Kisinis Web Art, le site des Arts et des Artistes

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2010-04-17

Vies en enfer

Sans terre,
Sans famille,
Vies en enfer.


© Michel Kisinis

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2010-01-26

Français sans-papiers

Michel Kisinis, poète, français sans-papiers

   Hier, en fin d'après-midi, je rentrais à pied chez moi, une chemise remplie de papiers sous le bras. J'étais lassé, déprimé. J'avais encore fait une démarche vaine pour faire évoluer mon dossier de renouvellement de mes papiers d'identité. La préfecture ne donnait aucun signe de vie, même au député qui était intervenu en ma faveur auprès d'elle. J'étais donc toujours un "Français sans-papiers", anonyme et impuissant devant l'arbitraire.
   Arrivé aux abords de la fac de Tolbiac, un jeune s'approchait de moi avec un grand sourire et un enregistreur audio numérique. A son accent, je devinais qu'il était d'origine roumaine.
– Monsieur, vous voulez bien répondre à quelques questions ?
– Oui, cela dépend pour quoi et pour qui, répondis-je aimablement.
– Quelle question aimeriez-vous poser à Nicolas Sarkozy lorsqu'il passera sur TF1 ?
   J'étudiais attentivement l'étudiant étranger tout en l'écoutant parler. Visiblement, TF1 ne devait pas payer bien cher ce type malingre, enthousiasmé rien qu'à l'idée de proposer à un Français de poser une question à l'avocat d'affaires, Roi des Français, sur la chaîne de télé la plus méprisable du royaume. En plus, cet idiot s'adressait à la mauvaise personne : à un Français à qui toute cette clique de sophistes pétainistes déniait son statut de citoyen.
   Je le regardais bien dans les yeux et articulais avec soin pour éviter toute incompréhension :
– Je ne connais ni Nicolas Sarkozy, ni TF1 !
   L'étudiant resta interdit, bouche bée. Et je continuais alors tranquillement mon chemin sur la rue de Tolbiac pour rentrer chez moi et ranger mon dossier totalement inutile. Derrière moi, en m'éloignant, j'entendis un pauvre petit étudiant protester vainement d'une voix mal assurée.
– Ce n'est pas possible ! Ce n'est pas vrai !
© Michel Kisinis

PS : Sur Facebook, voir le Groupe des Français sans-papiers.

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2009-12-11

Juste et profonde colère

   Je me faisais violence à entrer dans un si grand supermarché pour me coltiner la bousculade autour des rayons et l'attente interminable aux caisses. Mais ce magasin était le seul à des lieux à la ronde à vendre des petites boîtes d'allumettes.
   Les portes automatiques s'effacèrent doucement à mon approche et j'entrais en retrouvant cette frénésie qui possède habituellement ce lieu. Deux personnes encadraient l'entrée à l'intérieur, portant un gilet de sécurité orange fluo avec le nom d'une association caritative marquée en blanc phosphorescent, en très gros caractères.
   La femme et l'homme me dévisagèrent, puis me saluèrent. Je répondis poliment sans m'arrêter, impatient de quitter ce lieu au plus vite. Comme mon allure atypique, tout de noir vêtu et lunettes noires, les avait quelque peu surpris, ils eurent un moment d'hésitation, et lorsqu'ils se reprirent pour me sortir leur propagande, j'étais déjà loin. J'entendis alors indistinctement la dame commencer son discours, puis s'arrêter net et rire. La militante défaillante consolait son dépit par une vaine moquerie qui allait se perdre dans le dédale des gondoles, sans aucun effet notable sur les barquettes de plats cuisinés congelés, ni sur le raisin importé du Chili.
   Je me dirigeais prestement vers le rayon qui m'intéressait et pris une seule boîte. J'en avais largement assez pour un éon... Cette travée du magasin n'était jamais encombrée et je me rendis à la caisse toute proche sans croiser personne. Mais arrivé devant celle-ci, je me retrouvais au bout d'une queue immense, tenant à la main une ridicule petite boîte, alors que toutes les personnes devant moi étaient surchargées, poussant et tirant leurs engins à roulettes débordants de victuailles et de produits d'entretien. Et visiblement, personne n'avait eu l'idée d'acheter le même produit que moi. Ce n'est pas pour rien que l'on me reproche toujours d'être un original !
   Je levais le nez distraitement pour m'éviter le spectacle déprimant de cette file d'attente sans fin, et je vis à un panneau en hauteur qu'il s'agissait d'une caisse pour handicapés. Je n'en fus point étonné à la vue de la caissière qui scannait les articles à un rythme très ralenti, en regardant dans le vague, au grand désespoir des clients fébriles qui trépignaient d'impatience. Elle semblait éprouver comme une gêne à violer l'intimité des articles avec le laser qui scrutait tout devant lui. Rien n'échappait à son rayon rouge démultiplié qui tournoyait sans fin devant l'interminable défilé des code-barres que la caissière lui présentait comme à regret.
   Tout aussi handicapés semblaient être tous ces gens qui s'étaient donnés rendez-vous à la même heure pour acheter les mêmes produits. Le spectacle de tout ce monde qui peinait à traîner son caddy plein à craquer me rendit triste, et je me suis dit alors qu'il devrait y avoir plus de caisses handicapés dans tous ces foutus supermarchés. Comment les dirigeants de tels groupes de distribution avaient-ils pu négliger cela ? Peut-être étaient-ils tout aussi handicapés ? ! ! !
   Plongé dans mes réflexions philosophiques sur le sens de la vie dans l'univers concentrationnaire d'un grand supermarché chicos, le temps s'accéléra pour moi, et je ne le vis pas s'écouler. J'eus ainsi la plaisante impression d'arriver devant la caisse presque instantanément. Une sorte de saut quantique mental !
   La caissière prit mon unique article pour le scanner et je payais en liquide. Elle ne sourcillait pas d'un cil et je pris ma monnaie avec ma boîte en la saluant. Je fis quelques pas vers la sortie lorsque je me retrouvais nez à nez avec les deux zigotos que j'avais croisés à mon arrivée dans ce magasin. Ils m'attendaient à la sortie, et maintenant, ils m'encadraient pour empêcher toute fuite. Quelle idée saugrenue ! Comme si un Grec pouvait fuir devant un adversaire en surnombre. Ils n'avaient pas dû voir les "300" au cinéma, et leur lecteur de DVD ne devait leur servir qu'à écouter des compils MP3 de Mireille Mathieu et de Florent Pagny.
   J'eus alors un large sourire à l'idée du sang qui allait gicler sur le sol étincelant du supermarché. Eux, inconscients du danger, crûrent qu'il s'agissait de ma part d'un sourire très amical, se méprenant totalement sur mes intentions.
   La dame me barrait carrément le chemin avec l'assurance d'un prédateur qui a trouvé une proie facile :
- Bonjour Monsieur, nous collectons des produits alimentaires et d'usage courant pour aider les personnes en difficulté...
   Je ne lui laissais pas le temps de continuer son baratin lénifiant.
- Moi, je vois surtout que vous les aidez à les maintenir dans la soumission, à vivre de la mendicité et de ce que le système veut bien leur attribuer dans sa grande générosité.
   Mon index se pointait sur ces deux malheureux bienfaiteurs de l'humanité.
- Et pourquoi ne leur apprenez-vous pas à "vos pauvres" la conscience, la fierté et la rébellion, au lieu de les rendre dépendants, dans une posture d'humiliation ?
   L'homme restait silencieux, sans aucune réaction. Mais la dame, plus émotive, se mit à trembler et s'écria d'indignation :
- Mais Monsieur, c'est par charité chrétienne que nous sommes là.
- Ah oui, et tout à l'heure, lorsque je suis rentré dans le magasin, vous vous êtes bien moqués de moi, hein ?!!! C'était aussi par charité chrétienne ?
- Ah non, Monsieur, je ne me serais jamais permis de cela. Vous vous trompez ! Tous deux étaient livides.
- Ne vous moquiez-vous pas de moi à cause de mes habits austères, contrairement à la plupart des clients chics de ce magasin ?
- Non, non, je vous assure, Monsieur, fit la dame, presque implorante. Nous sommes là pour aider les pauvres, pas pour nous moquer d'eux, fit-elle, très gênée, avec un pathétique sourire débordant de niaiserie.
   J'éclatais d'un rire sonore qui résonnait dans l'entrée du magasin et lui décochait ma "flèche du Parthe", un comble pour un Grec !, mais une flèche qui ne rate jamais sa cible et laisse sa victime inerte au sol.
- Alors, si je vous comprends bien, Madame, vous vous moquiez de vous-même et de votre pitoyable tentative à vous donner bonne conscience en aidant les pauvres, et par là même, aidant aussi à pérenniser le pouvoir du crime organisé sur nos vies.
   Il y eût alors un grand silence. Et moi, je m'avançais tranquillement vers la porte qui s'ouvrit, les laissant muets de stupeur. Ils s'écartèrent lentement pour me laisser passer et je sortis en prenant une bonne goulée d'air bien frais. Le vent s'engouffrait dans mon léger manteau noir et faisait virevolter ma chaude écharpe assortie si chère à mon cœur, me rafraîchissant ainsi bien agréablement après ce pénible séjour dans cette antre surpeuplée et le juste exercice de ma profonde colère.
© Michel Kisinis

