Kisinis Web Art, le site des Arts et des Artistes

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2010-04-17

Vies en enfer

Sans terre,
Sans famille,
Vies en enfer.


© Michel Kisinis

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2010-04-01

Infortuné poète

Infortuné poète, dont les pas mènent nulle part.
Je t'ai croisé un jour en un chemin, au hasard,
Où j'errais sans but, l'âme tourmentée, blessée.
Foule hagarde où se sont croisés nos regards.
Vifs instants inoubliables, furtif moment d'étrangeté.
Brèves bribes de tendresse passées qui m'égare.
De toutes parts, j'erre, le cœur, de regrets, accablé.
Infortuné poète, sans devises, sans papiers,
Aux biens vains poèmes qui riment sans fin,
Aux vaines passions qui ne riment à rien.
Mon cœur gît là, déchiré, d'amour piétiné.

© Michel Kisinis

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2010-03-23

Le rossignol de mon gardien

Au petit matin, le rossignol de mon gardien,
Joyeux, chante pour saluer l'astre divin.
Ses sifflements jolis reprennent au crépuscule,
Du grincement, accompagnés, de roues minuscules.
Roucoulements de gros pigeons bien incrédules.
Gaiement, l'homme chantonne un air lusitanien
Tout en bousculant ses poubelles l'air de rien.

© Michel Kisinis

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2010-03-18

La fille de la lune

Fière fille de la lune,
Ecris ta belle fortune,
En ton cœur cachée,
Et efface en vers rimés
Toute tristesse inopportune.

© Michel Kisinis

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2010-03-11

Intense et bref amour

Bref
Amour, fugace,
Emporté tel une nef
Dans une tempête de remords tenaces,
Et recouverte de l'écume de regrets sans fin.
Les sentiments partaient en lambeaux, jour après jour.
L'affection la plus tendre eût un bien triste destin,
Se métamorphosant peu à peu en désamour,
Ponctuée de dures paroles sans détour,
Me transperçant les entrailles,
Telles une mitraille.

© Michel Kisinis

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2010-03-10

Noble tristesse

Quoi de plus noble pour un poète
Que de provoquer chez ses lecteurs émotions et sentiments.
Quoi de plus normal pour un poète
Que de dépérir sans fin de ses propres tourments,
Tel un fantôme perdu, maudit et errant.

© Michel Kisinis

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2010-02-16

Noire vestale

Ses longs doigts fins d'onyx ornés faisaient rêver à de tendres étreintes.
Mais l'âme de la vestale, consacrée à de bien ordinaires bacchanales,
Malgré une idyllique figure de déesse antique, était noire et infernale.
Implacable et cruelle, si semblable à ce vil monde aux lueurs éteintes,
Néfaste nixe qui crut m'emporter, perdu à jamais, dans une eau abyssale.
Mon cœur fragile en fut blessé, mais ses tristes visées jamais atteintes.

© Michel Kisinis

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2010-02-14

Un doux tapis de mimosa

Délicatement, lorsque sur le tapis de mimosa éclatant,
Je la couchai avec les gestes du plus doux des amants,
Pour la cueillir à son tour, telle une belle rose d'Ispahan.
Alors, le casque léger de sa longue chevelure d'argent
S'étala sous l'effet de mes baisers les plus brûlants.

© Michel Kisinis

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2010-02-11

Correspondances poétiques

Une petite fleur s'épanouissait en écrivant des poèmes de lumière.
Le poète fut ému et ébloui de tant de sentiments extraordinaires.
Bel échange poétique, me réjouissant
D'un être si sensible à mon écriture,
Et qui m'inspire tant et si joliment.
Je t'offre mes vers telle une parure
Dont je ceins avec bonheur ton front fier,
De mon audace, n'en sois pas si sévère.

De ces petites fleurs inspirées,
J'en hume la senteur, enivré
Par la splendeur et charmé
De leurs vers d'amour brodés.

Comment ne pas être inspirer par de si merveilleuses muses ?!!!
Ni mon esprit léger, ni mes sens aiguisés ne s'en abusent.
Le sage poète réponds en vers à ton attente et s'en amuse.

Ravi de trouver un joli esprit rieur,
Les mots viennent au rimailleur,
Par vagues, en rythme, plaisant labeur.
Merci, chère Célia, du fond du cœur.

Bercé par la musique sidérale, j'écris et je m'immerge dans l'espace profond, traversé par de gigantesques vagues de plasma et d'ondes cosmiques. Je me laisse porter par elles et les mots s'écoulent jusqu'à toi en virevoltant en nuées magiques. Je m'imagine tes yeux brillés à la lueur de ton écran, et étincelés par l'émotion ressentie à la lecture de mes vers.

© Michel Kisinis

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2010-01-31

Divin espoir

Esclave, j'étais.
Courbé, défait,
Si bien tenaillé,
Si fort enchaîné,
Tourmenté de souffrance,
Privé de toute espérance.

Délivré du souffle odieux,
Transfiguré tel un dieu,
Je navigue dans le néant,
L'oubli. Heureux, dérivant,
Sans souvenir inopportun
Des blessures d'aucuns.

© Michel Kisinis

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2010-01-24

Charmante Anett

Michel Kisinis, poète

Charmante et si romantique Anett,
Folâtrant et chantonnant, guillerette,
Tout en faisant une belle cueillette
D'une petite brassée de violettes,
Telle une bien adorable nymphette,
En la sombre forêt de la Tourette,
Et le loup terré dans sa cachette.

© Michel Kisinis

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2009-12-26

Mon cœur, à ta pensée

"Tout est gelé, sauf mon cœur, à ta pensée !"

© Michel Kisinis

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2009-12-04

Le poète maudit

Fragile et sensible, mais faible non pas.
Habile, le poète sublime ses émois.

© Michel Kisinis

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2009-11-19

Rêverie en stage de droit d'auteur

   Sa longue chevelure aux reflets dorés ondulait gracieusement, encadrant un doux visage serein. Ses longs cils noirs semblaient battre au rythme de ses doigts fins qui tapotaient sur son clavier d'albâtre. Ses yeux bleu azur fixaient son écran, la mine concentrée. Et son profil hellénique, doucement éclairé par la lueur bleutée de son ordinateur portable, offrait un charmant spectacle.    Consciencieusement, elle notait règles et usages énoncés par la juriste. Et sur un fond sonore composé d'articles de lois et de jurisprudence, le poète se mit à rêver de muses dansant au beau milieu d'une prairie fleurie de l'Olympe sacré. Lyres, flûtes et tambourins résonnant à travers la vallée et les bois enchantés, où s'entremêlaient chants gracieux, cris voluptueux et rires joyeux. Des senteurs de jasmin, de thym, de romarin et de fenouil s'ajoutaient à la sublime myrrhe des déesses.
   “Le droit moral de l'auteur supplante les droits patrimoniaux”, s'exclama la juriste.
   Et les mots d'Horace me revinrent en mémoire : “Carpe diem, quam minimum credula postero”.
Outé mera, outé nikta, zoi exhassa.
   Plus tard, une artiste participant au stage, s'extasiant devant ma dextérité sur le clavier de mon portable, me demanda de lui donner mes notes. Je lui répondis franchement que je n'avais pris que très peu de notes, connaissant déjà bien le droit d'auteur, et que j'avais surtout écris un poème en prose. Cela fit rire tout le monde.
© Michel Kisinis

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2009-11-09

Marées de larmes II

Une suffisance glaciale
   Malgré mon profond chagrin, j'abordais un autre rivage pour trouver l'affection et la tendresse qui me manquait tant. Mais là, je trouvais une Circé froide et dédaigneuse. Elle aimait ma compagnie, et appréciait de s'entretenir avec moi d'art, d'histoire, de parfums et d'encens. Nous partagions nombre d'affinités et nous allions ensemble visiter agréablement jardins, musées et expositions. Malheureusement, je ne pouvais même pas lui toucher tendrement la main sans provoquer en elle une irrépressible et furieuse colère.
   Le pire de cette étrange relation était, qu'ensemble, nous avions toutes les apparences d'un beau couple d'artistes. A l'occasion de spectacles et d'expositions, elle me présentait à ses amis, et je lui présentais les miens. Et tous étaient ravis de voir ma très chère peintre grecque en couple avec Michel Kisinis, le poète grec. Mais ce simple rôle de faire-valoir, sans aucun échange de tendresse, me faisait vraiment souffrir. Lorsque enfin je rentrais seul après ce genre de ballade, j'étais désespéré.
   Et à chacune de mes gentilles tentatives de rapprochement, elle me rejetait froidement, insensible et insouciante, telle une statue d'Héra, dont l'éclatant marbre blanc pailleté ne capterait même pas la chaleur de l'astre solaire. Le summum de cette triste mascarade fut lors d'une excursion à Auvers-sur-Oise pour visiter les lieux fréquentés par Vincent Van Gogh et par de nombreux autres peintres. Je me suis retrouvé abandonné par cette statue impassible et dure.

“J'errais les larmes aux yeux dans les rues d'Auvers-sur-Oise. L'automne faisait pleuvoir des vagues de feuilles roussies.
Et moi, je serrais des dents pour que mon désespoir n'inonde point la ruelle déserte. Mais une pluie fine tomba et me rafraîchit”.
   Alors, au bout de plusieurs mois de relations très culturelles, mais frustrantes au plus haut point, ma déesse glaciale m'offrit un élégant flacon d'eau de toilette au santal d'Australie afin de mettre fin à une relation qui n'avait jamais vraiment débuter. Ce parfum raffiné, boisé, me plut énormément, moi qui aime les senteurs orientales et fleuries, le benjoin et la myrrhe. Et pour conclure cet adieu bien anticipé, elle me dit sur un ton rassurant que j'étais quelqu'un de très fin et que je me suffisais à moi-même.
   Là, je ne pus retenir un franc éclat de rire. C'était tellement absurde ! Ma Circé polaire faisait de l'humour noir sans s'en rendre compte, ajoutant le ridicule à la cruauté. Pourtant si triste, cette idiotie me fit rire de bon cœur, alors que j'en souffrais tout en même temps, toujours fidèle à mon sacré sens de l'humour. Et mes yeux la fixant profondément, je lui répondis ironiquement : “Oui, bien sûr !”, un large sourire aux lèvres.
   Ma belle walkyrie orientale était complètement déstabilisée. Alors qu'elle avait préparé très soigneusement son discours de rupture à n'en pas douter, elle n'avait sûrement pas prévu qu'il me ferait rire. Telle est ma nature : totalement imprévisible ! De toute façon, je n'avais envie ni d'argumenter, ni de discuter. Lorsque l'on rencontre une telle personne, le mieux à faire est de la laisser dériver toute seule dans son océan glacial peuplé uniquement d'icebergs et balayé par des vents polaires, dans une obscure nuit sans étoile. Elle se suffit à elle-même !
   Le lendemain, elle m'envoya un SMS pour me prévenir qu'il y avait des moelleux au chocolat à deux euros chez Paul.
   Je lui répondis d'une petite poésie :
“Bien plus moelleux,
Et bien moins coûteux,
Est mon cœur amoureux”.
   Quelques jours après, je lui adressais un beau marque-page, acheté au Musée Daubigny d'Auvers-sur-Oise, représentant un magnifique décor mural avec des oiseaux s'ébattant dans un arbre. Au dos, j'écrivis : "Les larmes du poète sont douces, mais il n'y a personne pour y goûter. Kisinis".

