons-nous, vil troupeau, foule sans sépulture et sans pleurs, rester étendus sur les champs de bataille…".
L'empereur fit promptement exécuter l'impertinent et partit mettre au pas le Moyen-Orient (197 après J.-C.). Né à Leptis Magna, d'origine punique et marié en seconde noce à Julia Domna, une princesse assyrienne hellénisée, ses titres les plus mérités furent Pacator Orbis (Pacificateur du monde), Fundator Pacis (Fondateur de la paix) et Restitutor Pacis (Rétablisseur de la paix).
Tous les tyrans adorent les beaux titres ronflants. Et l'histoire en a retenu de nombreux. D'ailleurs, les empereurs romains s'inventaient parfois des victoires, tout comme les pharaons égyptiens avant eux, et en ornaient leurs monuments, et même leurs monnaies, véritables outils de propagande. Dans le même ordre d'idées, en voici deux à la mode romaine pour G. W. Bush : Invictus et Maximus Victor. Reste plus qu'à lancer une souscription obligatoire pour la frappe de monnaies d'or… ou bien d'uranium appauvri recyclé.
Michel Kisinis

Bibliographie :
"Impératrices syriennes", Jean Babelon (Conservateur du Cabinet des médailles à la Bibliothèque Nationale), Ed. Albin Michel, 1957. Une fine analyse de la dynastie des Sévères de l'Empire romain à travers l'archéologie, l'épigraphie et la numismatique.
"L'Enéïde", Virgile (Publius Virgilius Maro). Ed. Flammarion, Coll. Garnier Flammarion / Etonnants classiques Littérature étrangère, 2000. Le dernier ouvrage écrit par Virgile, mais inachevé. L'auteur brode, d'après les récits d'Homère, une mythologie sur l'origine troyenne et héroïque des Romains...
© Michel Kisinis

Libellés : , , , , , , , , , ,

StumbleUpon ToolbarStumble It!