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2009-03-29

Grave épidémie en France

Un complot du silence
   Depuis quelques mois, une épidémie s'est déclarée sur tout le territoire français. Elle touche actuellement des millions de personnes sans qu'on n'ait pu identifier le vecteur. Il semblerait qu'il s'agisse d'un virus étranger, et les barrières mises en place par le gouvernement n'ont pu l'empêcher de pénétrer en France. Cette information a été tenue secrète jusqu'à présent, mais, maintenant, il y a trop de gens touchés pour continuer de garder le silence sur cette catastrophe nationale. Des personnages haut placés dans le renseignement français m'ont contacté récemment et ils m'ont demandé de divulguer sur mon blog ces informations vitales que le pouvoir a voulu garder secrètes coûte que coûte. Cela explique le silence total des médias.

Toute la France est touchée
   Le vecteur inconnu de ce virus a réussi à propager l'épidémie à travers tout le pays, sans que l'on puisse déterminer son mode de diffusion, ni même savoir s'il touche aussi les pays frontaliers. Le nombre des personnes contaminées se compterait par millions, bien qu'il n'existe aucune statistique fiable, mis à part les rapports des agents des Renseignements Généraux.

Symptômes
   Ce virus inconnu provoque une amnésie partielle et quelques troubles intestinaux non létaux.
   Les symptômes atypiques présentés par les personnes contaminées sont récurrents et permanents :
– la mémoire n'est affectée que très modérément, le malade ne perdant la mémoire que pour un jour particulier : le 6 mai 2007. Et cette amnésie ne touche que certaines personnes ayant votées ce jour-là au deuxième tour des élections présidentielles.
– survient aussi une fièvre honteuse accompagnée de douleurs intestinales et de diarrhées, lorsque le malade regarde le journal télévisé ou bien lit son quotidien et constate la situation économique des Français, lui rappelant une réalité de plus en plus cruelle. De forts sentiments de culpabilité et d'angoisse peuvent potentialiser ces symptômes.
   Jusqu'à présent, aucun diagnostic vital n'a été constaté. Et il est encore trop tôt pour déterminer la durée, l'évolution et la conclusion d'une maladie qui semble devenir chronique chez tous les malades examinés.

Origines
   Le Professeur Eugène Karim Dupon, au Service d'exobiologie de l'ex-groupe hospitalier Pitié-Salpétrière nous a confié : "Nous n'excluons pas une origine extraterrestre pour ce virus furtif. Nous avons tenté d'appréhender son mode de diffusion. Il pourrait s'agir de matériel biologique transporté par une météorite, et résistant aux hautes chaleurs provoquées lors de son entrée dans l'atmosphère, et cela grâce à une enveloppe composite contenant en particulier du tantale, du carbone et du titane, et enrobée d'une importante masse de mélange gazeux en état de congélation".
   Malheureusement, le laboratoire du Service d'exobiologie a dû interrompre ses recherches sur ce virus, car son matériel le plus perfectionné a été revendu aux Emirats Unis à la suite du démantèlement du groupe hospitalier dans le cadre d'une optimisation des ressources de l'Assistance Publique. Le Professeur Eugène Karim Dupon se déclare impuissant, tenant entre ses mains les deux seuls outils qui lui restent : une petite loupe en plastique et un stylo Bic.
   Des vecteurs pathogènes particuliers sont suspectés dans la large diffusion de ce virus à travers la France. Il pourrait s'agir des pigeons. Mais certains suspectent aussi les blaireaux et les ânes. Mais, statistiquement, il est plus probable qu'il s'agisse des pigeons.

Un virus déjà connu
   Ce virus de l'amnésie aurait déjà frappé la France il y a quelques dizaines d'années, en 1944, pour être précis. En effet, lorsque les troupes alliées et les résistants ont libéré la France de l'occupation nazie, il a été constaté par les spécialistes que de nombreux Français étaient touchés par une amnésie partielle qui les empêchait de se rappeler de certains événements survenus depuis quelques années. Ce virus avait été alors beaucoup plus virulent qu'aujourd'hui, et les troubles plus importants. Cela peut aussi indiquer le caractère cyclique de cette épidémie qui pourrait peut-être avoir en France un foyer endémique dans une zone géographique non déterminée jusqu'à présent.
   De vigoureuses thérapies à base de corde et de plomb avaient été administrées à nombre d'entre eux, mais sans autre résultat que la mort rapide des malades. Vu le nombre très important de personnes contaminées à cette époque, le Général de Gaulle aurait décidé alors qu'il valait mieux oublier tout cela. Sur ses ordres, tous les traitements furent abandonnés et seuls les malades les plus gravement atteints furent isolés. Ce fait tenu depuis lors dans le plus grand des secrets m'a été révélé par mes informateurs.

Un SOS au monde entier
   Etant donnée l'urgence de la situation, et compte tenu de l'incapacité du pouvoir actuel a géré cette crise sanitaire majeure, tout comme celle de l'été 2003, je lance un appel de détresse afin que l'O.M.S. (Organisation Mondiale de la Santé) et Médecins du Monde envoient des équipes médicales à travers toute la France pour aider les françaises et les français durement touchés par ce virus.

   Je compte sur vous pour diffuser largement cette information en envoyant l'adresse de cette page à tous vos amis pour les avertir du danger qui nous menace :
http://www.kisinis.ch/art-blog-kisinis/art-blog-kisinis.html

   Et j'espère ne pas mettre ma vie en danger en dévoilant la vérité. En tout cas, je suis certain de ne pas avoir été contaminé par ce virus, car je me rappelle fort bien de cet après-midi du 6 mai 2007, lorsque je me suis rendu au bureau de vote pour le deuxième tour des élections présidentielles, dans mon ancienne école primaire. Et je me rappelle aussi fort bien pour qui je n'ai pas voté...

© Michel Kisinis

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2009-03-18

La révolte réjouit mon coeur

De mon balcon fleuri, je vis dans la nuit
La rage s'écouler dans la rue déserte.
Belle révolte, mon cœur en fut réjoui.