© Michel Kisinis

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2009-10-23

Marées de larmes I

Un terrible chagrin d'amour
   Une tristesse infinie emplissait mon âme, n'en finissant plus d'aller et de venir, au gré des marées de mon cœur en souffrance. Des vagues de larmes ruisselaient en moi et me rongeaient les tripes, tel un acide. Je me repliais sur moi-même, miné par une douleur indicible.
   Sévère, elle m'avait dit qu'il fallait tourner la page. Mais cette page brûlait en moi. Elle avait tourné mon cœur, elle l'avait retournée, par sa tendresse et son amour infini.
   J'éprouvais une insoutenable nausée à me sentir ainsi bousculé. Maintenant, je devais couper ces liens, arrêter net le moteur de mes sentiments. D'après elle, c'était nécessaire, indispensable. Mais le moteur n'obéissait pas, ni à la raison, ni aux reproches. Ce satané moteur continuait à tourner, même privé de son inoubliable douceur. Ses maudits soubresauts n'en finissaient pas de relancer d'irrégulières marées de larmes qui se déversaient partout en moi, tels de gigantesques raz de marées emportant tout sur leur passage.
   Mais je ne pouvais pas m'empêcher de penser tendrement à celle qui s'acharnait ainsi, tel Alexandre sectionnant de son glaive le nœud gordien... Elle avait beau y faire, mes sentiments restaient intacts.

© Michel Kisinis

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2009-10-18

Le silence et la détresse

Oh muse silencieuse, de ton mépris le présent
Tresses-en des lauriers faits de petites fleurs
De bruyère, trempés dans l'huile d'oliban,
Et honore l'âme morte du poète en pleurs,
Le cœur défait, dérivant en un désert d'acide inondé,
Aux vagues chaudes, douces et traîtesses.
Le ressac de cette mer délétère donne nausée
Et vertiges, l'engloutissant dans sa détresse.

© Michel Kisinis

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2009-10-07

A l'Aède, mon ami !

Tel Calliope et sa belle lyre,
Tu déclames tes doux délires,
En pianotant tel un satyre.
Sons que je ne saurais ouïr,
Tel Ulysse, mes ouïs clos de cire.

© Michel Kisinis

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2009-09-29

La maîtrise et l'enfer

Je maîtrise fort bien mes pauvres vers.
Or mes idylles deviennent vite un enfer.
Que la Muse me jette un sort maléfique
Afin de perdre mes rimes magnifiques
Et de gagner enfin un bonheur extatique.

© Michel Kisinis

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2009-09-27

Mes larmes et l'infini

Mes larmes ne se sont point taries, elles sont devenues silencieuses.
Mes pensées lumineuses s'envolent pour vite se perdre dans l'infini.
La tristesse accable mon esprit par une passion bien malheureuse.
Et mon âme ne s'est point assagie, en permanence tumultueuse.
Ne pouvant plus ni parler, ni écrire, je jette tout au vent béni,
Mes envies, mes vers et mes dépits, avant que mon âme expire.
Mes sanglots ne se sont point évanouis, broyant mon cœur meurtri.

© Michel Kisinis

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2009-09-13

Le truc du poète

   De temps à autre, un “très amical” commentaire à propos de mes poèmes vient blesser ma sensibilité à fleur de peau. D'expérience, l'erreur à ne pas commettre est de répliquer, d'une façon ou d'une autre. Sinon, le poète passe toujours pour un salaud malpoli, quoi qu'il dise...
   Un jour, quelqu'un de ma famille, se croyant supérieurement intelligent, mais néanmoins n'arrivant pas du tout à comprendre ni la cause, ni même la réalité de mon don de poète, m'a demandé comment je faisais pour “sortir” des poèmes, et surtout aux moments les plus inattendus... pour elle ! J'ai souri sans répondre, et elle me dit alors que je devais avoir un truc pour faire ça. Elle devait s'imaginer qu'il suffisait que j'enclenche un processus automatique dans mon cerveau débile, un peu comme une machine à laver, et hop ! un poème tout chaud ! Alors, comme pour elle, je ne devais pas être plus intelligent qu'une machine à laver, tout autre possibilité était exclue.
   Il y a quelque temps, un artiste, après avoir lu deux de mes poèmes d'amour, m'a dit que j'avais une bonne imagination et que c'était très bien écrit pour de la fiction. D'après lui, c'était un gentil compliment...
   Plus récemment, une amie m'a “complimentée” en m'écrivant que tout ce que je faisais d'original ce n'était que de “tourner les compliments en vers”.
   Toutes ces affirmations sont très réductrices, pour ne pas dire pire. Le poète vit, ressent au plus profond de lui-même passions et sentiments, comme nul autre pareil, et les retranscrit à sa manière, selon son humeur, son style et son inspiration. C'est un don maudit, noyé de larmes, et fait de tristesse infinie, et d'ailleurs, personne n'en veut, ni du don, ni du poète. Un don qui prête à sourire et même à rire aux éclats, sauf pour le poète, bien évidemment.
   Depuis ma tendre jeunesse, où déjà j'écrivais des poèmes désespérés, nombre d'éclats sont venus déchirer mon cœur.
   Et la plus grande cruauté se pare souvent d'un joli sourire, et d'un regard plein de sollicitude, mais très attentif au moindre signe de souffrance... pour mieux en jouir.

© Michel Kisinis

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2009-09-10

Mon coeur brûle

C'est mon cœur qui brûle en pensant à toi, et ce sont mes larmes douces qui en attisent le feu.
© Michel Kisinis

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2009-09-07

Cauchemar

Ni scène, ni galerie pour le pauvre poète maudit.
Seul un désert infini et une pitié qui meurtrit.

© Michel Kisinis

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2009-08-27

Elixir d'amour et noires banderilles

   J'avais versé un doux élixir dans sa bouche et ses appels enflammés ravissaient mon cœur épanoui. Dans ses oreilles, j'en versais aussi quelques gouttes et elle frémissait de plaisir en écoutant les vers que m'inspiraient son amour. Dans son troublant regard illuminé par mes paroles les plus tendres, je vis une passion sans fond et je l'étreignais avec encore plus d'ardeur.
   Mais, à présent, le silence me clout sur place, tel un papillon perdu dans une cité obscure et sans vie, une banderille noire plantée au plus profond de mon cœur. Elle m'a fait oublier un instant toutes les autres qui se sont ajoutées au fil du temps, plantées là souvent avec un certain sourire.
   Dans une fuite éperdue, aveuglé par la souffrance, le papillon finira par périr dans la poussière d'une ruelle déserte, mis en pièce, dépeçé par les mâchoires implacables d'une multitude de laborieuses fourmis. Ses poèmes s'évanouiront alors dans l'immensité de la nuit, perdus à jamais.

© Michel Kisinis

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2009-07-07

Mer d'écueils

Dans le ressac des sentiments tronqués,
Je suis à la peine, brinqueballé, balloté,
Bousculé, je suffoque, le souffle coupé.
La rive, à la mine hospitalière, n'est
Qu'une âpre côte d'écueils jalonnée.
Je ne peux mettre pied à terre pour souffler.
Chaque escale se révèle empoisonnée,
Agonie pour mon âme encalaminée.
Périple sans fin, sans but, et désespéré,
Dans un univers où Antinéa n'est pas née.
Je scelle mon sort à mon esquif plombé
Et resserre mes liens autour du mat brisé.

© Michel Kisinis

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2009-06-18

Vers en longues traînées

Tel un pétrolier abandonné au sein d'une mer déchaînée,
Perdant sans fin sa cargaison au fil des vagues déferlées,
Je laisse filer vers en longues traînées à travers l'éther.
Mots et rimes s'effilochent au vent mauvais, désespérés.
Concepts inachevés, vifs amours avortés, si éphémères;
Déchirants sanglots qui me laminent et me font hurler.
Dons si puissants, mais si vains en ce monde d'enfer.
Heureux et si brefs instants de douce et tendre félicité,
Et une si profonde tristesse pour une terrible éternité.
Pauvre humain anéanti, mais bienheureuse entité,
Mes pensées dériveront jusqu'au fin fond de l'univers.

© Michel Kisinis

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2009-06-06

La détresse et l'amour

   Nombre d'individus prennent plus de plaisir à voir la détresse qu'à donner de l'amour. Il n'y a qu'à regarder le nombre de toutes ces émissions et revues qui déballent complaisemment toute la misère du monde. Devant le spectacle de la souffrance de l'autre, on s'en réjouit, on se sent puissant, supérieur et l'on en oublie ainsi sa propre détresse, sa misère et son impuissance devant l'implacable machine.
   Tels des porcs s'ébattant dans leurs bauges, beaucoup se complaisent à assister à des spectacles dégradants, avilissants, des violences, des crimes qui sont complaisamment mis en scène, et d'autres où le spectacle même est l'humiliation en direct de personnes en détresse. Viols et dissections de cadavres sont offerts aux yeux de tous avec un luxe de détails et un grand soucis de réalisme. Mais tout ce spectacle n'est pas gratuit, il participe à la désensibilisation de notre humanité, à nous habituer à la violence, à nous y accoutumer, telle une drogue. Chacun réclame ainsi sa dose quotidienne de crimes sanglants et retrouve alors une pitoyable sérénité par la mort hantée.
   On ne réclame pas d'émissions de poésie, ni de films romantiques, on exige des viols, des meurtres, des explosions, des destructions massives, toujours plus, toujours plus vite, accumulés en d'absurdes scénarios. Les cours donnés aux enfants mènent tout droit à cette demande. Ils n'ont pas d'atelier d'écriture, de chant, de musique ou de peinture. Non, on leur apprend la lutte, le combat, comment faire mal et terrasser son ennemi. On ne leur apprend pas comment créer de son esprit et de ses mains. Alors que l'on devrait déjà leur apprendre comment ne pas souffrir. Mais tant mieux, car il y aura toujours des spectateurs pour s'en régaler.
   Si tous possédaient la dose d'empathie nécessaire à une humanité consciente, le spectacle de cette souffrance humaine leur serait tout simplement insupportable. Où pourraient-ils aller alors pour y échapper ? Quelle thérapie devraient-ils ingérer pour en guérir ? Car, de toute façon, toute évolution est rejetée, exclue.
   Finalement, c'est à nous de supporter avec stoïcisme ces regards ravis et cruels devant notre propre souffrance, dans une attitude digne et hiératique... jusqu'à la mort.

© Michel Kisinis

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2009-05-28

Amour et philosophie

Sans amour, il n'y a pas de philosophie, ni même de philosophe.

Love and Philosophy
Without love, there is no philosophy or even a philosopher.

© Michel Kisinis

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2009-05-25

Petits boutons de mimosa

Michel Kisinis, photographe et poete Michel Kisinis, photographe et poete Michel Kisinis, photographe et poete Michel Kisinis, photographe et poete Michel Kisinis, photographe et poete
Une gente dame, tourmentée par l'émoi, m'adressa délicatement
Un petit bouquet de mimosa, tendre expression de ses sentiments.
Humant les odorants petits boutons, tels des astres éclatants,
Me revint le doux souvenir du sien qui m'offrait son miel en vibrant.