2006-10-12

Poésie et insatiabilité en Grèce

Dans mon texte "L'humour d'Aristote, Humour et philosophie", en décembre 2005, je parlais de Diogène de Sinope : "Exemple parfait de la définition d'Aristote. Il fut un philosophe pauvre, ne rançonnant aucun de ses élèves et vivant dans le dénuement que lui dictait sa conscience, scandalisant même ses contemporains par certaines applications pratiques de ses idées. En tant que citoyen athénien, il combattit en 338 (avant J.-C.) à la bataille de Chéronée contre l'armée macédonienne qui vainquit les Grecs coalisés. Prisonnier enchaîné, il fut amené devant Philippe, le roi des Macédoniens (père d'Alexandre, l'odieux tyran sanguinaire). Et celui-ci lui aurait alors demandé qui il était, alors que Philippe connaissait bien l'identité de son prisonnier, déjà célèbre en son temps. Diogène lui aurait répondu : "J'espionne ton insatiabilité !"".
En fait, c'est avec une intention malicieuse que j'illustrais la définition d'Aristote de l'exemple de Diogène. Celui-ci a combattu les macédoniens, non seulement en tant que citoyen, mais aussi en tant que philosophe. L'anecdote est limpide ! Or, Aristote fut le précepteur d'Alexandre, fils de Philippe... Aristote fut auparavant l'élève de Platon, élève lui-même de Socrate. Et ces deux-là avaient en horreur Diogène qui ne se gênait pas de les attaquer publiquement dans ses discours. Les uns monnayaient fort cher leurs leçons auprès de l'aristocratie athénienne, alors que Diogène enseignait sa philosophie en la pratiquant tous les jours.
Dans sa réponse, Diogène évoquait donc l'insatiabilité de Philippe II. En fait, il reprenait Démosthène dans la Ire Philippique où celui-ci déclarait au peuple d'Athènes (vers 351 av. J.-C.) : "Pour moi je suis persuadé, Athéniens, que quelque Dieu, honteux pour Athènes de ce qui se passe, a jeté dans l'âme de Philippe cette ambition insatiable". Démosthène s'opposa systèmatiquement à l'impérialisme macédonien, à Philippe, puis à Alexandre. Après la mort de ce dernier en 323, comme à l'occasion de la mort de son père assassiné (en 336), les Grecs se révoltèrent, mais ils furent vaincus à Crannon par les armées macédoniennes conduites par Antipatros. Tous les chefs de la révolte furent assassinés. Et Démosthène se suicida avant que les soldats macédoniens ne purent lui mettre la main dessus (en 322). Dans son discours appelé "IIe Olynthienne", il décrivit ainsi le roi barbare Philippe : "Si quelques-uns d'entre eux (ses soldats) se font remarquer par l'expérience de la guerre et des combats, il les éloigne tous, par jalousie, par l'envie qu'il a de paraître faire tout par lui-même; car, outre ses autres défauts, il est d'une jalousie incomparable. Si quelque autre, dans sa modération ou par je ne sais quel sentiment de justice, désapprouve l'intempérance ordinaire du personnage, et ne peut souffrir sa crapule ni ses danses obscènes, il est mis de côté et ne compte pour rien. Il ne reste autour de lui que des brigands, des adulateurs, des gens capables de danser dans l'ivresse ces pas que je n'ose même pas nommer devant vous"... On croirait lire la description de son fils dégénéré dansant ivre sur les ruines fumantes de Persépolis.
Ne fusse pas lors d'une beuverie après la bataille (en 328), que Cleitos, un soldat "proche" d'Alexandre, entendant celui-ci se vanter de "sa" victoire, lui rappela ce passage de l'Andromaque : "Les Grecs ont un bien injuste usage. Qu'une armée dresse un trophée, l'honneur ne sera pas pour ceux qui ont pris la peine, qui ont travaillé à la victoire, mais seulement pour le général. Parmi tant de milliers d'hommes, également armés de la lance, il n'a pas plus fait qu'un autre, il recueille plus de gloire". Alexandre, ivre de colère, prit une lance et le transperça de part en part, et puis... il pleura abondamment. D'ailleurs, il ne pleurait que lorsqu'il tuait ses propres amis, tel un Achille monstrueux assassinant lui-même un Patrocle sans défense.
En plus de la corruption systématiquement utilisée pour affaiblir les cités grecques, les deux tyrans achetèrent aussi, à prix d'or, les services de mercenaires gaulois qui dévastèrent la Grèce, puis l'Asie Mineure, et qui finirent par s'y installer sous le nom de Galates.