© Michel Kisinis

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2008-02-22

La vie nouvelle d'Orhan Pamuk

   Je viens de lire "La vie nouvelle" d'Orhan Pamuk, écrivain turc, prix Nobel de littérature en 2006, publié chez Folio. C'est une histoire d'amour émouvante, pleine de tristesse, de mélancolie et de poésie.
   Voici deux citations qui m'ont marqué pour des raisons politiques :
– "Le fait que les qualités de cette arme aient été éprouvées depuis tant d'années par tant d'amateurs de la gâchette, militaires, veilleurs de nuit, policiers ou boulangers, sur les corps d'un grand nombre de rebelles, de voleurs, de séducteurs, d'hommes politiques ou de crève-la-faim, lui accordait à mes yeux un intérêt particulier".
– "Ceux qui remarquent avec surprise que, dans les pays musulmans, les rayons des bibliothèques sont remplis de livres où foisonnent les commentaires et les annotations manuscrits devraient, au lieu de s'en étonner, lancer un coup d'œil aux multitudes d'hommes brisés que l'on croise dans les rues".

   Orhan Pamuk a fuit la Turquie en 2007 après avoir été harcelé par le gouvernement et avoir reçu de nombreuses menaces de mort...

© Michel Kisinis

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2008-02-06

Pornographie et avocat d'affaires

   J'entrais dans la librairie à côté de chez moi. Mes livres devaient être bien arrivés. Du fond de sa boutique, la libraire se précipita en me voyant. Elle se dandinait gracieusement dans son beau tailleur bleu et pris son air le plus amical, un peu trop mielleux à mon goût. J'aimais le dessin de ses lèvres. C'était une des choses qui me motivaient le plus pour entrer dans cette librairie, après les livres bien sûr !
- Ah, Monsieur Kisinis. Comment allez-vous ? Vous désirez commander quelque chose aujourd'hui ?, fit-elle en me lançant un doux regard, avec son fard bleuté et ses longs cils.
- Non, je viens chercher ma dernière commande.
- Ah, oui, je me rappelle maintenant. Elle perdit brusquement son air charmeur et feuilleta nerveusement son carnet de commandes.
- Je suis désolée. Monsieur Kisinis. Je n'ai pas encore vos livres. J'ai dû mal à les obtenir, fit-elle en prenant un air sincèrement désolé.
   Je tendis alors mon index vers la première rangée de livres qui s'offrait au regard des clients quand ils entraient dans le magasin. Il y avait là une bonne demi-douzaine de livres sur la vie privée de l'avocat d'affaires.
- Toute cette pornographie est sûrement plus facile à trouver ! Je repasserais dans quelques jours. Au revoir ! Je sortis très énervé, laissant la libraire sans voix, livide.

   Quand je revins à la librairie au bout de quelques jours, je retrouvais ma libraire préférée. Je lui parlais très gentiment, et puis mes livres étaient enfin arrivés. J'attendais Salammbô depuis trop longtemps. C'était parfait ! Et la libraire n'avait pas l'air de me faire la gueule. Je lui achetais en plus un recueil de poésies de Pessoa.
   Payant mes achats à la caisse, je m'aperçus subrepticement que tous les livres sur la vie privée de l'avocat d'affaires avaient disparu du principal rayon. Je n'ai rien dit, mais je fis alors un grand sourire à ma libraire préférée qui me le rendit avec une telle grâce que j'eus une furieuse envie de lui rouler un patin d'enfer.
   Je sortis de la librairie avec un air triomphant. Je venais de gagner une bataille contre l'avocat d'affaires.
© Michel Kisinis

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2007-12-24

Harry Potter et la Guerre du Péloponnèse

   Ayant acheté quelques livres sur Amazon.com, je reçois de temps en temps un message personnalisé qui me recommande de nouveaux livres en rapport avec ceux que j'ai déjà acheté par le passé chez eux.
   Aujourd'hui, j'ai reçu un message d'Amazon avec, en autres, cette recommandation de livre :
"We recommend: Harry Potter and the Deathly Hallows (Book 7) by J. K. Rowling
Recommended because you purchased: The Landmark Thucydides: A Comprehensive Guide to the Peloponnesian War"
   Amazon a vraiment envie de fourguer son stock d'Harry Potter, car je ne vois vraiment pas le rapport avec le livre que j'ai acheté sur Thucydide et son œuvre "Histoire de la guerre du Péloponnèse", premier ouvrage historique, en huit volumes et inachevé, écrit vers 400 av. J.-C, et qui retrace la guerre qui opposa Athènes et Sparte, et leurs alliés respectifs, pendant le Ve siècle av. J.-C, en Grèce. Cette guerre eut pour conséquence l'affaiblissement considérable des cités grecques qui permit par la suite à Philippe II de Macédoine (père d'Alexandre le grand) de vaincre les Grecs et de les soumettre à son régime totalitaire et barbare, si bien décrit par Démosthène.
   Madame Rowling serait peut-être une sorte d'héritière morale de Thucydide ou bien Amazon considère-t-il les aventures du magicien Harry Potter comme étant du même intérêt historique que la guerre du Péloponnèse ?!!!

      Michel Kisinis

---
Bibliographie
Robert B. Strassler, The Landmark Thucydides, A comprehensive guide to the Peloponnesian War, A Touchstone Book, 1998.
Jacqueline de Romilly, Histoire et raison chez Thucydide, Les Belles Lettres, 2005.
© Michel Kisinis

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2007-10-25

Ode à l'avocat d'affaires

Je chante mes belles rimes,
Seules armes en mon for
Contre la pire vermine.
L'harmonie est mon seul or.
Ainsi versant la vérité
De ma langue déliée,
Sur la race des menteurs,
L'âpre nectar, si indigeste
A leur plus grand meneur,
Soit en paroles, ou en gestes.

© Michel Kisinis

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2007-10-07

Gare aux avocats d'affaires !

   On a pu voir l'autre semaine un avocat d'affaires français paradé avec le t-shirt d'une police étrangère, suivi de son médecin personnel qui lui portait un t-shirt avec ce texte : "Gare au gorille!". Moi, je dis "Gare aux avocats d'affaires !".
   Cliquez sur le tshirt pour commander le votre. Indispensable pour votre jogging !!!
© Michel Kisinis

T-shirt 'Gare aux avocats d'affaires !', © Michel Kisinis, photographe et poete
Achetez le t-shirt 'Gare aux avocats d'affaires !'

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2007-09-30

Avocat d’affaires et chiens dangereux

   L’avocat d’affaires va nous protéger des chiens dangereux… mais qui nous protégera de lui ?
© Michel Kisinis

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2007-08-21

L'enflure du pouvoir

Le "Tao-tê-king" est à la fois une œuvre de poésie et de philosophie, écrit par le philosophe chinois Lao-tzeu vers 450 av. J.-C. Certains passages sont si “drôlement” d'actualité. Comme je l'ai écrit dans mon texte "L'humour d'Aristote" : “la poésie, l'humour, l'art, la philosophie, tout s'entremêle et sublime la pensée”. Et ainsi, rien n'est plus subversif...
Michel Kisinis

“Qui se dresse sur la pointe des pieds est chancelant
Qui marche à pas glorieux couvre peu de distance
Qui fait parade de soi-même est sans éclat
Qui se donne raison n'est pas mis au pinacle
Qui vante ses talents passe pour sans mérite
Qui se targue de ses succès prépare sa chute
Ce sont là pour la Voie
Des rebuts de mangeaille ou des enflures vaines
Tout un chacun en a dégoût
Et l'homme de la Voie s'en détourne.”