Michel Kisinis, photographe et poete Michel Kisinis, photographe et poete Michel Kisinis, photographe et poete Michel Kisinis, photographe et poete Michel Kisinis, photographe et poete

© Michel Kisinis

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2009-05-10

Le bain de terre

   Dans un petit jardin public, près de la rue de Tolbiac, je m'étais assis sur un banc pour lire les émouvants échanges épistolaires et amoureux de Jack London et Anna Strunsky*.
   Près de moi, un jeune moineau, à moitié couvert d'un fin duvet grisâtre, s'ébattait dans la terre en piaillant de joie. De son petit bec, tour à tour, il soulevait un peu de terre et fourrageait énergiquement son duvet caduc en battant des ailes, tout en sautillant d'allégresse au beau milieu d'un parterre de fleurs.
   Ce spectacle ravit mon cœur lourd. Une tristesse infinie l'avait submergé, englouti. Que m'aurait-il fallu pour m'en défaire ? Une large coupe d'hellébore ou bien un bain chaud parfumé de miel de thym et d'ambre doré. Mais aucune vestale sacrée embaumant la myrrhe ne vint pour me présenter de tels remèdes.
   Je n'avais qu'un carnet de notes romain, dont la couverture représentait le château Sant'Angelo à Rome, belle reproduction d'une gravure ancienne du XIXe siècle, et m'offrant ses pages blanches à noircir, telles les bras d'albâtre de Calliope m'apportant inspiration et tendresse.
   Je pris alors ce carnet vierge et commençais d'écrire. Il absorba toute ma peine et mon désespoir, et soulagea mon cœur meurtri. Je m'y plongeai, tout comme ce moineau s'ébattant dans la terre, et l'insupportable surplus de tristesse quitta mon esprit pour aller s'étaler sur les belles lignes grises, en formant de longues suites de gribouillis noirs et obscurs.
Le bain de terre pour le moineau,
Le bain de mots pour le poète qui désespère.

         Michel Kisinis

* "L'Amour et rien d'autre, Correspondance Kempton-Wace", Jack London et Anna Strunsky, Edition Phébus Libretto, 2008. L'écriture de cette femme est bouleversante, d'autant que cet amour a été un échec complet. Les deux auteurs, brûlants d'un amour passionné l'un pour l'autre, se sont révélés incapables de mettre en pratique leur propre idéal de l'amour développé dans ce livre. Ce ne sont ni les premiers, ni les derniers...
© Michel Kisinis

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2009-05-07

Les belles girouettes

Les marionnettes, épouvantails de normalité, jalonnent mon chemin
Et oppressent mon esprit.
Les belles girouettes, monstres de versatilité, piaillent bien en vain,
Mais blessent mon cœur.
Le jour venu, et tant attendu, les mots et les images verront leur fin,
Abandonnés à des inconnus sur un trottoir, et bien triste butin.

© Michel Kisinis

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2009-04-27

Amitié et Amour

Michel Kisinis, photographe et poete
L'amitié sublimée par l'amour est éternelle.

© Michel Kisinis

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2009-03-23

Les larmes du poète

Les larmes du poète sont douces, mais il n'y a personne pour y goûter.
© Michel Kisinis

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2009-03-18

La révolte réjouit mon coeur

De mon balcon fleuri, je vis dans la nuit
La rage s'écouler dans la rue déserte.
Belle révolte, mon cœur en fut réjoui.

© Michel Kisinis

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2009-02-28

Nostalgie d'un papillon

Michel Kisinis, photographe et poete


La dentelle du rideau me rappelle celle de sa belle lingerie merveilleusement pleine de ses douces rondeurs.
Mes tendres baisers et mes morsures au travers du tissu si léger exacerbaient tant sa voluptueuse splendeur,
Et mes petites mains étreignaient sensuellement son corps offert, lui transmettant une douce chaleur.
Mes dents pinçaient sa chair tendrement, lui arrachant des cris de plaisir intense et de vive douleur.
Mes lèvres sillonnaient, telles un ouragan, sa peau en provoquant une formidable tempête de douceurs.
Mes doux murmures répondaient à ses appels enflammés, ravivant ainsi sans fin notre sublime ardeur.
Mon pauvre cœur, épris et fragile, ému et endolori, entend encore de son amour les torrides clameurs.
Le papillon bleu est accroché là, comme suspendu au rythme des battements échevelés de mon cœur.
Nostalgie douloureuse d'une belle rencontre amoureuse et de si magnifiques moments de bonheur.


© Michel Kisinis

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2009-01-10

Somptueuse écharpe d'amour

parfum

Ma voluptueuse muse a drapée mon cœur
D'une somptueuse écharpe noire, embaumant
Une capiteuse senteur d'odorantes fleurs.
L'alpaga réchauffe ainsi son tendre amant,
Dont les si douces mains calorifères
Enflamment si profondément sa chair.
Demain, j'en lierais ainsi ses poignets
Et j'abuserai d'elle à volonté,
Bouleversant son cœur tout autant
Que le mien, et de joie, frémissants.

© Michel Kisinis

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2008-12-14

L'origine de mes maux

Tard dans la nuit obscure, j'ai pris le dernier métro.
Adorable figure, et origine de mes maux...
Bien mauvaises augures pour mon cœur meurtri et bien sot.

© Michel Kisinis

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2008-12-01

Douce et ferme volonté

Madame, taisez vos vains chantages
Et vos pitoyables jérémiades,
Ne vous montrant pas à votre avantage.
Cessez cris, larmes et simagrées,
Et cette piètre comédie de poses outrées.
Ma blanche chevelure, vous pouvez couper,
Aussi mes mains menus ou mes pieds,
Briser mon cœur ou mon esprit heurter,
Mais jamais, au grand jamais,
N'attacherez, ni ne trancherez ma volonté !

© Michel Kisinis

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2008-11-28

Absence au petit matin

Au petit matin, la brume se lève sur la tente effilochée,
Au fond d'un bois, et au regard des passants, dissimulée,
Cachant la misère et la solitude, couvert par un odieux silence.
Le froid est passé là, créant une nouvelle et indicible absence.

© Michel Kisinis

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2008-11-09

Un joli ruban de soie bleue

Je suis un doux élixir qui t'enivre d'amour.
J'en étanche ta soif avec tant de passion.
Je soulage et j'enflamme ton corps de mes douces caresses.
Je soigne tendrement tes pieds et tu m'accueilles en toi avec volupté,
Et tu en oublies toutes tes anciennes blessures.
J'ai noué autour de ta belle âme et de ton coeur meurtri un joli ruban de soie bleue.
Tu ne pourra le dénouer, ni jamais l'oublier.
Ma tendre amie, j'aimerai encore te chambouler amoureusement.

© Michel Kisinis

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2008-11-03

Fleurs de bruyère

De la bruyère, les petits boutons roses
Illuminent sur mon balcon l'hivernale grisaille,
Me rappellant le vif éclat de tes yeux clairs,
Lorsqu'un tel émoi t'emporte entre mes bras.
Au prochain été, à mon tour, je t'offrirais,
De mon grenadier, la première fleur.
Puis, délicatement, en ton voluptueux corset,
Je glisserais quelques boutons de mon jasmin
Pour rendre plus enivrantes sa fine dentelle
Et les si belles rondeurs qu'elle recouvre.

Le souvenir de ma barbe embaumant le musc
Te poursuit à travers la ville enfumée, errante,
Et cherchant en vain ce parfum qui te hante.
Mais nul autre pareil à ton doux amant...
Et, les yeux embués, tu soupires en rêvant.

© Michel Kisinis

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2008-09-27

Ma détresse et mon cœur

Ma détresse est si profonde en mon cœur.
Seule la mort saura m'en délivrer avec bonheur.

© Michel Kisinis

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2008-09-22

La beauté de mon amour

L'amour te couvre d'or, te rendant belle pour ton doux poète.
Il m'offre ton vrai visage, celui d'une femme si sensible
Que je ne cesse d'y penser, de l'aube au crépuscule.
Lorsque tu poses tes lèvres sur ma peau brûlante,
Mon cœur bouillant chavire et le bonheur m'étreint.
Nos âmes torturées vibrent à l'unisson, mais pleurent
Sur notre triste destin, amants éperdus et malheureux.

© Michel Kisinis

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2008-09-05

Un joli petit papillon bleu

Alors que la tristesse avait envahit mon âme,
Un joli petit papillon se posa sur mon épaule.
Je m'accrochais à ses ailes pour mieux l'étreindre
Et nous fîmes un merveilleux voyage ainsi unis.
Ses petites écailles bleues teintèrent ma peau
Qui bouillait du feu intense de mon cœur épanoui.
Ses têtins d'amour mordus en garde le sceau.
Sa chair vibrait de tous mes doux assauts,
Gémissant et se tordant à chacun d'eux.
De ses fines ailes les doux battements exquis
M'enivrèrent, nous emportant au paradis,
Mes mains rivées à ses seins si délicieux.

© Michel Kisinis

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2008-07-28

Mon lézard, mon chat et toi

Le petit lezard de Michel Kisinis

Elle avait accrochée deux fins bracelets noirs à mon petit lézard.
Je l'avais harponné de tout mon amour, avec mes plus doux égards.
Et mon chat la fuyait, bien méfiant, et cela jusqu'à son départ.

© Michel Kisinis
Aris, le chat de Michel Kisinis

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2008-07-15

Fleurs d'amour

Aujourd'hui,
J'ai reçu de belles roses de mon amie.
Quel cadeau magnifique et exquis !
Je pense à sa chair que j'ai meurtri
Et j'en jouis.

© Michel Kisinis

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2008-06-23

Poésie et téléphone portable

   Dimanche dernier, j'avais rendez-vous l'après-midi avec une amie pour une lecture de quelques-uns de mes poèmes. C'était devenu comme un rituel. Elle m'invitait de temps à autre pour lui lire ma poésie, tout en buvant du thé et m'offrait aussi une pâtisserie et un verre de liqueur anisé. Puis, nous nous faisons quelques câlins... Nous passions ainsi un très bon après-midi.
   Malheureusement, cet après-midi, j'attendis des heures sans que Anita ne daigne m'appeler comme convenu. Je finis par m'endormir... Lorsque je m'éveilla, l'après-midi s'était écoulé dans l'obscurité d'un sommeil sans rêves, sans poésies, ni câlins. J'étais déprimé. Je sortis alors boire un café, puis parti pour un rendez-vous important.
   A ce moment-là, mon téléphone portable ne cessa de sonner. C'était Anita qui appelait. Comme j'étais très irrité, je ne répondis pas et continua mon chemin. J'avais rendez-vous au Marché de la Poésie avec une femme de lettres, responsable d'une maison d'édition, et je ne voulais pas le rater ce rendez-vous. Ce n'est pas parce que l'on est poète que l'on ne doit pas être ponctuel, d'autant plus que, la veille, j'étais déjà aller au Marché pour voir la belle dame, mais elle était occupée et j'étais parti déçu. Le soir, elle m'avait écrit pour me proposer de revenir ce dimanche.
   Arrivé sur place, je me faufilais à travers toute une foule dense de poètes et de lecteurs. Au stand de sa maison d'édition, la dame était assise, occupée avec son portable. C'était une belle brune, avec de longs cheveux et une bouche sensuelle. Et un geste aussi trivial que celui de tenir dans sa main un téléphone cellulaire n'amoindrissait point son charme.
   Dès qu'elle eû terminée sa conversation téléphonique, je m'approchais pour la saluer. Sans lâcher une seconde son téléphone, la dame me rendit brièvement mon salut et... téléphona à nouveau. Cela devait être pathologique chez elle, elle ne pouvait pas s'empêcher de téléphoner. Je n'avais même pas eu le temps de lui dire un autre mot que "bonjour". Elle m'ignora complètement.
   Je restais là pendant un instant, interdit. Puis, je me repris et je partis du stand pour aller acheter dans un autre stand deux disques de Marc Robine. Ce geste me permit d'oublier un peu la vexation et le dépit que j'avais ressenti avec cette dame. Et je rentrais chez moi le cœur lourd. C'était pas mon jour, ni celui de la poésie !
   La preuve en est faite : le portable nuit gravement à la poésie.