On peut s'interroger sur la pertinence de l'engagement pédagogique et moral d'un philosophe auprès de l'enfant d'un roi barbare, surtout quand cet enseignement aboutit à en faire un tyran pervers et criminel, dieu-héros absurde d'un peuple oublieux et aveugle qu'il aura saigné même après sa mort. Pour tout résumer, Alexandre ne fut ni grec, ni grand. La destruction des villes de Thèbes, de Persépolis, de Tyr, pour ne parler que des plus célèbres, avec toutes ces populations massacrées ou livrées à l'esclavage, c'est aussi le constat de l'échec de l'enseignement d'un philosophe. Cet enseignement n'aura servi qu'à rendre un tyran plus implacable encore, digne héritier du tempérament de son père, et plus prompt à faire couler le sang qu'à pratiquer les enseignements de son maître. Mais "qui se rend à la cour d'un tyran, est déjà, bien que libre encore, devenu son esclave" (Sophocle). Mais l'attitude d'Aristote envers la cité de son maître n'est pas si surprenante, car il était lui-même macédonien, fils d'un médecin qui prétendait être un descendant d'Asclépios et originaire de la ville de Stagyre que son "ami" le roi Philippe II détruisit en 349. Professant la morale et la vertu, éducateur et complice de tyrans si fiers de ne posséder ni l'un, ni l'autre, il dut fuir Athènes en 323, lors de la révolte des Grecs après la mort pitoyable du monstre qu'il avait lui-même si bien éduqué.
Aristote considérait, dans la "Politique", comme juste toute guerre faite "contre les hommes qui, nés pour être commandés, s'y refusent", et aussi afin de "régner en maîtres sur ceux qui méritent d'être esclaves" et "sur ceux qui peuvent être assujettis à un maître". Vaste programme où le philosophe mercenaire justifie l'asservissement de tous. Vingt siècles plus tard, la nature des Grecs n'avait pas changée, toujours épris de liberté et toujours en révolte, ils se faisaient sautés plutôt que de se rendre aux barbares ottomans, perpétuant ainsi, à travers les âges, l'exemple héroïque de leurs ancêtres à la bataille des Thermopyles contre les envahisseurs perses (481).
Et ce n'est pas sans un sourire narquois et bien amer que nous lisons cette phrase d'Aristote, d'une ironie toute aussi lyrique qu'involontaire : "Vertu, toi qui coûtes tant d'efforts à la race des mortels, conquête si belle offerte à notre vie ! pour ta beauté, ô vierge, c'est, chez les Grecs, un sort enviable de mourir et de souffrir, sans se lasser, des peines amères : si précieux est le fruit éternel que tu jettes dans notre cœur, plus estimable que l'or ou les ancêtres, ou le sommeil reposant !". Ce devait être alors le jus d'un fruit bien gâté qu'Aristote jeta sur Alexandre...
Et au-delà de la justification de la pratique de son enseignement et de sa rétribution par des tyrans barbares, il y a peut-être aussi une motivation vindicative. Après la mort de Platon en 347, l'Académie, l'école qu'il avait fondée à Athènes, rejeta par deux fois la candidature d'Artistote pour la diriger. Il finit alors par fonder à Athènes sa propre école, le Lycée. Le philosophe avait bien dû en éprouver un fort lourd ressentiment pour une cité qui lui montrait ainsi tant de mépris.
A propos de la poésie, Aristote écrivit : "La poésie est plus philosophique et mérite plus d'attention que l'histoire". Mais il est des moments où les rimes plaisantes doivent laisser place à la mémoire afin d'honorer ses ancêtres... et aussi la vérité historique. Le poète Mimnerme, des siècles auparavant, ne déclamait-il pas "Que la vérité nous accompagne, toi et moi; de toutes les choses c'est la plus juste". Et "tu ne laisseras à tes enfants aucun trésor plus précieux que la conscience; cette conscience qui est la compagne des hommes de bien" écrivit le poète Théognis, vers 550.
Pour paraphraser Ernest Renan, je dirais même que philosophie sans conscience n'est que ruine de l'âme. Il y a devoir de mémoire et de vérité, mais aussi de conscience, clef de tout pour une pensée libre qui refuse l'asservissement, l'obscurantisme et la superstition, ainsi que toute concession à leurs agents. Même s'il faudrait, pour y parvenir, périr au milieu de hordes déchaînées de barbares.
La poésie a besoin d'émotion, comme la philosophie de conscience. Et toutes deux de mémoire. Heureux l'alchimiste qui, en les liant, les sublime !