Lao-tzeu

---
"La Voie et sa vertu, Tao-tê-king", Lao-tzeu, traduction de François Houang et Pierre Leyris. Ed. du Seuil, coll. Points Sagesses (Sa16).

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2007-06-30

Travaillez plus, et nous, nous gagnerons plus !

   Cela fait vraiment de la peine à voir tous ces blaireaux qui prennent pour argent comptant toutes ces promesses bidon. Ils croient tous au Père Noël ! Quand l'avocat d'affaires déclare "Travailler plus pour gagner plus", en fait il pense "Travaillez plus, et nous, nous gagnerons plus !" Et tous ses copains milliardaires et technocrates applaudissent des deux mains. C'est trop beau ! Quel talent ! Quel poète ! Le « copro-sophiste » excelle tant au service de tous ces gens-là.
   Censure des médias, répressions, protection sociale anéantie, retraite réduite au minimum, droit du travail pulvérisé, délocalisations massives, l'avenir s'annonce déjà clairement très sombre.
   Pour masquer tout cela, l'avocat d'affaires se surpasse à discourir avec des argumentations fallacieuses et des raisonnements qui n'ont que l'apparence de la vérité. Le rhéteur professionnel n'est qu'un « copro-sophiste » dont seuls les idiots et les complices admirent les sophismes nauséabonds.
   Et voici un "bel" exemple de la réalité. Alors que EADS prépare le licenciement de 10.000 salariés en Europe, l'entreprise européenne a délocalisée la production de l'Airbus A320 en Chine, à Tianjin (revue Interavia, n° 688), pendant qu’un conflit acharné oppose certains à la direction d’EADS. Il y a fort à parier que bientôt on verra des Chinabus A320 100 % chinois. Comme entre temps la plupart des salariés européens auront été licenciés, ce n'est pas si grave... en tout cas, pas pour les dirigeants et les gros actionnaires de cette société...
   Voilà ce que c'est réellement "de travailler plus pour gagner plus" !!!
© Michel Kisinis

T-shirt 'Travaillez plus, et nous, nous gagnerons plus', © Michel Kisinis, photographe et poete
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2007-05-21

Pourquoi j'ai accepté

Pourquoi j'ai accepté de soigner les hémorroïdes de Nicolas
Par Narbé Trocher*
   Conflits moraux ou émargements publics, j'ai toujours été et je demeure un militant de tous ces combats qui souvent ont fait la grandeur de ma carrière. Depuis 1968, j'ai agi pour la défense des mêmes idéaux. Aujourd'hui, Sinistré, j'ai décidé de développer largement ce travers.
   Après quarante ans d'action humanitaire et de batailles politiques, nous allons poursuivre nos efforts en soutenant une mondialisation implacable et en retrouvant pour ma carrière l'ambition que lui assigne l'histoire.
   J'ai été et je demeure un homme libre, un social-libéral. J'ai participé à la campagne de Ségolène Royal et j'ai voté pour elle aux deux tours de l'élection présidentielle bien qu'elle me semblait représenter une tare pour la gauche. La France a flanché : je vais arrêter de réfléchir et me battre avec tous les amis de Nicolas pour qu'existe enfin un parti social-libéral français.
   Les hémorroïdes de mon nouvel ami ne sont ni de gauche, ni de droite. Avant toute intervention chirurgicale, il faudra essayer des thérapies novatrices. Afin d'éviter toute plèbe envahissante, nous combattrons les fluxions par le nettoyage au Karcher. Nous n'avons pas les mêmes pratiques et voilà qui annonce, j'espère, d'heureux changements de style et d'analyse. Cela se fera avec un minimum de douleurs.
   Je sais que certains de mes nouveaux amis me reprochent mes anciens engagements. A ceux-là, je demande un délai : mon arrogance et ma suffisance s'enflent à vue d'œil. S'ils me prennent un jour en flagrant délit de gonflement, je leur demande d'évacuer de tout urgence. Mais je garantis que j'aménagerai le ministère en conséquence.
   N'ayons pas peur des mots ; regardons les choses en face. Je fais partie d'un gouvernement réuni pour agir et être utile à la ploutocratie française, européenne et mondiale. On me récompensera pour mes résultats.
*Sinistré des Affaires socialistes

© Michel Kisinis

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2007-05-08

La croisière et la galère

Alors que l'odieux élu part en croisière
A bord du vaisseau d'un milliardaire,
Préparons-nous à quelques années de galères.
Ayant trahi ses bons amis pour sa carrière,
Il trahira aussi sans peine la France entière.

© Michel Kisinis

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2007-03-04

La passivité devant l’hécatombe de licenciements

   Vous vous rappelez peut-être de l’avis qu’avait demandé le Président de la République et de la Fracture sociale, il y a quelque temps déjà, auprès d’experts patentés concernant l’effondrement de l’emploi industriel. Les experts avaient émis un rapport très rassurant et le Président avait poussé un grand ouf, complaisamment répercuté dans les médias. Incrédule, je fus alors, et stupéfait je suis maintenant.
   A l’époque, la conclusion des experts m’avait fait bien rire tant elle était irréelle. Aujourd’hui, je suis vraiment stupéfait. Certains promettent un feu d'artifices, craignant d’ailleurs de parler d’explosion sociale, mais moi je ne vois que passivité de la part des salariés, pleurants, effondrés, victimes d'une injustice sociale vécue comme une fatalité inévitable. Je suis surpris de l'inaction des syndicats et des salariés eux-mêmes, restants passifs devant cette hécatombe de licenciements au moment même où il leur faudrait faire preuve de combativité et d'imagination pour développer une résistance sociale vitale pour eux et pour leurs familles.
   Le carriérisme et la collusion ont tués toute velléité de lutte. Chacun compte fébrilement ses RTT et ses misérables actions, tout en attendant que cela soit un autre qui soit licencié à sa place, de préférence un autre qu'on ne connait pas, dans une autre ville, un autre pays. Quant à certains organes représentatifs des salariés, ils sont carrément financés et organisés par les employeurs afin d'empêcher toute tentative de structuration de résistance au sein des entreprises et ainsi que de convaincre tous les salariés qu’ils n’ont pas le choix. Les réunions en deviennent pathétiques, ne servant qu’à officialiser des chiffres connus à l’avance et présentés comme étant tout à la fois une victoire et un sacrifice découlants d’une négociation qui n’a jamais vraiment eu lieu.
   Alors d'aucuns, sûrs de leur impunité, peuvent continuer tranquillement, au gré du cours des actions, à jouer à ce jeu cruel, mais si rémunérateur, qui consiste à licencier en masse, ville après ville, à travers toute l'Europe, tel un vaste jeu de dominos. Et demain, nous n'aurons pas quelques centaines de personnes à dormir dans la rue, mais des milliers, des dizaines de milliers...
   Moi, je vous le dis : la seule solution pour changer cette situation est la SUBVERSION.
© Michel Kisinis