© Michel Kisinis

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2008-06-03

Quelques souvenirs de Marie

Mes paumes si sensibles se souviennent des courbes de ton corps offert à mes caresses.
Et mes doigts si câlins sont nostalgiques de la douceur du ventre de ma maîtresse.
Ma peau brûlante de passion garde de ta peau satinée un souvenir bouleversant.
Mes dents se serrent en pensant à leurs morsures dans ta chair qui en tremblait.
Mes oreilles résonnent encore de tes doux murmures et de tes vifs gémissements.
Mes yeux revoient ton visage éclairé par les vagues de plaisir que je te donnais,
Et l'éclat doré de tes yeux kaki quand tu me regardais avec tant d'amour,
Après tous ces jeux qui te menaient à l'extase avec ton si doux amant.

© Michel Kisinis

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2008-05-15

Voluptueuse Astarté

Ma chère Muse,
Le moindre de vos messages est un baume salvateur.
Mes baisers pourront-ils un jour entrouvrir votre coeur ?
Ils sont pourtant assez brûlants pour l'enflammer.
Mes vers ne percent-ils pas votre tendre carapace ?
Ils sont pourtant assez troublants pour l'entamer.
Vos sourires m'émeuvent et vos caresses me feront défaillir.
Vous hantez mes nuits et j'imagine vos mains me retenir.
Captif de votre volupté et de mes plus fous désirs,
Mes bras vous étreindront à n'en plus finir.

© Michel Kisinis

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2008-05-07

Mes baisers tendres

Ma douce enchanteresse,
Mes baisers tendres sur ton con offert à toutes mes fantaisies.
Tes cris bouleversent mon coeur,
Tes morsures excitent mon désir,
Tes griffures exacerbent mon envie,
Et ton amour me fait perdre l'esprit.

© Michel Kisinis

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2008-04-18

Dentelles en fumée

Dites-moi si vous avez de beaux dessous en dentelle
Pour vous rendre encore plus désirable et plus belle.
J'aimerais tant vous faire douce violence
Et jouir de votre si tendre présence.

Sous mes baisers enflammés, vos dentelles voleront en fumée.
De ma passion et de mon vis, votre corps sera à la merci.
Vos lèvres, je mordrais, et votre peau, je lécherais.
Vos douces mains liées par des rubans de soie exquis,
Lascive et provocante, vous m'offrirez
Votre corps si sensuel pour me combler.
Somptueuse maîtresse, tendre martyr,
Sans autre limite que notre plaisir,
Nous nous aimerons jusqu'à en être épuisé.

Ma douce amie, ma douce maîtresse,
Jamais je ne serai assouvi de ta tendresse.

© Michel Kisinis

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2008-04-07

L'ultime moment

Le désespoir étreint mon cœur d'une main d'érain.
Mes larmes coulent sur les pages d'un livre si inutile.
Mes pauvres vers s'écoulent de mes doigts si fragiles.
J'attends l'ultime moment où je serais enfin serein.

© Michel Kisinis

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2008-03-31

Le thé à deux

   Marie m'avait conseillée de lire "les petits oiseaux" d'Anaïs Nin. C'était vraiment très excitant comme lecture... Ma lectrice m'écrivit ensuite qu'elle voulait avoir un "thé à deux" pour pouvoir lire ce livre avec moi ! chez moi : chacun à notre tour, nous lirions une page, tout en buvant du thé à la menthe, entourés de volutes d'encens, de jasmin, de benjoin et de musc, avec en fond musical la voix de Georges Dalaras. Elle remonterait ses jupons rouges et violets, et mon chat Aris ronronnerait sous la caresse de ses doigts... Après une longue hésitation... d'une fraction de seconde, j'acceptais sa proposition.
   Quant elle vint enfin me voir avec son livre, quelques jours plus tard, je préparais fébrilement le thé et mis du benjoin, du musc et de l'ambre doré dans mon brûle-encens. Un nuage de fumée au parfum entêtant envahit le salon et je lui dis en souriant :
– Ah, petite friponne ! Maintenant, nous allons boire ce thé brûlant avec du miel grec, de la cannelle et de la muscade.
   J'y ajoutais aussi un peu de noix de tonka au goût exotique si vanillé. Ses sens allèrent alors être exacerbé par toutes ces épices, fin prête à la volupté.
   Marie était radieuse. Elle s'était installée confortablement sur le canapé et avait enlevé ses petits escarpins noirs. Elle me regardait préparer tout ce rituel avec un tendre sourire. Nous bûmes tranquillement notre thé tout en nous dévorant des yeux, n'osant pas encore nous toucher. Puis, elle commença à lire son livre et l'excitation s'amplifia très rapidement. Et je commençais à œuvrer sensuellement à ses côtés... tous deux enivrés par les effluves de l'encens et de l'amour. Je parfumais sa tendre nuque de santal blanc avant de la mordre amoureusement. Mais je la mis en garde de ne point laisser son émoi interrompre sa suggestive lecture, malgré toutes mes douces tortures, sous peine de gages de luxure.
   Relevant peu à peu ses légers jupons fleurant bon le jasmin, mes baisers l'enflammèrent. Et c'est elle qui ronronna sous la caresse de mes doigts pénétrant doucement son tendre sillon. Sa belle culotte de satin glissa lentement le long de ses cuisses, frémissantes sous de plaisantes morsures. Et son livre tomba à ses pieds, sur sa culotte mouillée.
   Nous bûmes dans une même coupe du vin de Samos, additionné de miel et de myrrhe. Et une divine ivresse nous emporta très loin.
   Marie me livra alors sans combat ses doux et chauds atours. J'y répandais de l'huile d'argan afin de la masser avec amour. Je les pinçais malicieusement, prenant grand plaisir à les voir gonfler et durcir entre mes mains joueuses, aidées de langoureux et humides suçons. Je dégustais goulûment ce mets de choix où s'étaient mélangés le goût de ses mamelons et celui des noisettes grillées de l'argan. Les yeux mi-clos, Marie gémissait doucement tout en se caressant gentiment la fente.
   Puis, je fis couler un long filet de miel chaud sur son ventre en feu, que je léchais avec avidité pour mieux le livrer à sa langue gourmande. Nos langues se lièrent ainsi avec passion, s'échangeant avec frénésie nos joies et nos saveurs.
   Son émoi la fit chanter une ode d'amour enflammé et, sur l'air mélancolique d'un rebetiko, l'agrippant par les hanches, je la retournais pour enfin la prendre avec encore plus d'ardeur. Ses gémissements accompagnèrent mes halètements et elle s'offrit plus encore à ma terrible étreinte. D'une main caressant son sein rond, et de l'autre son merveilleux bouton, je la pénétrais au plus profond. Ses cris se mêlèrent à mes râles, et nous jouîmes ensemble dans un fort mouvement, rythmé d'intenses spasmes qui nous laissèrent épuisés et heureux.
   Finalement, nous avions bien vite oublié son livre pour écrire le nôtre.

© Michel Kisinis

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2008-03-27

Un si grand besoin d'amour

D'amour, j'avais si grand besoin,
Et du sien, elle me fit don entier.
Sa main guida la mienne avec soin,
Et l'extase la transfigura en fée,
Lui redonnant jeunesse et vitalité,
Sous le feu de mes tendres baisers
Et de nos mains unies dans la volupté.
Lovée tout contre moi, elle s'abandonnait
Avec de doux murmures, si passionnés.
Et de toutes mes forces, je l'aimai.

© Michel Kisinis

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2008-03-24

Mon cœur trempé

La pluie glacée trempe mon cœur brisé.
Eperdu, dérivant à travers les rues,
Des passants, mes larmes passent inaperçues.
Ne suis-je pas tout autant mouillé.

© Michel Kisinis

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2008-03-17

L'effronté poète

L'effronté poète rêve à ses rudes baisers incandescents
Et à sa terrible étreinte qui le laissera à demi conscient.
Triomphante, sa belle muse s'en réjouira bien cruellement.
Malheureux poète qui a d'amour tant besoin et si pressant.

© Michel Kisinis

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2008-03-16

Docteur Kisinis

   Ma chère et douce Flora,
   Je vais être franc avec vous. Vous avez besoin d'un bon régime !
   Oui, vous avez besoin d'un régime complet d'Amour !
   Il doit être composé des éléments suivants :
– de sentiments passionnés,
– de tendres baisers,
– de charmantes caresses,
– de doux regards,
– de petites morsures,
– d'affection sincère,
– de larmes de joie,
– de massages torrides,
– de mots câlins,
– d'extase sans fin,
– de chaleur intense,
– et, sans oublier, de poésie amoureuse.
   Ma prescription est sans limitation de durée, à prendre à doses massives. Ne pas hésiter à dépasser les limites convenues.
   La liste n'est pas exhaustive.
   Je peux vous délivrer l'intégralité de cette ordonnance quand vous le désirerez, à domicile.
   Cette thérapie n'induit aucun effet secondaire, si ce n'est l'Amour le plus total.
   Mon service amoureux est gracieux et sans frais, fonctionnant sur la base d'une réciprocité complète et entière.
   A votre service !
      Votre dévoué et tant épris,
      Michel Kisinis
      Diplômé de l'Ecole de Médecine douce d'Aphrodite

© Michel Kisinis

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2008-03-14

Ton merveilleux giron

Je ravirais ton merveilleux giron,
Tes hanches par mes mains enchaînées.
Ton amour échancré par mes baisers
Cédera en une somptueuse explosion.

© Michel Kisinis

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2008-03-09

Kisinis en vente sur Internet

   Tôt ce matin, je me suis connecté à Facebook pour voir mes nouveaux messages. Je commençais à être harcelé par des spammeurs professionnels et des fans de l'avocat d'affaires. Je ne sais pas comment ces gens avaient pu croire un instant que je pouvais accepter leurs demandes d'amitié. Ils avaient sûrement visité mon site avec leur moniteur éteint ou bien avec un smartphone.
   Aujourd'hui, je n'avais aucune nouvelle proposition absurde. Mais une ligne ressortit dans la liste des infos : une nouvelle de "Friends for sale". Ce jeu dans Facebook permet à chacun d'acheter et de revendre virtuellement ses ami(e)s. Je trouvais ce jeu franchement immoral et ne l'utilisait que très peu... n'ayant pas pu m'en empêcher.
   Et là, je vis que Flora venait de m'acheter comme "pet", animal de compagnie. C'était la première fois que l'on m'achetait... Je n'aurai jamais imaginé l'effet que cela pouvait provoquer en moi. Je sentais sa main étreindre mon bras, ses boucles blondes me frôler, son parfum subtil et discret m'envahir. C'était comme si elle m'avait mordue tendrement dans le cou. Et j'en étais tout ému...
   J'aurai bien aimé l'acheter à mon tour, et d'ailleurs – franchement – j'y avais déjà pensé depuis un moment... mais le prix d'achat de Flora était prohibitif, et moi, dans ce petit jeu très pervers, je ne disposais que d'une somme complètement dérisoire... Quoi de plus normal pour un poète !!!
   Je me rabattais alors sur "La Vie Réelle"... A notre prochaine rencontre... bientôt... je lui rendrais peut-être sa petite morsure au centuple...