Michel Kisinis

PS : toutes les dates sont avant J.-C.
---
Bibliographie
"Les cyniques grecs", Ed. Le Livre de Poche, 1992. Une anthologie des philosophes cyniques.
"Les Philippiques de Démosthène", Aimé Puech, Ed. Librairie Mellottée, vers 1927. Une étude documentée et intelligente.
"Démosthène ou les ambiguïtés de la politique, Claude Mossé, Ed. Armand Colin, 1994. Une bonne biographie par une helléniste qui fait autorité, résumant la carrière de l'homme politique et son combat contre les macédoniens.
"Voyage du jeune Anacharsis en Grèce", J.-J. Barthélemy, Ed. Ménard et Desenne, 1820. Un classique du 19e siècle.
"Histoire d'Alexandre le grand", Quintus Curcius, Ed. Garnier, 1932. Une histoire romancée d'un auteur romain qui a beaucoup servi...
"La falsification de l'histoire de la Macédoine", Nicolaos K. Martis, Ed. Ikaros (Hellas), 1984. Un ouvrage de propagande chauvine, malhonnête et imbécile.
"L'impérialisme macédonien et l'hellénisation de l'Orient", Pierre Jouguet, Ed. Albin Michel, 1926. Une référence historique.
"La guerre en Grèce à l'époque classique", P. Brulé et J. Oulhen, Ed. Presses Universitaires de Rennes, 1999. Ouvrage collectif très spécialisé, dont Finley et Vidal-Naquet.
"Guerres et sociétés dans les mondes grecs (490-322)", Patrice Brun, Ed. du temps, 1999. Ouvrage collectif très spécialisé.
"Peuples, mers, navires", Zvi Herman, Ed. Massadah (Israël), 1964. Une histoire des peuples marins de l'Antiquité.
"Eschyle", M. Patin, Ed. Hachette, 1877. Une étude très complète de l'œuvre d'Eschyle.
"Hésiode et les poètes élégiaques et moralistes de la Grèce", E. Bergougnan, Ed. Garnier, 1940. Anthologie excellente d'auteurs de l'Antiquité grecque.
"La Couronne et la Lyre, Anthologie de la poésie grecque ancienne.", Marguerite Yourcenar, Ed. Gallimard, 1979.
"Anthologie de la poésie grecque", Robert Brasillach, Ed. Stock, 1991.
"Les celtes et la civilisation celtique", Jean Markale, Ed. Payot, 1981. Un chef d'œuvre d'érudition sur l'histoire des Celtes.
© Michel Kisinis

Libellés : , , , , , , , , , , , , , , ,

StumbleUpon ToolbarStumble It!

2005-12-30

Humour et philosophie

L'humour d'Aristote
   La profondeur de la réflexion d'Aristote sur tous les aspects de l'amitié et des relations humaines n'exclut pas l'humour. En voici un exemple frappant qui souligne les concepts différents qui sont à l'œuvre dans ces relations.
   "Les gens de pouvoir, eux ont manifestement des amis de deux sortes bien différentes : les uns leur sont utiles, les autres leur sont agréables, mais ils sont rarement les deux à la fois. C'est qu'ils cherchent ni des gens agréables qui aient la capacité d'excellence, ni des gens utiles qui soient là pour de beaux gestes : ils recherchent plutôt, d'un côté, des gens d'humour quand ils veulent de l'agréable, de l'autre, des experts à exécuter les ordres. Ces traits-là, il est rare qu'ils se trouvent chez le même homme." (1)

   A propos de l'homme de bien : "Mais on dit, et c'est vrai, que l'homme de bien fait beaucoup pour ses amis et pour sa patrie : il peut même s'il le faut, mourir en se sacrifiant pour eux. De fait, il se désintéressera de l'argent, des honneurs, et, de manière générale, de tous les biens qu'on se dispute âprement, et il gardera pour lui ce qui est beau." (1)
   Aristote rappelle ainsi à notre "souvenir" comment doit se comporter un homme de bien, contrairement aux sophistes de son époque. Aujourd'hui, devant les caméras de télévision, d'aucuns pérorent, donnant des leçons de philosophie ou de science, en complet veston, plein de morgue, bouffis de suffisance, feignant l'impartialité, mais jamais l'arrogance. Etalons officiels d'une rigueur qu'ils ne connaissent point eux-mêmes, ils affichent une intégrité de façade, étant liés au pouvoir, à un parti ou une entreprise d'importance, ou bien tout à la fois, et s'assurant ainsi de confortables revenus et d'avantages somptuaires. Ignorant le bien public, ils s'en servent communément pour leur bien personnel. Et c'est sur l'autel de leurs carrières qu'ils le sacrifient.
   L'homme de bien ne se paie de bonnes paroles devant un auditoire naïf ou même complice. Il agit. Sylvain Fort insiste sur ce point : "L'Ethique à Nicomaque s'inscrit dans la pensée aristotélicienne de l'acte. L'acte, l'action : voilà ce que vise Aristote." (2) L'acte est ce qui engage réellement le philosophe. Ainsi, Epictète affirmait : "On reconnait le philosophe à ses actes" (3).