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2007-02-16

Impertinence et crimes politiques

Il y a quelques mois, j'écrivais à propos d'Alexandre le grand qui tua un de ses soldats : "Ne fusse pas lors d'une beuverie après la bataille (en 328 avant J.-C.), que Cleitos, un soldat "proche" d'Alexandre, entendant celui-ci se vanter de "sa" victoire, lui rappela ce passage de l'Andromaque : "Les Grecs ont un bien injuste usage. Qu'une armée dresse un trophée, l'honneur ne sera pas pour ceux qui ont pris la peine, qui ont travaillé à la victoire, mais seulement pour le général. Parmi tant de milliers d'hommes, également armés de la lance, il n'a pas plus fait qu'un autre, il recueille plus de gloire". Alexandre, ivre de colère, prit une lance et le transperça de part en part, et puis... il pleura abondamment. D'ailleurs, il ne pleurait que lorsqu'il tuait ses propres amis, tel un Achille monstrueux assassinant lui-même un Patrocle sans défense."
"Poésie et insatiabilité en Grèce"
Or, je viens de trouver le pendant romain de ce crime politique. Julius Crispus, un tribun des gardes de l'empereur romain Septime Sévère aurait rappeler à celui-ci un passage de l'Enéïde de Virgile (chant 11, vers 370) : "Mais sans doute, pour qu'une épouse royale échoie à Turnus, devrons-nous, vil troupeau, foule sans sépulture et sans pleurs, rester étendus sur les champs de bataille…".
L'empereur fit promptement exécuter l'impertinent et partit mettre au pas le Moyen-Orient (197 après J.-C.). Né à Leptis Magna, d'origine punique et marié en seconde noce à Julia Domna, une princesse assyrienne hellénisée, ses titres les plus mérités furent Pacator Orbis (Pacificateur du monde), Fundator Pacis (Fondateur de la paix) et Restitutor Pacis (Rétablisseur de la paix).
Tous les tyrans adorent les beaux titres ronflants. Et l'histoire en a retenu de nombreux. D'ailleurs, les empereurs romains s'inventaient parfois des victoires, tout comme les pharaons égyptiens avant eux, et en ornaient leurs monuments, et même leurs monnaies, véritables outils de propagande. Dans le même ordre d'idées, en voici deux à la mode romaine pour G. W. Bush : Invictus et Maximus Victor. Reste plus qu'à lancer une souscription obligatoire pour la frappe de monnaies d'or… ou bien d'uranium appauvri recyclé.
Michel Kisinis

Bibliographie :
"Impératrices syriennes", Jean Babelon (Conservateur du Cabinet des médailles à la Bibliothèque Nationale), Ed. Albin Michel, 1957. Une fine analyse de la dynastie des Sévères de l'Empire romain à travers l'archéologie, l'épigraphie et la numismatique.
"L'Enéïde", Virgile (Publius Virgilius Maro). Ed. Flammarion, Coll. Garnier Flammarion / Etonnants classiques Littérature étrangère, 2000. Le dernier ouvrage écrit par Virgile, mais inachevé. L'auteur brode, d'après les récits d'Homère, une mythologie sur l'origine troyenne et héroïque des Romains...
© Michel Kisinis

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2007-01-25

Langue de bois et droit de suite

Cette semaine, mardi après-midi, quelques dizaines d'artistes ont manifestés devant le Ministère de la Culture à l'appel de la Fédération des Réseaux et Associations d'Artistes Plasticiens (FRAAP), du Comité des Artistes Auteurs Plasticiens (CAAP) et du Syndicat National des Artistes Plasticiens-CGT (SNAP-CGT), pour dénoncer un projet de modification du droit de suite qui aurait pour effet de réduire de façon drastique le champ d'application de ce droit et donc les revenus des artistes. Selon ces organisations, le Ministère de la Culture se sert de nos droits d'auteur comme d'un paillasson. Ce jour-là, ils ont déposés à l'entrée du ministère un paillasson avec l'inscription “DROITS DES AUTEURS”. D'ailleurs, cela a donné lieu à quelques scènes comiques, puisque quelques personnes entrant dans le bâtiment s'essuyaient leurs pieds dessus.
Une entrevue impromptue se déroula ensuite entre les artistes et trois hauts fonctionnaires devant l'entrée du ministère, malgré le froid glacial. Aux revendications des artistes, le fonctionnaire le plus gradé, et le moins vêtu, répondit un truc qui m'a fait bien rire. Ce monsieur au léger accent NAP a écouté bien poliment les artistes, puis il a voulu les rassurer d'un charmant air bon enfant. Il leur a dit qu'il avait bien entendu leurs revendications et que cela était utile, car le Ministère allait prendre plus de temps pour expliquer ce projet de décret aux artistes.
Or, le même argument a servi aux politiques lors de la campagne électorale pour le "oui" au référendum sur l'Europe en 2005. En clair, on peut traduire ainsi : "Bon, vous êtes un peu idiots et très mal informés, alors on va être très patient avec vous et on va prendre beaucoup plus de temps pour tout vous expliquer simplement et vous convaincre"...
Evidemment, il n'est pas question ici de tenir compte réellement des arguments et des intérêts des artistes, mais seulement d'imposer au final le diktat des technocrates.
Mais y'a-t-il encore quelqu'un au Ministère de la Culture qui s'inquiète du sort de l'Art et des Artistes ?
A propos du droit de suite, j'ai écris un texte pour les Etats Généraux des Arts Plastiques, en 1981 : http://www.kisinis.ch/Michel_Kisinis/droits1.html
© Michel Kisinis

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2006-10-22

Le Barbizon : "Reprenez vos parpaings !"

Michel Kisinis, photographe et poete
Quelques policiers pour défendre
quelques tristes parpaings.


Hier soir, samedi 22 octobre, devant le Barbizon muré par la Préfecture de Police, quelques centaines d'habitants du quartier et de militants associatifs ont protestés contre leur expulsion du Barbizon cette semaine.
Un tintamarre musical a accompagné le slogan "Reprenez vos parpaings !" reprit par tous. Bientôt suivi par des chansons de la Commune de Paris, des chants de lutte français, italiens et espagnols, ainsi que "Il n'y en a pas un sur cent".
Face au cordon de policiers, nous n'avons pas pu peindre les parpaings de la Préfecture, mais l'ambiance était festive du côté des manifestants. Quand aux policiers, ils avaient l'air bien excédé par tout cela.
Prochaine réunion publique d’information de l'association "Les Amis de Tolbiac" mercredi 25 octobre à 19h30, à la Maison des Associations, 11 rue Caillaux, 75013 Paris (métro : maison blanche).
Venez nombreux pour la liberté de la culture !
Venez défendre le squat du Barbizon !
Michel Kisinis, photographe et poete