© Michel Kisinis

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2008-03-04

Amour et thé vert

   A défaut de m'avoir donné son amour, Ilissa m'avait donnée une boîte de thé vert à l'anis. Cet après-midi, j'ai fini par l'ouvrir, le cœur emplit de tristesse. J'ai extrait un sachet et je l'ai plongé dans l'eau chaude. Je le regardais s'y enfoncer et j'imaginais que c'était elle que je tenais ainsi. L'eau chaude ne pouvait que réchauffer ses sens et son cœur.
   Alors que l'eau s'était teintée rapidement, j'ajoutais trois cuillères de miel grec pour la rendre moins amère, et une bonne pincée de cannelle pour la rendre plus douce, tout en étant épicée.
   Quand je bus enfin ce thé, une agréable chaleur envahit mon corps, puis mon esprit. Et je serrais si fort ce bol si chaud...

© Michel Kisinis

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2008-02-27

Amour et livraison

   Des fois, l'amour, c'est comme la Poste... Le colis est livré au mauvais destinataire. Le malheur est que vous vous êtes vous-même trompé de destinataire, la Poste n'y est pour rien...
   Alors que vous êtes obnubilé par une dame avenante qui vous lance des œillades langoureuses, vous ne voyez pas la femme discrète, silencieuse, qui se tient juste à côté, timidement, et qui va pleurer en cachette.
   Ce que vous voyez est factice, et ce que vous ne voyez pas est bouleversant...
   Et le meilleur remède à l'amour est l'amour.

© Michel Kisinis

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2008-02-22

La vie nouvelle d'Orhan Pamuk

   Je viens de lire "La vie nouvelle" d'Orhan Pamuk, écrivain turc, prix Nobel de littérature en 2006, publié chez Folio. C'est une histoire d'amour émouvante, pleine de tristesse, de mélancolie et de poésie.
   Voici deux citations qui m'ont marqué pour des raisons politiques :
– "Le fait que les qualités de cette arme aient été éprouvées depuis tant d'années par tant d'amateurs de la gâchette, militaires, veilleurs de nuit, policiers ou boulangers, sur les corps d'un grand nombre de rebelles, de voleurs, de séducteurs, d'hommes politiques ou de crève-la-faim, lui accordait à mes yeux un intérêt particulier".
– "Ceux qui remarquent avec surprise que, dans les pays musulmans, les rayons des bibliothèques sont remplis de livres où foisonnent les commentaires et les annotations manuscrits devraient, au lieu de s'en étonner, lancer un coup d'œil aux multitudes d'hommes brisés que l'on croise dans les rues".

   Orhan Pamuk a fuit la Turquie en 2007 après avoir été harcelé par le gouvernement et avoir reçu de nombreuses menaces de mort...

© Michel Kisinis

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2008-02-17

Passion et noisettes

L'amour rend bête, dit-on. Moi, la passion me rend meilleur, elle m'apaise et exacerbe mon empathie.
   Alors que je commençais à lui caresser tendrement le bras, Ilissa ne réagit pas. Elle jouait à merveille son rôle de statue de marbre. Elle me parlait calmement, mais l'émotion submergeait ses sens, sa voix avait changée. La douce caresse de mes doigts sur sa peau fine continuait, et je sentais bien que mon geste la bouleversait, mais elle n'en laissait rien paraître, du moins le croyait-elle... J'aurais voulu la prendre dans mes bras, mais nous n'étions pas seuls à cette soirée. Mon amour marmoréen avait intelligemment organisé ce dîner de façon à ce que je ne puisse pas lui sauter dessus... De toute façon, je n'aurai jamais fait cela... Je le jure !!!
   Entourés d'amis, nous étions côte à côte, nous touchant très tendrement et très discrètement, comme des adolescents. Ma frustration était à son comble, et, malgré tout, ces petits gestes de tendresse me ravissaient. Nous nous regardions avec amour et son cœur devait battre aussi fort que le mien, alors qu'elle s'efforçait de conserver une attitude désinvolte, empreinte d'une grâce toute naturelle.
   Ilissa faisait systématiquement semblant de ne pas s'intéresser à moi, alors qu'elle n'avait de cesse de m'épier sur Facebook et de lire sur mon blog les poèmes enflammés que j'écrivais pour elle. Elle faisait comme si elle ne les avait pas lu... Alors, qu'en fait, mes vers avaient dû la transpercer de part en part, tel un destroyer atteint par un missile Exocet. La soute à munitions avait alors explosée, répandant un feu intense... Et ma magnifique Ilissa serrait des dents... presque impassible.
   A l'heure du départ, elle me demanda :
– Michel, pourquoi m'as-tu offert ce paquet de noisettes ? Elle était fort intriguée par mon curieux cadeau. En plus, il faut casser les coques pour les manger. C'est pas pratique !
– J'aimerai que tu me casses les noisettes, Ilissa.
   Elle éclata de rire, surprise de cette réponse inattendue.
– Ah bon, je ne te les casse pas assez ! s'exclama-t-elle, incrédule.
– Non, pas assez...
   Dans l'ascenseur, je la coinçais dans le fond de la cabine, appuyant mon corps contre le sien et je lui pris la main tendrement. Elle ne broncha pas. Je l'aurai bien prise dans l'ascenseur, comme une bête, mais il y avait toujours ce foutu ami avec nous. Alors, nous nous quittâmes tristement dans la nuit, une nuit glaciale où, après, des rêves intenses me tourmentèrent sans fin. Des rêves où une statue sensuelle et chaude venait abuser de moi...
© Michel Kisinis

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2008-02-14

La statue de marbre

J'effleure son genou discrètement.
Mon cœur bat la chamade, je défaille.
Mais elle ne réagit point, et aucun gardien de musée n'intervient,
Et aucune sonnerie d'alarme déclenchée par mon rythme cardiaque.
Ma muse reste de marbre, les yeux dans le lointain.
Et moi, je pleure de mon adoration idiote pour une belle statue de marbre.
Peut-être faudrait-il un grand four à micro-onde pour la réchauffer suffisamment.
Peut-être faudrait-il aussi des balles perforantes pour atteindre son cœur.
Peut-être quelques larmes seulement suffiraient à fendre cette dure carapace ?
Une envie folle de la mordre tendrement m'étreint et me submerge.
C'est sûr, je vais m'y casser quelques dents...

© Michel Kisinis

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2008-02-06

Pornographie et avocat d'affaires

   J'entrais dans la librairie à côté de chez moi. Mes livres devaient être bien arrivés. Du fond de sa boutique, la libraire se précipita en me voyant. Elle se dandinait gracieusement dans son beau tailleur bleu et pris son air le plus amical, un peu trop mielleux à mon goût. J'aimais le dessin de ses lèvres. C'était une des choses qui me motivaient le plus pour entrer dans cette librairie, après les livres bien sûr !
- Ah, Monsieur Kisinis. Comment allez-vous ? Vous désirez commander quelque chose aujourd'hui ?, fit-elle en me lançant un doux regard, avec son fard bleuté et ses longs cils.
- Non, je viens chercher ma dernière commande.
- Ah, oui, je me rappelle maintenant. Elle perdit brusquement son air charmeur et feuilleta nerveusement son carnet de commandes.
- Je suis désolée. Monsieur Kisinis. Je n'ai pas encore vos livres. J'ai dû mal à les obtenir, fit-elle en prenant un air sincèrement désolé.
   Je tendis alors mon index vers la première rangée de livres qui s'offrait au regard des clients quand ils entraient dans le magasin. Il y avait là une bonne demi-douzaine de livres sur la vie privée de l'avocat d'affaires.
- Toute cette pornographie est sûrement plus facile à trouver ! Je repasserais dans quelques jours. Au revoir ! Je sortis très énervé, laissant la libraire sans voix, livide.

   Quand je revins à la librairie au bout de quelques jours, je retrouvais ma libraire préférée. Je lui parlais très gentiment, et puis mes livres étaient enfin arrivés. J'attendais Salammbô depuis trop longtemps. C'était parfait ! Et la libraire n'avait pas l'air de me faire la gueule. Je lui achetais en plus un recueil de poésies de Pessoa.
   Payant mes achats à la caisse, je m'aperçus subrepticement que tous les livres sur la vie privée de l'avocat d'affaires avaient disparu du principal rayon. Je n'ai rien dit, mais je fis alors un grand sourire à ma libraire préférée qui me le rendit avec une telle grâce que j'eus une furieuse envie de lui rouler un patin d'enfer.
   Je sortis de la librairie avec un air triomphant. Je venais de gagner une bataille contre l'avocat d'affaires.
© Michel Kisinis

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2008-02-02

Ma princesse bédouine

Mes songes vont à une princesse bédouine.
J'aimerais être le vampire de ses rêves.
Mes baisers couvrent sa douce poitrine.
Je mords son cou fiévreusement
Et l'étreins follement sans trêves.
Mais je m'éveille alors tremblant,
Seul, et le souvenir de cette mutine
Hante mes journées sans agréments.
Cette nuit, j'allumerais mon brûle-encens.
Et attirée par les senteurs d'Orient,
Viendra ma belle princesse bédouine,
Enivrée des vapeurs de musc et d'ambre.
Ma dulcinée se pâmera dans ma chambre
Et succombera à la myrrhe de son amant.

© Michel Kisinis

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2008-01-04

Ta bouche

Douce Muse
Ta bouche inspire l'amour passionné
Et elle exprime paroles de vérité.
Viens vite arracher mon coeur malmené.

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Sweet Muse
Your mouth inspires passionately love
And she expresses words of truth.
Comes fast to tear away my manhandled heart.
© Michel Kisinis

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2007-12-16

Une dame cruelle

Une dame cruelle vient souvent me visiter,
S'invitant sans cesse à me tourmenter.
Son étreinte me transperce, rythmée
De rudes pulsations qui me laisse défait.
Un jour, une jolie muse s'en apitoyait
Et ses douces mains furent attentionnées,
Mais bien impuissantes à me soulager.
Le souvenir de son regard me fait trembler.
Un jour, de cet enfer sans fin, lassé,
J'empoignerais mon glaive effilé
Pour occire ce démon sans pitié.
Sans vie, de tout son sang vidé,
Ma carcasse ne pourra plus être torturée.

© Michel Kisinis

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2007-12-07

Le chant des Sirènes

Les ténèbres ont drapées mon navire.
Accroché au mat, secoué par les flots,
De noires sirènes se jouent de moi,
Et j'entends leur maudit chant qui me mine.
Ma nef sombre dans des eaux d'encre.
Sans scaphandre, je l'accompagnerais.
Voiles et cordages claquent au vent.
Et le nez au ciel, mon cœur vibre
Au chant des étoiles qui m'appellent.

---

The Siren Song
Darkness draped my vessel.
Hung on the checkmate, shaken with streams,
Blacks sirens deceive me,
And I hear their cursed song which undermines me.
My ship sinks into ink waters.
Without diving suit, I would accompany him.
Veils and ropes click in the wind.
And the nose in the sky, my heart vibrates
With the song of the stars which call me.

© Michel Kisinis

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2007-12-04

Rapports humains

   Croyant honorer respect et fidélité, d'aucuns vouent un culte démoniaque à la soumission et à la servilité.
   Le mépris doit être à la mesure de leur pouvoir.