   Diogène de Sinope est l'exemple parfait de la définition d'Aristote. Il fut un philosophe pauvre, ne rançonnant aucun de ses élèves et vivant dans le dénuement que lui dictait sa conscience, scandalisant même ses contemporains par certaines applications pratiques de ses idées. En tant que citoyen athénien, il combattit en 338 (avant J.-C) à la bataille de Chéronée contre l'armée macédonienne qui vainquit les Grecs coalisés. Prisonnier enchaîné, il fut amené devant Philippe, le roi des Macédoniens (père d'Alexandre, l'odieux tyran sanguinaire). Et celui-ci lui aurait alors demandé qui il était, alors que Philippe connaissait fort bien l'identité de son prisonnier, déjà célèbre en son temps. Diogène lui aurait répondu : "J'espionne ton insatiabilité !"... (4)

   Un devoir d'insoumission qu'a décrit de nos jours Hakim Bey dans "TAZ" (5), où l'homme se trouve confronté à un environnement technologique intrusif et totalitaire : "En tant que bricoleur, nécrophage de fragments d'information, contrebandier, maître chanteur, peut être même cyber-terroriste, le pirate de la TAZ œuvrera à l'évolution de connections fractales clandestines." Une révolte qui tenaille aussi la conscience de l'artiste, dont j'évoque le rôle et le destin dans mon poème "L'hymne à l'artiste" (6).

   Et nos réflexions sont essentiellement axées sur la conscience et la connaissance, clefs de la compréhension et de la maîtrise. Protagoras n'a-t-il pas dit que l'homme est sa propre mesure (anthrôpos métron) (7), une mesure subjective, parfois démesurée, humaine et faillible... la marque "certaine" de notre supériorité sur toutes les autres créatures de cette planète. Aristote lui avait alors rétorqué que "la connaissance est mesurée par le connaissable" (8). Et nous nous tournons vers Delphes, nous remémorant l'inscription gravée sur le fronton du temple d'Apollon : "Connais-toi toi-même". Enfin, Diogène nous inflige en conclusion cette morsure éthique : c'est "en se reprochant fortement à soi-même ce que l'on reproche aux autres" que l'on peut devenir maître de soi (4).

   La poésie, l'humour, l'art, la philosophie... tout s'entremêle et sublime la pensée.

            Michel Kisinis

---
(1) "L'amicalité" (Ethique à Nicomaque, livres VIII et IX), Aristote, traduction de Jean Lauxerois, Editions A propos, 2002.
(2) "Leçon littéraire sur l'amitié", Sylvain Fort, Ed. PUF, 2001.
(3) "Les Stoïciens", La Pléiade, NRF, Ed. Gallimard, 1978.
(4) "Les cyniques grecs", Ed. Le Livre de Poche, 1992. "Les autres chiens, disait Diogène, mordent leurs ennemis, tandis que moi, je mords mes amis, de manière à les sauver".
(5) "TAZ" (Temporary Autonomous Zone), Hakim Bey, traduction de Christine Tréguier, Ed. L'éclat, 1997.
(6) "L'hymne à l'artiste", Michel Kisinis, paru dans les Cahiers de la Peinture (2004), à la Biennale de Paris (2004) et http://www.kisinis.ch/LPA/hymne.html.
(7) "Les sophistes", Gilbert Romeyer Dherbey, Coll. Que sais-je ?, Ed. PUF, 1989.
(8) "Les choses mêmes. La pensée du réel chez Aristote", Gilbert Romeyer Dherbey, Ed. L'âge de l'homme, 1983.
© Michel Kisinis

Libellés : , , , , , , , ,

StumbleUpon ToolbarStumble It!
Google

art blog kisinis