© Michel Kisinis

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2006-10-12

Poésie et insatiabilité en Grèce

Dans mon texte "L'humour d'Aristote, Humour et philosophie", en décembre 2005, je parlais de Diogène de Sinope : "Exemple parfait de la définition d'Aristote. Il fut un philosophe pauvre, ne rançonnant aucun de ses élèves et vivant dans le dénuement que lui dictait sa conscience, scandalisant même ses contemporains par certaines applications pratiques de ses idées. En tant que citoyen athénien, il combattit en 338 (avant J.-C.) à la bataille de Chéronée contre l'armée macédonienne qui vainquit les Grecs coalisés. Prisonnier enchaîné, il fut amené devant Philippe, le roi des Macédoniens (père d'Alexandre, l'odieux tyran sanguinaire). Et celui-ci lui aurait alors demandé qui il était, alors que Philippe connaissait bien l'identité de son prisonnier, déjà célèbre en son temps. Diogène lui aurait répondu : "J'espionne ton insatiabilité !"".
En fait, c'est avec une intention malicieuse que j'illustrais la définition d'Aristote de l'exemple de Diogène. Celui-ci a combattu les macédoniens, non seulement en tant que citoyen, mais aussi en tant que philosophe. L'anecdote est limpide ! Or, Aristote fut le précepteur d'Alexandre, fils de Philippe... Aristote fut auparavant l'élève de Platon, élève lui-même de Socrate. Et ces deux-là avaient en horreur Diogène qui ne se gênait pas de les attaquer publiquement dans ses discours. Les uns monnayaient fort cher leurs leçons auprès de l'aristocratie athénienne, alors que Diogène enseignait sa philosophie en la pratiquant tous les jours.
Dans sa réponse, Diogène évoquait donc l'insatiabilité de Philippe II. En fait, il reprenait Démosthène dans la Ire Philippique où celui-ci déclarait au peuple d'Athènes (vers 351 av. J.-C.) : "Pour moi je suis persuadé, Athéniens, que quelque Dieu, honteux pour Athènes de ce qui se passe, a jeté dans l'âme de Philippe cette ambition insatiable". Démosthène s'opposa systèmatiquement à l'impérialisme macédonien, à Philippe, puis à Alexandre. Après la mort de ce dernier en 323, comme à l'occasion de la mort de son père assassiné (en 336), les Grecs se révoltèrent, mais ils furent vaincus à Crannon par les armées macédoniennes conduites par Antipatros. Tous les chefs de la révolte furent assassinés. Et Démosthène se suicida avant que les soldats macédoniens ne purent lui mettre la main dessus (en 322). Dans son discours appelé "IIe Olynthienne", il décrivit ainsi le roi barbare Philippe : "Si quelques-uns d'entre eux (ses soldats) se font remarquer par l'expérience de la guerre et des combats, il les éloigne tous, par jalousie, par l'envie qu'il a de paraître faire tout par lui-même; car, outre ses autres défauts, il est d'une jalousie incomparable. Si quelque autre, dans sa modération ou par je ne sais quel sentiment de justice, désapprouve l'intempérance ordinaire du personnage, et ne peut souffrir sa crapule ni ses danses obscènes, il est mis de côté et ne compte pour rien. Il ne reste autour de lui que des brigands, des adulateurs, des gens capables de danser dans l'ivresse ces pas que je n'ose même pas nommer devant vous"... On croirait lire la description de son fils dégénéré dansant ivre sur les ruines fumantes de Persépolis.
Ne fusse pas lors d'une beuverie après la bataille (en 328), que Cleitos, un soldat "proche" d'Alexandre, entendant celui-ci se vanter de "sa" victoire, lui rappela ce passage de l'Andromaque : "Les Grecs ont un bien injuste usage. Qu'une armée dresse un trophée, l'honneur ne sera pas pour ceux qui ont pris la peine, qui ont travaillé à la victoire, mais seulement pour le général. Parmi tant de milliers d'hommes, également armés de la lance, il n'a pas plus fait qu'un autre, il recueille plus de gloire". Alexandre, ivre de colère, prit une lance et le transperça de part en part, et puis... il pleura abondamment. D'ailleurs, il ne pleurait que lorsqu'il tuait ses propres amis, tel un Achille monstrueux assassinant lui-même un Patrocle sans défense.
En plus de la corruption systématiquement utilisée pour affaiblir les cités grecques, les deux tyrans achetèrent aussi, à prix d'or, les services de mercenaires gaulois qui dévastèrent la Grèce, puis l'Asie Mineure, et qui finirent par s'y installer sous le nom de Galates.
On peut s'interroger sur la pertinence de l'engagement pédagogique et moral d'un philosophe auprès de l'enfant d'un roi barbare, surtout quand cet enseignement aboutit à en faire un tyran pervers et criminel, dieu-héros absurde d'un peuple oublieux et aveugle qu'il aura saigné même après sa mort. Pour tout résumer, Alexandre ne fut ni grec, ni grand. La destruction des villes de Thèbes, de Persépolis, de Tyr, pour ne parler que des plus célèbres, avec toutes ces populations massacrées ou livrées à l'esclavage, c'est aussi le constat de l'échec de l'enseignement d'un philosophe. Cet enseignement n'aura servi qu'à rendre un tyran plus implacable encore, digne héritier du tempérament de son père, et plus prompt à faire couler le sang qu'à pratiquer les enseignements de son maître. Mais "qui se rend à la cour d'un tyran, est déjà, bien que libre encore, devenu son esclave" (Sophocle). Mais l'attitude d'Aristote envers la cité de son maître n'est pas si surprenante, car il était lui-même macédonien, fils d'un médecin qui prétendait être un descendant d'Asclépios et originaire de la ville de Stagyre que son "ami" le roi Philippe II détruisit en 349. Professant la morale et la vertu, éducateur et complice de tyrans si fiers de ne posséder ni l'un, ni l'autre, il dut fuir Athènes en 323, lors de la révolte des Grecs après la mort pitoyable du monstre qu'il avait lui-même si bien éduqué.
Aristote considérait, dans la "Politique", comme juste toute guerre faite "contre les hommes qui, nés pour être commandés, s'y refusent", et aussi afin de "régner en maîtres sur ceux qui méritent d'être esclaves" et "sur ceux qui peuvent être assujettis à un maître". Vaste programme où le philosophe mercenaire justifie l'asservissement de tous. Vingt siècles plus tard, la nature des Grecs n'avait pas changée, toujours épris de liberté et toujours en révolte, ils se faisaient sautés plutôt que de se rendre aux barbares ottomans, perpétuant ainsi, à travers les âges, l'exemple héroïque de leurs ancêtres à la bataille des Thermopyles contre les envahisseurs perses (481).
Et ce n'est pas sans un sourire narquois et bien amer que nous lisons cette phrase d'Aristote, d'une ironie toute aussi lyrique qu'involontaire : "Vertu, toi qui coûtes tant d'efforts à la race des mortels, conquête si belle offerte à notre vie ! pour ta beauté, ô vierge, c'est, chez les Grecs, un sort enviable de mourir et de souffrir, sans se lasser, des peines amères : si précieux est le fruit éternel que tu jettes dans notre cœur, plus estimable que l'or ou les ancêtres, ou le sommeil reposant !". Ce devait être alors le jus d'un fruit bien gâté qu'Aristote jeta sur Alexandre...
Et au-delà de la justification de la pratique de son enseignement et de sa rétribution par des tyrans barbares, il y a peut-être aussi une motivation vindicative. Après la mort de Platon en 347, l'Académie, l'école qu'il avait fondée à Athènes, rejeta par deux fois la candidature d'Artistote pour la diriger. Il finit alors par fonder à Athènes sa propre école, le Lycée. Le philosophe avait bien dû en éprouver un fort lourd ressentiment pour une cité qui lui montrait ainsi tant de mépris.
A propos de la poésie, Aristote écrivit : "La poésie est plus philosophique et mérite plus d'attention que l'histoire". Mais il est des moments où les rimes plaisantes doivent laisser place à la mémoire afin d'honorer ses ancêtres... et aussi la vérité historique. Le poète Mimnerme, des siècles auparavant, ne déclamait-il pas "Que la vérité nous accompagne, toi et moi; de toutes les choses c'est la plus juste". Et "tu ne laisseras à tes enfants aucun trésor plus précieux que la conscience; cette conscience qui est la compagne des hommes de bien" écrivit le poète Théognis, vers 550.
Pour paraphraser Ernest Renan, je dirais même que philosophie sans conscience n'est que ruine de l'âme. Il y a devoir de mémoire et de vérité, mais aussi de conscience, clef de tout pour une pensée libre qui refuse l'asservissement, l'obscurantisme et la superstition, ainsi que toute concession à leurs agents. Même s'il faudrait, pour y parvenir, périr au milieu de hordes déchaînées de barbares.
La poésie a besoin d'émotion, comme la philosophie de conscience. Et toutes deux de mémoire. Heureux l'alchimiste qui, en les liant, les sublime !