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Human relations
Believing to honor respect and allegiance, some dedicate a demonic cult to the submission and the servility.
Contempt has to be for the measure of their power.
© Michel Kisinis

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2007-12-02

Des raisins trop verts

   Récemment, je visitais avec un ami journaliste l'exposition des dessins du peintre Polidoro da Caravaggio au Musée du Louvre. Nous regardions avec admiration les œuvres accrochées aux cimaises, lorsque notre attention fut attirée par une femme qui passa près de nous. L'inconnue détaillait chaque dessin d'un regard très professionnel, une peintre peut-être. Je me mordais la lèvre... Je jetais un regard interrogateur à l'ami journaliste. Celui-ci fit une moue dédaigneuse et me souffla à l'oreille :
- Elle n'est même pas belle !
   Je regardais de nouveau la femme qui s'éloignait en ondulant grâcieusement, avec sa robe qui tournoyait de tous ses volants, laissant derrière elle un sillage de senteurs d'ambre et de musc.
   En humant ce délicieux parfum qui me rappelais tant l'Orient, les yeux rivés sur sa belle silhouette, je répondis :
- Tu as raison, Maître Renard, ces raisins sont bien trop verts.

07-12-2007 – Sur Facebook, j'ai ouvert un groupe de discussion "Poésie en ligne" afin parler de poésie :
Poésie en ligne sur Facebook
Vous pouvez m'écrire pour que je vous envoie une invitation pour l'inscription.

© Michel Kisinis

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2007-11-01

Une ville antique effacée par la barbarie

Avec le Zeugma Express, visitez la Turquie !

"C'était au temps des Grecs sur le Xanthe une cité,
Mais elle gît maintenant, pareille à d'autres,
Plus grandes, effacée du jour, ravie
Par un coup du destin à sa lumière sacrée."

   Ces vers du grand poète allemand Hölderlin me revinrent en mémoire quand je lus ce que raconte un site turc en français pour attirer les touristes français en Turquie :
"Soyez les bienvenus dans le carrefour des peuples et des civilisations !
Remontez le temps à travers 10 000 ans d'histoire et découvrez les vestiges archéologiques de 13 civilisations...
Contemplez les extraordinaires richesses géologiques de la Cappadoce, visitez la maison de la Vierge, découvrez les lieux où vivaient les premiers chrétiens, percez les secrets des Derviches Tourneurs, plongez vous dans les mosaïques de la cité engloutie de Zeugma..."
   Zeugma fut une ville hellénistique, gréco-macédonienne, fondée vers 300 av. J.-C. par Séleucos Ier, un général d'Alexandre, fondateur de la dynastie des Séleucides. Elle réunissait deux cités plus anciennes : Apamée et Séleucie.
   L'Etat turc, dans sa logique destructrice des peuples, des civilisations, des cultures et des vestiges qui lui sont totalement étrangers, a entrepris, à partir de 1995, la construction d'un grand barrage sur l'Euphrate afin de s'accaparer d'une grande partie du débit du fleuve au détriment de ses voisins, la Syrie et l'Irak. Le résultat fut la destruction quasiment totale du site archéologique de Zeugma, sans parler des populations kurdes et turques qui furent alors dépossédés et déplacés de force, comme à l'habitude... Les Arméniens, les Juifs, les Arabes chrétiens et les Grecs sont partis depuis longtemps de cette région devenue inhospitalière... Plus d'une vingtaine de sites archéologiques furent alors détruits sans aucune fouille, ni mesures de préservation et trente milles personnes déplacées.
   Avec des manières de pillards, et avec la collaboration d'archéologues français, les mosaïques furent prélevées à la hâte avant la destruction et installées dans le musée archéologique de Gaziantep. Et ce sont ces mêmes mosaïques qui servent maintenant à l'Etat turc pour attirer les touristes...
   "Zeugma Express ! Venez admirer les magnifiques débris des vestiges que nous avons détruits !"
   Ils peuvent bien tout détruire, mais leurs crimes sont inscrits dans notre mémoire. Et nous ne sommes pas prêts d'oublier.
© Michel Kisinis

Addendum
D'après l'Armenian National Institute (USA), la ville moderne de Birecik, très proche de Zeugma, fut un lieu de massacre et de déportation des Arméniens lors du génocide arménien. Et l'AGA (Allemagne) note que le barrage de Birecik a détruit la forteresse médiévale arménienne du monastère de Hromkla.

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2007-10-25

Ode à l'avocat d'affaires

Je chante mes belles rimes,
Seules armes en mon for
Contre la pire vermine.
L'harmonie est mon seul or.
Ainsi versant la vérité
De ma langue déliée,
Sur la race des menteurs,
L'âpre nectar, si indigeste
A leur plus grand meneur,
Soit en paroles, ou en gestes.

© Michel Kisinis

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2007-09-25

Le chat poivrot

Il se soûla le chat poivrot
De vin de Samos.
Tant va le minou au goulot,
Qu'il se lasse.


---

The soak cat

He got drunk the soak cat
Of Samos's wine.
So much goes the kitten to the neck,
That it grows tired.


© Michel Kisinis

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2007-09-01

Oublie-moi

Les mélopées de Placebo bercent ma rêverie.
Quand reverrais-je ses lèvres vives et sa voix
Qui chante doucement à mon âme meurtrie ?
Sa main étreint mon bras et j'en frémis.
Ses yeux clairs scrutent mon émoi.
Et tout en restant de marbre, je lis
Toute la tristesse en son bel esprit.
Et un lancinant "Protège-moi"
Répète la chanson qui jamais ne finit.
Mon dieu, quand viendra l'éternel oubli ?
Survient un singulier instant, douce amie,
Et un écho murmure sans fin "Oublie-moi".

---

Forget Me

The music of Placebo rock my musing.
When would I see again the lively lips and the voice
Which sings slowly to my bruised soul?
The hand embraces my arm and I shiver with it.
The clear eyes scrutinize my emotion.
And quite in marble remainder, I read
All the sadness in its beautiful spirit.
And a stabbing "Protect Me"
Repeats the song which never finishes.
My god, when will come eternal neglect?
Arises a peculiar moment, sweet friend,
And an echo murmurs unlimited "Forget Me".

© Michel Kisinis

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2007-08-21

L'enflure du pouvoir

Le "Tao-tê-king" est à la fois une œuvre de poésie et de philosophie, écrit par le philosophe chinois Lao-tzeu vers 450 av. J.-C. Certains passages sont si “drôlement” d'actualité. Comme je l'ai écrit dans mon texte "L'humour d'Aristote" : “la poésie, l'humour, l'art, la philosophie, tout s'entremêle et sublime la pensée”. Et ainsi, rien n'est plus subversif...
Michel Kisinis

“Qui se dresse sur la pointe des pieds est chancelant
Qui marche à pas glorieux couvre peu de distance
Qui fait parade de soi-même est sans éclat
Qui se donne raison n'est pas mis au pinacle
Qui vante ses talents passe pour sans mérite
Qui se targue de ses succès prépare sa chute
Ce sont là pour la Voie
Des rebuts de mangeaille ou des enflures vaines
Tout un chacun en a dégoût
Et l'homme de la Voie s'en détourne.”

Lao-tzeu

---
"La Voie et sa vertu, Tao-tê-king", Lao-tzeu, traduction de François Houang et Pierre Leyris. Ed. du Seuil, coll. Points Sagesses (Sa16).

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2007-08-19

Délivrance

Michel Kisinis, photographe et poeteQuand le vent de mon désespoir glace mon visage figé
Et que je sens les cellules de mon corps prêtes à se désagréger,
Une cruelle douceur m'envahit en vibrant.
La mort m'appelle.
La mort m'appelle et je suis prêt à me disperser.
Une douleur si douce me caresse si tendrement.
Le néant m'appelle,
Et je sens son souffle sur mon cœur.
Palpitations exquises où la vie s'unit à la mort.
Angoisse et effroi devant le spectacle de la vie.
Les marionnettes s'agitent par saccades dans le vide.
Et je me sens éclaté, vivre une mort vivante,
Une mort vivante, rampante et sinueuse.

Délivrance du vide,
Je poserai mes mains sur ta peau
Satinée, noir d'ébène.
Ta bouche se posera sur mon cœur,
Et tes lèvres glacées me feront frémir.
Ton premier baiser me donnera la mort,
Mon sang jaillira de mon coeur meurtri
Et nous tomberons tous deux à terre.
Sans vie.
Après ne l'avoir jamais connue.
---

Delivrance

When the wind of my despair ice my set face
And I feel the cells of my body ready to desagregate
A cruel sweetness fills me with vibes
Death calls me
Death calls me and I am ready to disperse
A pain so sweet caress me so tenderly
Nothingness is calling me
And I feel his breath on my heart.
Exquisite palpitations where life united with death.
Anguish and fright for the show of life.
Puppets agitating in emptyness.
And I feel broken, living a living death,
A living death, creeping and sinuous.

Deliverance of emptyness,
I will put my hand on your skin
Satined, of black ebony.
Your mouth will rest on my hearth,
And your iced lips will make me quiver.
Your first kiss will give me death,
My blood will spurt from my wounded heart
And we will fall both on the ground.
Lifeless.
Not knowing of it ever.

Michel Kisinis, photograph and poet
© Michel Kisinis

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2007-07-31

Le chat et son herbe magique

Michel Kisinis, photographe et poéte

Tendant une petite feuille de nepeta à mon chat,
Je le taquinais en tapotant son petit minois.
Machouillant consciencieusement la plante,
L'euphorie gagna Aris, mis en grand émoi,
Se roulant par terre, en miaulant de joie
Et mordillant gentiment ma main caressante.
---

The cat and its magical herb

Giving a small leaf of nepeta to my cat,
I teased him by patting his small little face.
Chewing the plant conscientiously,
The euphoria gained Aris, greatly excited,
Rolling on the ground, mewing of joy
And gently nibbling my stroking hand.


Michel Kisinis, photographe et poéte

© Michel Kisinis

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2007-06-24

En traversant le pont de Choisy-le-Roi

pont de Choisy-le-Roi

   Hier, traversant le pont de Choisy-le-Roi pour aller voir l'exposition de Laurence, j'ai senti mon cœur se contracter à la vue du paysage de désolation.
   Tout n'était que cubes de béton et ordures là où j'avais connu maisonnettes, champs, vergers et herbes folles.
   J'ai détourné le regard pour ne plus voir ce sinistre spectacle et je vis ce fauteuil vide au faîte d'un élément d'arrimage rouillé, au bord de la Seine, près du pont.
   Il me divertit un instant de ce paysage déprimant... un instant seulement...

© Michel Kisinis

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2007-05-21

Pourquoi j'ai accepté

Pourquoi j'ai accepté de soigner les hémorroïdes de Nicolas
Par Narbé Trocher*
   Conflits moraux ou émargements publics, j'ai toujours été et je demeure un militant de tous ces combats qui souvent ont fait la grandeur de ma carrière. Depuis 1968, j'ai agi pour la défense des mêmes idéaux. Aujourd'hui, Sinistré, j'ai décidé de développer largement ce travers.
   Après quarante ans d'action humanitaire et de batailles politiques, nous allons poursuivre nos efforts en soutenant une mondialisation implacable et en retrouvant pour ma carrière l'ambition que lui assigne l'histoire.
   J'ai été et je demeure un homme libre, un social-libéral. J'ai participé à la campagne de Ségolène Royal et j'ai voté pour elle aux deux tours de l'élection présidentielle bien qu'elle me semblait représenter une tare pour la gauche. La France a flanché : je vais arrêter de réfléchir et me battre avec tous les amis de Nicolas pour qu'existe enfin un parti social-libéral français.
   Les hémorroïdes de mon nouvel ami ne sont ni de gauche, ni de droite. Avant toute intervention chirurgicale, il faudra essayer des thérapies novatrices. Afin d'éviter toute plèbe envahissante, nous combattrons les fluxions par le nettoyage au Karcher. Nous n'avons pas les mêmes pratiques et voilà qui annonce, j'espère, d'heureux changements de style et d'analyse. Cela se fera avec un minimum de douleurs.
   Je sais que certains de mes nouveaux amis me reprochent mes anciens engagements. A ceux-là, je demande un délai : mon arrogance et ma suffisance s'enflent à vue d'œil. S'ils me prennent un jour en flagrant délit de gonflement, je leur demande d'évacuer de tout urgence. Mais je garantis que j'aménagerai le ministère en conséquence.
   N'ayons pas peur des mots ; regardons les choses en face. Je fais partie d'un gouvernement réuni pour agir et être utile à la ploutocratie française, européenne et mondiale. On me récompensera pour mes résultats.
*Sinistré des Affaires socialistes

© Michel Kisinis

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2007-05-08

La croisière et la galère

Alors que l'odieux élu part en croisière
A bord du vaisseau d'un milliardaire,
Préparons-nous à quelques années de galères.
Ayant trahi ses bons amis pour sa carrière,
Il trahira aussi sans peine la France entière.

© Michel Kisinis

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2007-04-23

Le sommeil du chat

Michel Kisinis, photographe et poéte

Mon chat rêve, secoué de soubresauts,
A la folle poursuite de mille souriceaux.
Ses pattes tressaillent à chacun de ses sauts,
Toutes griffes dehors, entrechoquant ses crocs,
Aris, tendant son corps, happe un morceau.
A son réveil, il bâillera bien haut
Et l'attendront bonnes croquettes dans son pot.
---

The sleep of the cat

My cat dreams, shaken by tremors
At the mad pursuit of a thousand small mice.
His paws twitch with each of his jumps,
Claws drawn, teeth chattering,
Aris, stretching his body snatches a piece.
Upon waking, he gives a big yawn
And waiting for him are yummy morsels in his bowl.

© Michel Kisinis

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2007-04-03

Effacements

plantes

A mon balcon,
Le soleil printanier fait vibrer les couleurs des giroflées et la sauge pourpre s'illumine.
A ma lointaine amie, j'écrivis que l'argent et le pouvoir effaçaient l'humanité en nous.
Tout comme mes sentiments, s'entrecroisent semences, germes, plants, tiges et racines.
Ils croissent drus alors que tout en moi s'amenuise et cherche à s'effacer d'un coup...
Belle évasion.
---
Disappearances
From my balcony,
The spring-like sun makes the colors of wallflowers vibrate and the purple sage is illuminated.
To my fareway friend, I wrote that money and power take away the humanity in us.
Like my feelings, seeds, germs, seedlings, stalks and roots intertwine.
They grow densely when all in me dwindle and try to fade all of a sudden...
Fine escape.

© Michel Kisinis


poésie

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2007-01-15

La belle écuyère

Soulevant ses cuisses légères, je pianotais sur son corps comme sur un clavier.
Joie bien éphémère ! Me reviennent quelques vers et le chaud souvenir de sa volupté.
Les touches s'émeuvent et me tourmentent, me rappelant des moments si passionnés.
Et la belle écuyère, à la blonde tignasse, revient, aux aurores, souvent me harceler
Dans d'intenses rêves que je retrouve au petit matin bien involontairement censurés.
Maudits rêves fugaces ! Maudite créature tenace, que je ne saurai jamais oublier.

© Michel Kisinis

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2006-12-24

Dessins bien doux !

   En revenant de la visite d'une exposition du Cabinet des Estampes, au Louvre, Marie m'avait invitée à venir voir ses nouveaux dessins chez elle, tout en buvant une tisane bio. Elle s'était mis à parler sans fin sur le prix exorbitant des fournitures, les pinceaux, les brosses, les cadres, les pigments, etc, sans même me montrer une seule de ses œuvres.
   Un peu lassé, je lui coupais brusquement la parole :
- Bon, ben, maintenant montres-moi tes seins !
   A peine avais-je prononcé ces mots, je me sentis rougir profondément.
- Euh, Marie, excuses-moi, ma langue a fourché. Je voulais dire "montres-moi tes dessins !". Je transpirais, très gêné.
   Marie s'était crispée et me fusillait du regard.
- Ah, Michel, tu peux te brosser pour les voir, mes seins !
- Il existe sûrement une brosse pour arriver à mes desseins, fis-je en lui prenant gentiment la main pour l'embrasser. Ce geste la calma et elle me laissa continuer.
- Quel libidineux poète !
- Petite fée, tu confonds luxure et passion !
- Oh ! Tu pourrais alors me brosser avec un joli costume de fée.
- Malheureusement, je ne sais pas du tout dessiné. Mais je peux habiller une jolie fée d'une broderie ouvragée de vers, de sentiments et de sensations.
   A ces mots, elle resta coite, subjuguée. Ma broderie commença alors inopinément.
Mes mains enflammèrent ses dentelles. Et je saisis tendrement ce qu'elle ne voulait point montrer.
Sa fine peau blanche était un beau parchemin sur lequel j'écrivais des vers muets et passionnés.
Quelques mots doux, et nos sentiments nous avaient emportés loin du rivage de nos conventions.
La petite fée suivait malicieusement l'envolée de mes rimes, exacerbant nos mutuelles sensations.

   Bien plus tard, au seuil de sa porte, elle me retint un instant.
- J'aimerais beaucoup que tu écrives un beau poème pour moi, Michel. Cela me ferait très plaisir.
- Tes petits seins blancs, de maintes façons je les honorerais.
   Elle gloussa et me roula un patin d'enfer. Je sentis à nouveau la douce chaleur de son corps contre moi.
- Michel, je t'appelerais dès que tu me l'aura envoyé par mel. N'oublie pas, hein ! Elle minaudait, aggrippée à mon bras.
- N'aie crainte, ma petite fée. Ton poème sera sur mon blog avant la soirée.
© Michel Kisinis

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2006-12-15

Feuilles naissantes de jasmin

Michel Kisinis, photographe et poéte
Jeune jasmin en hiver sur mon balcon
J'espère que cette photo est un peu 'Wabi Sabi'.
Basho, 'Oku no hosomichi':
"Ah pure merveille
feuille verte feuille naissante
au soleil qui brille."
---
Young jasmine in winter on my balcony
I hope that this photo is a little 'Wabi Sabi'.
Basho, in 'Oku no hosomichi':
"Oh pure miracle
green sheet rising sheet
in the sun which shines."

© Michel Kisinis

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2006-11-30

Soupirs

Combien de fois n'ai-je pas soupiré, face à des ennemis, seul ?
Debout, poings serrés et le cœur flambloyant, comme mon aïeul.
Demain, tous mes soupirs auront cessés, serein, sous mon linceul.
Mon amie, t'aurais-je inspiré autrement sans ce sacré orgueil ?


----
Sighs
How much time did not I sigh, in front of enemies, alone?
Up, tight fists and the blazing heart, as my grandfather.
Tomorrow, all my sighs will have stopped, serene, under my shroud.
My Lady, would I have inspired you otherwise without this damned pride?

© Michel Kisinis

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2006-11-06

Des vers hachés au menu

   Il y a quelques jours, j'étais invité par un ami à une soirée de poésie. Il me proposa de venir avec quelques-uns de mes poèmes. J'acceptais sans enthousiasme, me remémorant une autre de ses soirées où un pauvre crétin s'était mis à chanter des vers à la gloire du ballon de football, d'une voix affreuse, le regard halluciné et le geste chaotique après tant de verres consommés. J'étais parti, horrifié et furieux, en disant à un autre poète qu'il ne pouvait avoir de lieu pour accueillir en même temps mes textes et un poème sur le foot.
   Cette fois-ci, le fan de foot n'était pas là. Il devait être en train de gonfler sa vessie, ou bien d'autres victimes non consentantes. J'arrivais en retard, en plein concert. Un musicien tunisien jouait merveilleusement bien du oud. J'étais rassuré !
   L'hôte des lieux me proposa de donner mes poèmes à lire à une dame qui était présente. La femme avait un air très digne de grande bourgeoise, avec une belle coiffure de style années trente et parlait avec un léger accent allemand. J'étais vraiment rassuré !
   Mais quand elle commença à lire les poèmes de notre hôte, je frémis. Elle ne lisait pas les poèmes, elle les broyait, les hachaient. Sa prononciation était désastreuse, et son accent allemand, plus grave alors, rendait le résultat plus épouvantable encore. On aurait dit "Papa Schultz" en jupons qui aurait reçu l'ordre de son colonel de lire des poèmes de Hölderlin ou de Schiller à des prisonniers de guerre. La dame prenait un soin particulier à énoncer les vers comme un robot, réduisant à néant toute poésie.
   Je me mordais la lèvre pour ne pas rire alors que tout le monde applaudissait. Comme elle avait été tant encouragée par son auditoire, elle afficha une attitude fière et sereine et continua tout aussi mécaniquement à lire d'autres poèmes. Moi, je commençais à trembler. Je voyais bien que mon tour allait arriver et que je devrais bientôt lui donner mes textes à... hacher.
   Et alors que notre dame mâchait et remâchait les vers d'un autre malheureux poème, un véritable miracle se produisit. Une véritable déesse orientale fit son apparition au beau milieu d'un auditoire soumis à une torture sans fin. C'était une chanteuse d'origine tunisienne, une brune voluptueuse avec une magnifique chevelure noir de jais. De ses lèvres charnues et rose nacré, une voix douce et sensuelle se fit entendre pour nous saluer.
Je compris de suite que la Muse était venue à mon secours, m'envoyant une belle orientale pour chanter mon amour.
Un fard lumineux rehaussait ses yeux noirs et son corsage de l'amour en était la gloire.
Je fus touché par le miel de son regard, divine promesse de biens doux égards.

   Sans hésitation aucune, je me levais et allais au-devant de la déesse. Je fus pris de vertiges tant elle embaumait le jasmin. Je lui tendis mon poème et lui demanda : "J'aimerais que vous lisiez mon poème, s'il vous plait, Madame".
   Elle me regarda, très surprise.
- Et pourquoi moi ?
- Parce que !, lui fis-je en souriant, sans plus d'explication.
   La belle chanteuse n'insista pas et lut à voix haute le titre et les trois premiers vers :
- "Pigment passionnel
Je baisais ses paupières opalescentes
Et son fard teinta mes lèvres frémissantes.
D'un geste, elle effaça le pigment."
   S'arrêtant là, elle ria de bon cœur : "Ah oui, je comprends maintenant !". Elle se reprit et lut alors le poème entièrement. Quel délice ! J'eus alors la sensation d'un baiser divin posé sur mon cœur chancelant. Je ne regrettais point d'être venu.
   Après le charme de la belle Souad lisant mes vers, "Mama Schultz" continua méthodiquement son œuvre d'anéantissement lyrique avec un autre poème. Mais, moi, je n'écoutais déjà plus, mon regard et mon cœur étaient ailleurs...
© Michel Kisinis

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2006-10-30

Fleurs de prunier

Mes livres gisent au sol, refermés.
J'égrène ma grenade sans compter,
Comme toutes ces cartes qui défilent.
Et les pruniers fleurissent en mon île,
Loin de mon regard emprisonné
Au milieu d'une cité tourmentée.


----

Flowers of plum tree
My books are lying on the ground, closed.
I shell my pomegranate without counting,
As all these cards which march past.
And plum trees bloom in my island,
Far from my glance imprisoned
In the middle of a restless city.