Michel Kisinis

PS : toutes les dates sont avant J.-C.
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Bibliographie
"Les cyniques grecs", Ed. Le Livre de Poche, 1992. Une anthologie des philosophes cyniques.
"Les Philippiques de Démosthène", Aimé Puech, Ed. Librairie Mellottée, vers 1927. Une étude documentée et intelligente.
"Démosthène ou les ambiguïtés de la politique, Claude Mossé, Ed. Armand Colin, 1994. Une bonne biographie par une helléniste qui fait autorité, résumant la carrière de l'homme politique et son combat contre les macédoniens.
"Voyage du jeune Anacharsis en Grèce", J.-J. Barthélemy, Ed. Ménard et Desenne, 1820. Un classique du 19e siècle.
"Histoire d'Alexandre le grand", Quintus Curcius, Ed. Garnier, 1932. Une histoire romancée d'un auteur romain qui a beaucoup servi...
"La falsification de l'histoire de la Macédoine", Nicolaos K. Martis, Ed. Ikaros (Hellas), 1984. Un ouvrage de propagande chauvine, malhonnête et imbécile.
"L'impérialisme macédonien et l'hellénisation de l'Orient", Pierre Jouguet, Ed. Albin Michel, 1926. Une référence historique.
"La guerre en Grèce à l'époque classique", P. Brulé et J. Oulhen, Ed. Presses Universitaires de Rennes, 1999. Ouvrage collectif très spécialisé, dont Finley et Vidal-Naquet.
"Guerres et sociétés dans les mondes grecs (490-322)", Patrice Brun, Ed. du temps, 1999. Ouvrage collectif très spécialisé.
"Peuples, mers, navires", Zvi Herman, Ed. Massadah (Israël), 1964. Une histoire des peuples marins de l'Antiquité.
"Eschyle", M. Patin, Ed. Hachette, 1877. Une étude très complète de l'œuvre d'Eschyle.
"Hésiode et les poètes élégiaques et moralistes de la Grèce", E. Bergougnan, Ed. Garnier, 1940. Anthologie excellente d'auteurs de l'Antiquité grecque.
"La Couronne et la Lyre, Anthologie de la poésie grecque ancienne.", Marguerite Yourcenar, Ed. Gallimard, 1979.
"Anthologie de la poésie grecque", Robert Brasillach, Ed. Stock, 1991.
"Les celtes et la civilisation celtique", Jean Markale, Ed. Payot, 1981. Un chef d'œuvre d'érudition sur l'histoire des Celtes.
© Michel Kisinis

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2006-04-28

Fiers profiteurs et CPE

Peu de jours après la fin de la crise du CPE, j'entrais dans l'épicerie à côté de chez moi. Un type est là à discuter tranquillement avec le patron. La mine reposée, habillé comme pour aller à la messe, avec cravate et gilet, il s'exclama :
- De toute façon, cela ne sert à rien de protester. On n'obtient rien de cette façon." Péremptoire, sûr de lui, alors que l'actualité la plus chaude démontrait le contraire.
Je m'approchais, et en posant mes bananes près de la caisse, j'intervins tranquillement : "Ceux qui ne font rien profitent toujours de ce que font les autres...".
L'épicier éclata d'un rire franc et clair. Et il me tendit sa main qu'il me serra avec chaleur et fraternité : "C'est vrai ! Vous avez raison. C'est exactement comme çà que ça se passe !".
Je payais, salua et sortis sans traîner. La gamelle endimanchée reprennait déjà son discours de jaune, comme s'il n'avait rien entendu, ni vu surtout le plaisir qu'avaient provoqué mes mots chez l'épicier.
© Michel Kisinis

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2006-04-09

Manifestation anti-CPE du 4 avril 2006


Michel Kisinis, photographe et poéte
Place de la Bastille, le génie resplendissait
au milieu des drapeaux et des banderoles.

Michel Kisinis, photographe et poéte
Sur la façade de la Mairie du 13e, j'ai eu le plaisir
de découvrir cette belle banderole rouge contre le CPE. Bravo !

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2006-03-31

Contestation anti-CPE et Mai 68

J'entends par-ci par-là des gens dirent que les événements actuels n'ont rien à voir avec ceux de Mai 68, que c'est pas pareil, qu'aujourd'hui la contestation n'a rien de politique... Contester l'ultra-libéralisme économique, l'injustice sociale et la précarité généralisée, ce n'est pas un acte politique ?!!! Et à lire les quelques lignes qui suivent, on peut sentir comme nous en sommes proches.
... Sur les barricades on a vu des ouvriers qui venaient de fort loin; on en a trouvé qui venaient de la banlieue Ouest. A l'origine nous voulions aller devant le ministère de la Justice en passant devant l'Assemblée, mais en arrivant à l'angle des boulevards Saint-Germain et Saint-Michel, les barrages policiers fermaient tout. Il ne restait comme alternative qu'à remonter le boulevard Saint-Michel. Nous nous sommes demandés "comment se fait-il que l'on nous fasse passer par le boulevard Saint-Michel ?" Il était clair désormais que le pouvoir aussi voulait nous enfermer dans le ghetto du Quartier Latin. Puis on a dit "on ne va pas quitter le boulevard Saint-Michel sans se défendre". Comment se défendre ? En faisant des barricades et, surtout, ce qui est très important, ne pas provoquer. Parce que jusqu'à 1 heure du matin se trouvaient parmi nous environ 3000 à 4000 lycéens.
...
Rue Lhomond il y avait 70 à 100 personnes à une barricade sur lesquels 50 à 60 étudiants, le reste se composait d'habitants du quartier, des ouvriers, des employés, de ceux qui auparavant n'allaient jamais dans les manifestations. Et ces gens ne s'imaginaient pas du tout qu'ils faisaient des choses défendues, par exemple on aurait pu nous dire: "sales petits étudiants, vous abîmez nos voitures". Pas du tout, au contraire. Un gars qui se trouvait là au moment où on transportait une camionnette 2 CV sur une barricade a dit "elle est à Marcel, il ne va pas être content" et ça le rendait hilare, c'était vraiment le détachement total.
Cette nuit du 10 au 11 mai, quelque chose de profond s'est produit, qui a esquissé la jonction dans l'action des étudiants et d'autres couches de la population. On n'y pensait pas trop, avant, et voilà que cela se produisait dans les faits. Le jour de la grève générale, le lundi 13 mai, nous avons tout fait pour que ce qui se criait : "ouvriers-étudiants, un seul combat" se trouve concrétisé.

Extraits de "Ce n'est qu'un début, continuons le combat", Mouvement du 22 mars, Ed. François Maspéro, 1968.

© Michel Kisinis

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2006-03-28

Logo anticpe

Michel Kisinis, photographe et poete
Kisinis Web Art Des t-shirts ANTI CPE

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2006-03-14

La révolte continue

Michel Kisinis, photographe et poéte

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2006-03-11

Précaires d'aujourd'hui et de demain

La révolte gronde
Vendredi 10 mars 2006, 22h10, Paris.
Le boulevard Saint-Michel est bloqué par deux barricades au niveau de la place de la Sorbonne. Au milieu, un grand brasier réchauffe étudiants et intermittents, ainsi que de nombreuses personnes venues soutenir le mouvement. Sur la place et devant la Sorbonne, des mouvements de foules rythment la nuit au gré des lacrymogènes, pendant qu'étudiants et reporters escaladent l'échafaudage d'un immeuble en ravalement qui jouxte le bâtiment occupé par les étudiants. Les CRS bloquent l'accès principal.
© Michel Kisinis







Michel Kisinis, photographe et poéte
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2005-12-30

Humour et philosophie

L'humour d'Aristote
   La profondeur de la réflexion d'Aristote sur tous les aspects de l'amitié et des relations humaines n'exclut pas l'humour. En voici un exemple frappant qui souligne les concepts différents qui sont à l'œuvre dans ces relations.
   "Les gens de pouvoir, eux ont manifestement des amis de deux sortes bien différentes : les uns leur sont utiles, les autres leur sont agréables, mais ils sont rarement les deux à la fois. C'est qu'ils cherchent ni des gens agréables qui aient la capacité d'excellence, ni des gens utiles qui soient là pour de beaux gestes : ils recherchent plutôt, d'un côté, des gens d'humour quand ils veulent de l'agréable, de l'autre, des experts à exécuter les ordres. Ces traits-là, il est rare qu'ils se trouvent chez le même homme." (1)

   A propos de l'homme de bien : "Mais on dit, et c'est vrai, que l'homme de bien fait beaucoup pour ses amis et pour sa patrie : il peut même s'il le faut, mourir en se sacrifiant pour eux. De fait, il se désintéressera de l'argent, des honneurs, et, de manière générale, de tous les biens qu'on se dispute âprement, et il gardera pour lui ce qui est beau." (1)
   Aristote rappelle ainsi à notre "souvenir" comment doit se comporter un homme de bien, contrairement aux sophistes de son époque. Aujourd'hui, devant les caméras de télévision, d'aucuns pérorent, donnant des leçons de philosophie ou de science, en complet veston, plein de morgue, bouffis de suffisance, feignant l'impartialité, mais jamais l'arrogance. Etalons officiels d'une rigueur qu'ils ne connaissent point eux-mêmes, ils affichent une intégrité de façade, étant liés au pouvoir, à un parti ou une entreprise d'importance, ou bien tout à la fois, et s'assurant ainsi de confortables revenus et d'avantages somptuaires. Ignorant le bien public, ils s'en servent communément pour leur bien personnel. Et c'est sur l'autel de leurs carrières qu'ils le sacrifient.
   L'homme de bien ne se paie de bonnes paroles devant un auditoire naïf ou même complice. Il agit. Sylvain Fort insiste sur ce point : "L'Ethique à Nicomaque s'inscrit dans la pensée aristotélicienne de l'acte. L'acte, l'action : voilà ce que vise Aristote." (2) L'acte est ce qui engage réellement le philosophe. Ainsi, Epictète affirmait : "On reconnait le philosophe à ses actes" (3).

   Diogène de Sinope est l'exemple parfait de la définition d'Aristote. Il fut un philosophe pauvre, ne rançonnant aucun de ses élèves et vivant dans le dénuement que lui dictait sa conscience, scandalisant même ses contemporains par certaines applications pratiques de ses idées. En tant que citoyen athénien, il combattit en 338 (avant J.-C) à la bataille de Chéronée contre l'armée macédonienne qui vainquit les Grecs coalisés. Prisonnier enchaîné, il fut amené devant Philippe, le roi des Macédoniens (père d'Alexandre, l'odieux tyran sanguinaire). Et celui-ci lui aurait alors demandé qui il était, alors que Philippe connaissait fort bien l'identité de son prisonnier, déjà célèbre en son temps. Diogène lui aurait répondu : "J'espionne ton insatiabilité !"... (4)

   Un devoir d'insoumission qu'a décrit de nos jours Hakim Bey dans "TAZ" (5), où l'homme se trouve confronté à un environnement technologique intrusif et totalitaire : "En tant que bricoleur, nécrophage de fragments d'information, contrebandier, maître chanteur, peut être même cyber-terroriste, le pirate de la TAZ œuvrera à l'évolution de connections fractales clandestines." Une révolte qui tenaille aussi la conscience de l'artiste, dont j'évoque le rôle et le destin dans mon poème "L'hymne à l'artiste" (6).

   Et nos réflexions sont essentiellement axées sur la conscience et la connaissance, clefs de la compréhension et de la maîtrise. Protagoras n'a-t-il pas dit que l'homme est sa propre mesure (anthrôpos métron) (7), une mesure subjective, parfois démesurée, humaine et faillible... la marque "certaine" de notre supériorité sur toutes les autres créatures de cette planète. Aristote lui avait alors rétorqué que "la connaissance est mesurée par le connaissable" (8). Et nous nous tournons vers Delphes, nous remémorant l'inscription gravée sur le fronton du temple d'Apollon : "Connais-toi toi-même". Enfin, Diogène nous inflige en conclusion cette morsure éthique : c'est "en se reprochant fortement à soi-même ce que l'on reproche aux autres" que l'on peut devenir maître de soi (4).

   La poésie, l'humour, l'art, la philosophie... tout s'entremêle et sublime la pensée.

            Michel Kisinis

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(1) "L'amicalité" (Ethique à Nicomaque, livres VIII et IX), Aristote, traduction de Jean Lauxerois, Editions A propos, 2002.
(2) "Leçon littéraire sur l'amitié", Sylvain Fort, Ed. PUF, 2001.
(3) "Les Stoïciens", La Pléiade, NRF, Ed. Gallimard, 1978.
(4) "Les cyniques grecs", Ed. Le Livre de Poche, 1992. "Les autres chiens, disait Diogène, mordent leurs ennemis, tandis que moi, je mords mes amis, de manière à les sauver".
(5) "TAZ" (Temporary Autonomous Zone), Hakim Bey, traduction de Christine Tréguier, Ed. L'éclat, 1997.
(6) "L'hymne à l'artiste", Michel Kisinis, paru dans les Cahiers de la Peinture (2004), à la Biennale de Paris (2004) et http://www.kisinis.ch/LPA/hymne.html.
(7) "Les sophistes", Gilbert Romeyer Dherbey, Coll. Que sais-je ?, Ed. PUF, 1989.
(8) "Les choses mêmes. La pensée du réel chez Aristote", Gilbert Romeyer Dherbey, Ed. L'âge de l'homme, 1983.
© Michel Kisinis

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2005-09-12

Super carte Vitale pour super blaireaux

La nouvelle carte Vitale va bientôt sortir. Elle coûtera 3 € pièce et sera fabriquée à 50 millions d'exemplaires. Coût total : 150.000.000 d'Euros, soit plus de 983.935.500 de Francs.
Pour cette somme, nous aurons droit :
- à un réseau informatique national de diffusion libre de nos données médicales,
- à la participation involontaire et forcée à un système de subventionnement abusif de certaines professions libérales,
- à la complicité dans un vaste programme de réduction d'emplois dans les centres de la Sécurité Sociale et dans les établissements de l'Assistance Publique,
- à l'implication dans les multiples plans de réduction des prestations et des remboursements,
- à la réduction globale du système sanitaire français, appauvrissant les hôpitaux au profit des établissements privés,
- à la collusion obligée avec des technocrates qui depuis plusieurs dizaines d'années accumulent les systèmes informatiques prohibitifs,
- à l'acceptation des augmentations des charges salariales,
- au détournement systématique des cotisations des salariés afin de financer l'ensemble.
Ne vous inquiétez pas, cette carte deviendra vite obligatoire !
Et surtout, continuez à utiliser votre carte Vitale !

© Michel Kisinis
P.S. Voir aussi La carte Vitale aux Big Brother Awards

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2005-01-21

Blog, chat, etc


En fait, j'ai créé ce blog pour voir comment cela marchait. Ce qui explique que je n'ai pas ajouté de messages après sa création.
Maintenant que deux personnes sympas ont ajoutées des messages, je me sens obligé de continuer pour de vrai... Cela m'embête un peu, le truc est tellement à la mode... même les "vedettes" politiques en ont !
Bon, je vous présente mon chat Aris, un excellent modèle pour un photographe.



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