© Michel Kisinis

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2006-10-12

Poésie et insatiabilité en Grèce

Dans mon texte "L'humour d'Aristote, Humour et philosophie", en décembre 2005, je parlais de Diogène de Sinope : "Exemple parfait de la définition d'Aristote. Il fut un philosophe pauvre, ne rançonnant aucun de ses élèves et vivant dans le dénuement que lui dictait sa conscience, scandalisant même ses contemporains par certaines applications pratiques de ses idées. En tant que citoyen athénien, il combattit en 338 (avant J.-C.) à la bataille de Chéronée contre l'armée macédonienne qui vainquit les Grecs coalisés. Prisonnier enchaîné, il fut amené devant Philippe, le roi des Macédoniens (père d'Alexandre, l'odieux tyran sanguinaire). Et celui-ci lui aurait alors demandé qui il était, alors que Philippe connaissait bien l'identité de son prisonnier, déjà célèbre en son temps. Diogène lui aurait répondu : "J'espionne ton insatiabilité !"".
En fait, c'est avec une intention malicieuse que j'illustrais la définition d'Aristote de l'exemple de Diogène. Celui-ci a combattu les macédoniens, non seulement en tant que citoyen, mais aussi en tant que philosophe. L'anecdote est limpide ! Or, Aristote fut le précepteur d'Alexandre, fils de Philippe... Aristote fut auparavant l'élève de Platon, élève lui-même de Socrate. Et ces deux-là avaient en horreur Diogène qui ne se gênait pas de les attaquer publiquement dans ses discours. Les uns monnayaient fort cher leurs leçons auprès de l'aristocratie athénienne, alors que Diogène enseignait sa philosophie en la pratiquant tous les jours.
Dans sa réponse, Diogène évoquait donc l'insatiabilité de Philippe II. En fait, il reprenait Démosthène dans la Ire Philippique où celui-ci déclarait au peuple d'Athènes (vers 351 av. J.-C.) : "Pour moi je suis persuadé, Athéniens, que quelque Dieu, honteux pour Athènes de ce qui se passe, a jeté dans l'âme de Philippe cette ambition insatiable". Démosthène s'opposa systèmatiquement à l'impérialisme macédonien, à Philippe, puis à Alexandre. Après la mort de ce dernier en 323, comme à l'occasion de la mort de son père assassiné (en 336), les Grecs se révoltèrent, mais ils furent vaincus à Crannon par les armées macédoniennes conduites par Antipatros. Tous les chefs de la révolte furent assassinés. Et Démosthène se suicida avant que les soldats macédoniens ne purent lui mettre la main dessus (en 322). Dans son discours appelé "IIe Olynthienne", il décrivit ainsi le roi barbare Philippe : "Si quelques-uns d'entre eux (ses soldats) se font remarquer par l'expérience de la guerre et des combats, il les éloigne tous, par jalousie, par l'envie qu'il a de paraître faire tout par lui-même; car, outre ses autres défauts, il est d'une jalousie incomparable. Si quelque autre, dans sa modération ou par je ne sais quel sentiment de justice, désapprouve l'intempérance ordinaire du personnage, et ne peut souffrir sa crapule ni ses danses obscènes, il est mis de côté et ne compte pour rien. Il ne reste autour de lui que des brigands, des adulateurs, des gens capables de danser dans l'ivresse ces pas que je n'ose même pas nommer devant vous"... On croirait lire la description de son fils dégénéré dansant ivre sur les ruines fumantes de Persépolis.
Ne fusse pas lors d'une beuverie après la bataille (en 328), que Cleitos, un soldat "proche" d'Alexandre, entendant celui-ci se vanter de "sa" victoire, lui rappela ce passage de l'Andromaque : "Les Grecs ont un bien injuste usage. Qu'une armée dresse un trophée, l'honneur ne sera pas pour ceux qui ont pris la peine, qui ont travaillé à la victoire, mais seulement pour le général. Parmi tant de milliers d'hommes, également armés de la lance, il n'a pas plus fait qu'un autre, il recueille plus de gloire". Alexandre, ivre de colère, prit une lance et le transperça de part en part, et puis... il pleura abondamment. D'ailleurs, il ne pleurait que lorsqu'il tuait ses propres amis, tel un Achille monstrueux assassinant lui-même un Patrocle sans défense.
En plus de la corruption systématiquement utilisée pour affaiblir les cités grecques, les deux tyrans achetèrent aussi, à prix d'or, les services de mercenaires gaulois qui dévastèrent la Grèce, puis l'Asie Mineure, et qui finirent par s'y installer sous le nom de Galates.
On peut s'interroger sur la pertinence de l'engagement pédagogique et moral d'un philosophe auprès de l'enfant d'un roi barbare, surtout quand cet enseignement aboutit à en faire un tyran pervers et criminel, dieu-héros absurde d'un peuple oublieux et aveugle qu'il aura saigné même après sa mort. Pour tout résumer, Alexandre ne fut ni grec, ni grand. La destruction des villes de Thèbes, de Persépolis, de Tyr, pour ne parler que des plus célèbres, avec toutes ces populations massacrées ou livrées à l'esclavage, c'est aussi le constat de l'échec de l'enseignement d'un philosophe. Cet enseignement n'aura servi qu'à rendre un tyran plus implacable encore, digne héritier du tempérament de son père, et plus prompt à faire couler le sang qu'à pratiquer les enseignements de son maître. Mais "qui se rend à la cour d'un tyran, est déjà, bien que libre encore, devenu son esclave" (Sophocle). Mais l'attitude d'Aristote envers la cité de son maître n'est pas si surprenante, car il était lui-même macédonien, fils d'un médecin qui prétendait être un descendant d'Asclépios et originaire de la ville de Stagyre que son "ami" le roi Philippe II détruisit en 349. Professant la morale et la vertu, éducateur et complice de tyrans si fiers de ne posséder ni l'un, ni l'autre, il dut fuir Athènes en 323, lors de la révolte des Grecs après la mort pitoyable du monstre qu'il avait lui-même si bien éduqué.
Aristote considérait, dans la "Politique", comme juste toute guerre faite "contre les hommes qui, nés pour être commandés, s'y refusent", et aussi afin de "régner en maîtres sur ceux qui méritent d'être esclaves" et "sur ceux qui peuvent être assujettis à un maître". Vaste programme où le philosophe mercenaire justifie l'asservissement de tous. Vingt siècles plus tard, la nature des Grecs n'avait pas changée, toujours épris de liberté et toujours en révolte, ils se faisaient sautés plutôt que de se rendre aux barbares ottomans, perpétuant ainsi, à travers les âges, l'exemple héroïque de leurs ancêtres à la bataille des Thermopyles contre les envahisseurs perses (481).
Et ce n'est pas sans un sourire narquois et bien amer que nous lisons cette phrase d'Aristote, d'une ironie toute aussi lyrique qu'involontaire : "Vertu, toi qui coûtes tant d'efforts à la race des mortels, conquête si belle offerte à notre vie ! pour ta beauté, ô vierge, c'est, chez les Grecs, un sort enviable de mourir et de souffrir, sans se lasser, des peines amères : si précieux est le fruit éternel que tu jettes dans notre cœur, plus estimable que l'or ou les ancêtres, ou le sommeil reposant !". Ce devait être alors le jus d'un fruit bien gâté qu'Aristote jeta sur Alexandre...
Et au-delà de la justification de la pratique de son enseignement et de sa rétribution par des tyrans barbares, il y a peut-être aussi une motivation vindicative. Après la mort de Platon en 347, l'Académie, l'école qu'il avait fondée à Athènes, rejeta par deux fois la candidature d'Artistote pour la diriger. Il finit alors par fonder à Athènes sa propre école, le Lycée. Le philosophe avait bien dû en éprouver un fort lourd ressentiment pour une cité qui lui montrait ainsi tant de mépris.
A propos de la poésie, Aristote écrivit : "La poésie est plus philosophique et mérite plus d'attention que l'histoire". Mais il est des moments où les rimes plaisantes doivent laisser place à la mémoire afin d'honorer ses ancêtres... et aussi la vérité historique. Le poète Mimnerme, des siècles auparavant, ne déclamait-il pas "Que la vérité nous accompagne, toi et moi; de toutes les choses c'est la plus juste". Et "tu ne laisseras à tes enfants aucun trésor plus précieux que la conscience; cette conscience qui est la compagne des hommes de bien" écrivit le poète Théognis, vers 550.
Pour paraphraser Ernest Renan, je dirais même que philosophie sans conscience n'est que ruine de l'âme. Il y a devoir de mémoire et de vérité, mais aussi de conscience, clef de tout pour une pensée libre qui refuse l'asservissement, l'obscurantisme et la superstition, ainsi que toute concession à leurs agents. Même s'il faudrait, pour y parvenir, périr au milieu de hordes déchaînées de barbares.
La poésie a besoin d'émotion, comme la philosophie de conscience. Et toutes deux de mémoire. Heureux l'alchimiste qui, en les liant, les sublime !

Michel Kisinis

PS : toutes les dates sont avant J.-C.
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Bibliographie
"Les cyniques grecs", Ed. Le Livre de Poche, 1992. Une anthologie des philosophes cyniques.
"Les Philippiques de Démosthène", Aimé Puech, Ed. Librairie Mellottée, vers 1927. Une étude documentée et intelligente.
"Démosthène ou les ambiguïtés de la politique, Claude Mossé, Ed. Armand Colin, 1994. Une bonne biographie par une helléniste qui fait autorité, résumant la carrière de l'homme politique et son combat contre les macédoniens.
"Voyage du jeune Anacharsis en Grèce", J.-J. Barthélemy, Ed. Ménard et Desenne, 1820. Un classique du 19e siècle.
"Histoire d'Alexandre le grand", Quintus Curcius, Ed. Garnier, 1932. Une histoire romancée d'un auteur romain qui a beaucoup servi...
"La falsification de l'histoire de la Macédoine", Nicolaos K. Martis, Ed. Ikaros (Hellas), 1984. Un ouvrage de propagande chauvine, malhonnête et imbécile.
"L'impérialisme macédonien et l'hellénisation de l'Orient", Pierre Jouguet, Ed. Albin Michel, 1926. Une référence historique.
"La guerre en Grèce à l'époque classique", P. Brulé et J. Oulhen, Ed. Presses Universitaires de Rennes, 1999. Ouvrage collectif très spécialisé, dont Finley et Vidal-Naquet.
"Guerres et sociétés dans les mondes grecs (490-322)", Patrice Brun, Ed. du temps, 1999. Ouvrage collectif très spécialisé.
"Peuples, mers, navires", Zvi Herman, Ed. Massadah (Israël), 1964. Une histoire des peuples marins de l'Antiquité.
"Eschyle", M. Patin, Ed. Hachette, 1877. Une étude très complète de l'œuvre d'Eschyle.
"Hésiode et les poètes élégiaques et moralistes de la Grèce", E. Bergougnan, Ed. Garnier, 1940. Anthologie excellente d'auteurs de l'Antiquité grecque.
"La Couronne et la Lyre, Anthologie de la poésie grecque ancienne.", Marguerite Yourcenar, Ed. Gallimard, 1979.
"Anthologie de la poésie grecque", Robert Brasillach, Ed. Stock, 1991.
"Les celtes et la civilisation celtique", Jean Markale, Ed. Payot, 1981. Un chef d'œuvre d'érudition sur l'histoire des Celtes.
© Michel Kisinis

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